Jean-Luc Mélenchon met en avant, comme élément premier de son programme économique, un « nouveau partage des richesses ».
Mais cela n’est possible, à notre avis, que si l’on commence par changer la façon de produire les richesses, c’est-à-dire, en particulier, les critères qui guident les choix stratégiques des entreprises, des collectivités publiques, et les critères qui guident leur financement ; pour Jean-Luc Mélenchon, le moyen essentiel d’une politique de gauche réside dans l’action de l’État.
De notre côté, nous croyons qu’une autre civilisation exigera, de façon fondamentale, l’essor de nouveaux services publics.
Cela suppose que les travailleurs et les citoyens conquièrent de nouveaux pouvoirs, non seulement pour la transformation de l’État, mais dans tous les lieux où des décisions stratégiques se prennent : dans les entreprises, mais aussi dans les banques, dans les services publics, dans les régions, dans les instances européennes, dans les organisations internationales ; Jean-Luc Mélenchon ne manque pas de critiquer les banques mais, à la différence de nos propositions, son programme ne donne pas la place cruciale qui lui revient à la lutte pour de nouveaux critères d’attribution des crédits bancaires, ni à la mobilisation par la BCE de son pouvoir de création monétaire pour souscrire des titres de la dette publique en vue de répondre à des buts sociaux radicalement nouveaux. . Ainsi, à propos de la BCE, faire référence à un objectif de « plein emploi » ne suffit pas.
Nous jugeons indispensable de préciser que la Banque centrale européenne doit refinancer sélectivement les crédits bancaires qui financent des investissements visant une sécurisation des activités professionnelles, jusqu’à une éradication complète du chômage.
De même, suffit-il, en matière de financement des dépenses publiques, d’affirmer que la BCE « devrait refinancer les titres de la dette publique sur le marché monétaire à des conditions au moins aussi favorables » que les dettes privées ?
La BCE, comme toutes les banques centrales, le fait déjà. Nous tenons essentiellement à préciser que l’achat de titres publics par la BCE doit avoir pour objet de « développer les services publics », objectif radicalement opposé à ceux des marchés financiers et aux politiques d’austérité qu’ils imposent.
Précisons également que les institutions appelées à faire partie d’un pôle financier public doivent inclure les organismes actuellement publics ou socialisés, mais aussi des banques dont nous proposons dès à présent la nationalisation.
De même, nos propositions de politique monétaire sont inséparables d’une autre mesure essentielle qui ne figure pas dans celles que cite Jean-Luc Mélenchon : la création de fonds publics régionaux pour l’emploi et la formation.
En réorientant les aides publiques que les régions accordent aujourd’hui (sans rien exiger quant à l’usage de ces aides) aux entreprises, et en les convertissant en bonifications d’intérêts, c'est-à-dire en paiement de tout ou partie des intérêts des crédits finançant des investissements favorables à l’emploi, les régions pourraient permettre aux travailleurs et aux citoyens de saisir ces fonds régionaux à l’appui de leurs contre-propositions.
Une telle politique ne peut en effet réussir que si les travailleurs et les citoyens se saisissent de pouvoirs nouveaux, dès l’entreprise et les services publics. Le but ne peut pas se limiter à réformer le droit du travail « pour que toutes les parties prenantes à la création de richesse (actionnaires, salariés, collectivités publiques…) aient un égal droit d’intervention dans la gestion », comme l’écrit le programme du PG.
Il s’agit de conquérir le maximum de pouvoirs et de droits d’intervention des salariés, avec le soutien des pouvoirs publics et des élus politiques, pour renverser les choix patronaux et imposer des choix répondant à des critères nouveaux, visant à développer les travailleurs et les populations.
Ces pouvoirs, il faut les conquérir « du local au mondial », jusqu’à nos propositions de transformation des relations monétaires internationales
Jean-Luc Mélenchon indique qu’il a « porté sans ambiguïté la proposition d’une monnaie commune mondiale avancée par la Chine, la Russie et le Brésil depuis deux ans ».
L’apport original des économistes communistes, à la suite de Paul Boccara dès 1983, est de montrer comment, à partir des droits de tirage spéciaux du FMI, on pourrait remplacer le dollar par une monnaie commune mondiale qui servirait, à travers une création monétaire au plan mondial, à refinancer les Banques centrales pour qu’elles favorisent le développement d’un nouveau crédit et pour qu’elles souscrivent des titres de dette publique finançant l’expansion des services publics.
Mais si tel est notre projet, quel sens peut bien avoir la proposition, avancée par Jean-Luc Mélenchon, de « sortir du FMI » ? Il s’agit bien plutôt de se battre, avec toutes les forces disponibles, pour refondre de façon très radicale le FMI, et en faire l’institution dont l’humanité a besoin pour maîtriser les conditions monétaires d’un développement de progrès La confrontation de nos convergences et de nos différences doit se poursuivre.
L’affirmation des propositions communistes n’est pas un obstacle à l’adoption de projets précis par l’ensemble des parties prenantes du Front de gauche : la proposition de loi sur les retraites en a été un exemple. Il reste que la profondeur des différences de nos propositions avec celles de Jean-Luc Mélanchon renvoie, me semble-t-il, à des pesanteurs culturelles persistantes dont la gauche doit s’émanciper.
D’où l’importance du choix d’un candidat pleinement porteur de nos propositions précises et cohérentes.
C’est ce qui donne sa légitimité et sa force, à nos yeux, à la candidature d’André Chassaigne à l’élection présidentielle pour représenter l’ensemble du Front de gauche, sans effacement des formations qui le composent, et sans viser à « dissoudre » et à « coaguler » ses composantes, pour reprendre des expressions utilisées par le Parti de gauche.