Pour vaincre mes craintes bien naturelles, Lucien Lanternier alors premier secrétaire des communistes du département me dit :
« Ne t’inquiètes pas, tu en as pour 1 an puisque De Gaulle veut supprimer le Sénat ». En effet, en 1969, un an plus tard, il y eût un référendum. Contrairement aux prévisions, De Gaulle fut battu et laissa la place à Pompidou.
Le Sénat resta et moi avec… durant 18 ans.
Avec la mise en place des régions en 1976, Sénateur d’Ile de France, j’entrais au Conseil Régional pour ….22 ans.
Loin du faste du Palais du Luxembourg et du travail parlementaire, mais plus près des 11 millions de citoyens, la région prit sa place pour moi par trois souvenirs et une leçon.
Tout d’abord, il a fallu 7 ans de batailles pour arracher les subventions du tramway « Bobigny-Saint-Denis » gagnées par les belles luttes fondées sur une étroite collaboration entre élus locaux et riverains.
J’entends encore les vociférations des élus du Front National accusant leurs collègues de la droite traditionnelle :
« Vous n’allez quand même pas donner de l’argent à un département communiste ! » Qui s’en souvient car personne aujourd’hui ne conteste les lignes de Tramway. Tout le monde les voudrait plus nombreuses !
Second souvenir : celui de 1991, quand, en pleine guerre du golfe, nous avons accroché sur nos poitrines la célèbre « quelle connerie la guerre » de Jacques Prévert.
L’idée était bonne, mais l’initiative de courte durée, à cause de la levée de boucliers de nos adversaires. N’oublions pas que les communistes furent les seuls à s’opposer à cette guerre colonialiste Americano-Anglo-Française aux odeurs de pétrole.
Troisième souvenir : La tenue en 1996 dans l’hémicycle régional des premiers états généraux des transports d’Ile de France. La droite, largement majoritaire mais pas bête, nous avait laissé prendre possession durant une journée de la salle des séances.
Nous avions convaincu les socialistes d’être là. 150 élus, associations, professionnels, syndicalistes ont tous convenu de la priorité aux transports en commun et adopté un plan d’urgence.
Quant à la leçon principale qui m’a marqué à jamais, je la dois aux six années du dernier mandat de conseiller régional.
Celui qui commença en 1992 pour s’achever en 1998.
Deux prêtres avaient été élus sur nos listes. L’un sur celle du Val de Marne, Bernard Lacombe, hélas vaincu par la maladie et l’autre sur celle de Seine-Saint-Denis, René Santraine.
D’emblée, ils nous ont expliqué que leur foi les conduisait à figurer à nos côtés, mais qu’ils n’étaient pas communistes et revendiquèrent leur indépendance de jugement, donc de vote.
Ils se désignèrent comme partenaires et non comme apparentés au groupe communiste. Vous ne pouvez pas vous figurer le bien qu’ils nous ont fait.
D’abord à moi, qui était le président du groupe.
Ainsi, non seulement ils ont eu des responsabilités, mais plus aucune décision ne fut prise sans discussion collective au sein du bureau, auquel ils appartenaient ou du groupe des élus.
Les réserves initiales légitimes de nos partenaires ont laissé peu à peu la place à de la confiance, de la fraternité et enfin à une vraie amitié entre nous.
Franchement qu’y a-t-il de plus actuel que la démocratie et la citoyenneté quand, avec l’élection présidentielle, on va confier pour 5 ans un pouvoir monarchique à un seul homme ?
Or, cette question de la démocratie et de la citoyenneté est le but de toute émancipation humaine d’où sa dimension universelle.
En 1998, j’ai quitté un conseil régional dominé par la droite. Grâce à un concours d’heureuses circonstances, il est depuis dirigé par la gauche !
Entre temps, les élections cantonales à Clichy en 1976 et en 1982 m’ont permis de siéger au Conseil général des Hauts-de-Seine.
Ce mandat départemental m’a incité à adresser, par la poste, à tous les abonnés clichois au téléphone, 8.000 au début, 12.000 après, pendant 10 ans de 1976 à 1986, 34 compte-rendu de mon activité, intitulé « En direct avec Vous ».
En 1983, quand le parti socialiste clichois accepta enfin l’union de la gauche, 15 communistes dont votre serviteur entrèrent au conseil municipal de Clichy.
Notre volonté était de donner une couleur de gauche à une gestion de renoncement au combat contre la droite.
Nous voulions sauver Citroën, les Câbles de Lyon et Paul Dupont, hélas sans succès.
Nous eûmes plus de chance avec le logement social. Mais au fil des scrutins, notre poids en élus diminua. En octobre 2008, six mois après la réélection de la liste d’union de la gauche, les 3 élus communistes furent chassés de la majorité municipale.
Leur crime étant d’avoir été fidèles à l’avis des clichois qui rejetaient les tours de grande hauteur et la surdensification de la ville.
Depuis que les verts, lutte ouvrière et le parti de gauche ont quitté la majorité municipale, celle-ci doit son maintien à l’apport des élus du MODEM. 
Clichy est devenue une municipalité socialiste-P.R.G.- MODEM.
Ce n’est pas un hasard si la première intervention dudit MODEM fut de réclamer une école privée à Clichy.
Nous ne sommes pourtant pas hors jeu puisqu’avec les militants communistes, nous ne lâchons pas l’action pour le dédoublement de la ligne 13 du métro, pour la construction de 40% de logements sociaux, pour la défense de la santé publique et la modernisation de l’hôpital Beaujon, pour l’activité économique, l’emploi, les salaires la formation des jeunes etc…
En même temps, nous n’acceptons pas, nous n’accepterons jamais que le parti socialiste et les radicaux aient bafoué le vote de mars 2008 des clichois en faveur de la gauche pour se retrouver avec une majorité socialiste-droite centriste.
On ne fait pas une politique de gauche lorsque l’on est allié à la droite, mais on renonce dans les faits au combat irremplaçable contre les puissances de l’argent alors que c’est crucial.
Vous le constatez, chers amis, nous sommes de plein pied dans la campagne pour le succès du Front de gauche avec Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et avec François Delalleau aux législatives. Et cette médaille brille avant tout pour les actions ayant émaillé les 35 dernières années.
Des actions qui ont eu le mérite d’être inspirées par le besoin de justice, de vérité et de liberté.
Cette médaille n’est donc pas mienne, elle est nôtre.
Elle illustre simplement ce que dit Bernard Lavilliers :
« Portez-les vos idées »
« N’oubliez rien de vos rêves fous »
« Tenez-les, portez-les jusqu’au bout. »
Soyez assurés que tant que j’aurai bon pied, bon œil, j’essaierai de ne pas vous décevoir.
Guy SCHMAUS