La récente révolution énergétique de Cuba l’a aidé à devenir un vrai modèle de développement soutenable. Le rapport Living Planet 2006 évalue le développement soutenable en utilisant l’Indice de Développement Humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l’empreinte écologique.

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L’IDH est calculé à parti de l’espérance de vie, l’alphabétisation et l’éducation, et le PIB par tête. Le PNUD considère une valeur d’IDH supérieure à 0,8 comme un haut niveau de développement humain. Une empreinte écologique, qui est une mesure des exigences sur la biosphère, inférieure à 1,8 hectares par tête dénote la soutenabilité.
Le seul pays au monde à satisfaire les deux critères ci-dessus est Cuba ” Cuba a atteint un bon niveau de développement humain selon les critères des Nations Unies, grâce à son niveau d’éducation et son espérance de vie élevée”, explique Jonathan Loh, un des auteurs du rapport, ajoutant : “Alors que l’empreinte écologique n’est pas grosse, puisque c’est un pays avec une basse consommation d’énergie.”
Les statistiques sont impressionnantes : le pays consomme aujourd’hui 34% du kérosène, 40% du gaz naturel et 80% de l’essence qu’il avait l’habitude de consommer avant la mise en œuvre de la révolution énergétique, à peine deux ans plus tôt. La consommation d’énergie par tête de Cuba est maintenant à un niveau d’un huitième de celle des États-Unis, tandis que l’accès aux services de santé, les niveau d’éducation, et l’espérance de vie sont toujours parmi les mieux classés du monde, comme le montre le Tableau ci-dessous.

Petit budget, gros résultats

Comment un pays avec un PIB par tête dix fois inférieur à celui des Etats-Unis peut-il avoir les ressources pour mener un changement si radical dans la consommation d’énergie, sans sacrifier ses indicateurs sociaux élevés en matière de santé et d’éducation?

Pour comprendre la révolution énergétique de Cuba on doit comprendre une partie de l’historie de la production et de la consommation d ‘énergie à Cuba. Avant la Révolution Cubaine, 56% du pays était électrifié. Avec la révolution socialiste est venue une campagne pour l’électrification même des communautés les plus reculées.
En 1989, 95% du pays était électrifié- essentiellement avec du pétrole bon marché échangé contre du sucre avec l’Union soviétique. L’effondrement de l’Union Soviétique, en 1991 a mis sans dessus dessous l’économie cubaine. Avoir à acheter du pétrole sur le marché mondial signifiait ue l’électricité bon marché était une chose du passé.
La nourriture, l’essence et le pétrole devinrent rares tandis que les États-Unis resserraient l’étau de l’embargo. Le Cuba Democracy Act et la Loi Hems-Burton votée en 1996, visaient l’investissement étranger à Cuba, cherchant à affaiblir l’accès international de cuba au capital, et faisant les très nécessaires ressources difficiles à acheminer.
Les années suivant l’effondrement soviétique et l’intensification de l’embargo furent connues comme la ? Période Spéciale ? parce que les cubains ont eu à se serrer la ceinture et à apprendre à produire des biens de premières nécessité basiques comme la nourriture, les médicaments et l’énergie, à la fois localement et de façon soutenable.
En 1993, un Programme de Développement de Sources d’Energie Nationales (Programa de desarollo de las Fuentes Nacionales de Energia) fut mis en oeuvre pour réduire les importations d’énergie de Cuba et obtenir le bénéfice maximum des sources d’énergie intérieures. Le document proposait que la première source d’énergie nationale soit l’efficacité.

Après que le Programme de Développement des Sources d’Energie Nationales fut adopté, Cuba a s’est embarqué dans une campagne pour l’usage de plus de sources renouvelables d’énergie. Toutes les écoles rurales, cliniques médicales et centres sociaux dans le pays, non connectées antérieurement au réseau, furent électrifiées avec de l’énergie solaire, et aujourd’hui, 2364 des systèmes électriques solaires de l’île sont sur des écoles rurales. Rendant les la lumière, les ordinateurs et les programmes télévisés éducatifs accessibles à tous les écoliers de la campagne; ce programme a valu à Cuba le prix Global 500 des Nations Unies en 2001.
Toutefois, en dépit de tous leurs efforts, 1à ans après la mis en œuvre du programme, Cuba avait toujours une crise énergétique sur les bras. Donc en 2006 la révolution énergétique a fait l’un des pas les plus drastiques jamais faits par un pays.

Un plan en 5 points

La révolution énergétique de Cuba ne consiste pas à chercher plus de façons de générer de l’énergie, mais pour faire diminuer la demande d’énergie, Cuba a commencé un programme pour aller vers des équipements efficaces énergétiquement. Comme l’a expliqué le Président d’alors Fidel Castro dans son adresse de Mai 2006 à la compagnie Union Nationale Electrique (UNE) : “ Nous n’attendons pas que le pétrole tombe du ciel, parce que nous avons découvert, heureusement, quelque chose de beaucoup plus important- la conservation d’énergie, qui est comme la découverte d’un grand gisement pétrolier”.
Le programme pour permettre aux gens de changer leurs ampoules à incandescence contre d’autres gratuites, à fluorescence, plus efficaces et plus compactes a rencontré un succès complet. En six mois, plus de 9 millions d’ampoules à incandescence. Etant donné qu’il y avait déjà beaucoup d’ampoules à fluorescence installées, cela signifie que près de 100% des ampoules utilisées dans tout le pays ont été changées pour des compactes à fluorescence- faisant de Cuba le premier pays au monde à éliminer complètement l’éclairage inefficace au filament de tungsten. De plus, des millions d’équipements énergétiquement efficaces ont été vendus aux consommateurs cubains , y compris près de 2 millions de réfrigérateurs, plus d’un million de ventilateurs, 182000 climatiseurs et 260 000 pompes à eau.
Au même moment, des équipements électriques de cuisine efficaces ont été introduits. Près de3,5 millions de rice-cookers furent vendus à des familles dans l’effort pour que les gens échangent le kérosène contre la cuisine à l’électricité.
Et l’une des meilleures façons dont Cuba a encouragé les économies a été sa nouvelle structure tarifaire pour les particuliers. Avant 2006, l’électricité hautement subventionnée de Cuba était vendue très bon marché, ce qui n’encourageait pas les économies. La nouvelle structure tarifaire autorise les personnes consommant moins de 100 k Wh par mois à rester au niveau actuel extrêmement bas de 0,09 pesos/k Wh (0,38 US cents/k Wh). Mais pour toute augmentation de 50 k Wh par mois le niveau monte en flèche. Et les consommateurs utilisant plus de 300 k Wh par mois doivent payer 1,30 pesos/k Wh (5,4 US cents/K Wh). En termes de dollars américians, c’est toujours significativement moins que ce que les consommateurs paient aux Etats-Unis, mais c’est plus de quatre fois ce que les gros utilisateurs d’énergie payaient antérieurement.

Cuba s’est aussi embarquée dans des mesures d’économie d’énergie dans le secteur d’Etat. Toutes les pompes à eau dans les grands immeubles et aqueducs ont été changées pour des pompes énergétiquement efficaces. Les tubes à fluorescence de 40 W utilisés dans beaucoup de bureaux du gouvernement seront changés pour des ampoules de 32 W avec réglage électronique et les réfrigérateurs et climatiseurs inefficaces ont été remplacés avec des modèles plus efficaces.

Pouvoir au peuple

Une révolution ne peut pas être vraiment appelée révolutionnaire sans le soutien des masses. La Révolution énergétique cubaine n’est pas une exception. Dans le but d’impliquer l a population générale dans l’effort pour économiser l’énergie, une initiative d’éducation énergétique ambitieuse a été mis en place. Le Programa de Ahorro de Eergia Por la Mnistro de Educacion (PAEME) est un programme énergétique national mis en place par le ministère de l’éducation en 1997. Son objectif est d’éduquer étudiants, travailleurs, familles et communautés aux mesures d’économie d’énergie et aux sources renouvelables d’énergie.

Dans les écoles, le thème de l’énergie est présent dans de nombreuses disciplines différentes. Les étudiants apprennent ce qui concerne les questions énergétiques non seulement en physique mais aussi dans les cours d’économie, les cours sur l’environnement et le cursus médical.

Le PAEME a aussi tenu des festivals de l’énergie durant les trois dernières années, éduquant des milliers de cubains à propos de l’efficacité et des économies énergétiques. Les festivals ont les étudiants pour cible et sont remplis de jeunes enfants exprimant leurs pensées sur les économies d’énergie, à travers des chansons, de la poésie et du théâtre. Cela commence dans chaque école cubaine où les enfants avec les meilleurs projets d’efficacité énergétique vont au festival au niveau municipal. ?
L’UNE a décidé que le festival ne serait pas une compétition typique mais quelque chose comme un carnaval de l’efficacité énergétique, avec les plus extraordinaires étudiants du pays ?, explique Teresa Palenzuela, une spécialiste de l’UNE. Dans le festival national, où les files d’attentes sont longues comme des pâtés de maisons, les étudiants échangent des expériences et partagent leur savoir sans qu’on déclare le moindre gagnant.
Dans le but de faire passer le mot à encore plus de monde, les médias de masse sont employés. Par exemple, on ne voit jamais de publicité pour des produits commerciaux sur les autoroutes cubaines ; à la place, il y a des dizaines de panneaux d’affichages faisant la promotion des économies d’énergie disséminés dans le pays.
Il y a aussi une émission de télévision hebdomadaire dédiée aux questions énergétiques, et des articles paraissent chaque semaine dans la presse nationale, soutenant les énergies renouvelables, l’efficacité et les économies. En 2007 seulement, il y a eu plus de 8000 articles et spots télévisés dédiés aux questions d’efficacité énergétique.

Une distribution juste

En dépit de ces efforts, économiser l’énergie n’a pas été assez, et en 2005 les coupures étaient toujours communes. De plus, Cuba avait un réseau de distribution électrique très vieux et inefficace à gérer. Le gouvernement cubain a réalisé que l’une des meilleures façons de fournir la sécurité énergétique était d’aller vers l’énergie décentralisée, et donc a commencé le mouvement vers la production dispersée.
L’application de ce concept signifie moins de vulnérabilité aux désastres naturels ou aux invasions étrangères qui pourraient affecter l’électricité pour une section entière du pays. LA stratégie diversifie aussi les sources d’énergie, tout en facilitant les futurs changements en faveur des sources d’énergies alternatives, telles que celles produites plus localement et de façon plus soutenable.

En 2006, Cuba a installé 1854 micro-centrales électriques au diesel et au fuel à travers le pays, pour plus de 3000 MW de courant décentralisé dans 110 municipalités. Cela a presque éliminé la plaie des coupures qui affectaient Cuba en 2004. En fait, durant les années 2004 et 2005 il y avait plus de 400 jours de coupures de plus de 100 MW et durant au moins une heure. En 2006 et 2007, il y en avait trois, tous en 2006. C’est un meilleur taux que dans la plupart des pays industrialisés.

En plus des nouvelles centrales, ils ont aussi installé plus de 4000 systèmes de secours d’urgence dans les zones importantes telles que les hôpitaux, les centres de production alimentaire, les écoles et d’autres sites clés pour l’économie de Cuba. Cela représente 500 MW de courant de secours.

De plus, Cuba s’est embarquée dans un plan impressionnant pour réparer le réseau d’acheminement électrique existant. L’île a modernisé les performances de plus de 120 000 postes électriques, plus d’un million d’entrées dans le réseau, presque 3000 kilomètres de câbles et un demi million d’électromètre. L’effet majeur de ce programme a été qu’alors qu’en 2005 le pays avait besoin d’une moyenne de 280 grammes de pétrole pour générer un k Wh d’électricité, en 2007 ce chiffre était tombé à 271 grammes de pétrole par k Wh.
Alors que cela pourrait sembler une petite économie, cela se traduit en milliers de tonnes par an de pétrole importé. En 200—2007, à travers ses mesures d’économies, Cuba a économisé plus de 961 000 tonnes de pétrole importé.

Incorporer plus de renouvelables

Bien qu’incorporer des sources renouvelables d’énergie dans le mélange énergétique ait été une priorité depuis les débuts des années 1990, les deux dernières années ont vu encore plus de croissance. Actuellement 100 stations de mesure du vent sont en train d’être installées dans 11 différentes provinces du pays et deux nouvelles centrales éoliennes ont été construites, amenant le total de l’énergie éolienne installée dans le pays à 7,23 MW. Il y a aussi en développement la première centrale électrique solaire de 100 kW à être connectée au réseau.

De plus, 180 micro systèmes hydrauliques, canalisant l’énergie de l’eau des fleuves et des rivières, sont installés à travers Cuba ; 31 d’entre eux sont connectés au réseau. Et le nombre de systèmes solaires électriques indépendants dans les zones rurales du pays a augmenté à plus de 8000, et un plan est en place pour utiliser des panneaux solaires et d’autres technologies renouvelables pour électrifier les 100 000 maisons restantes qui n’ont pas encore accès à l’électricité. Cette année verra aussi l’ajout de 300 usines de biogaz, qui utilisent les déchets animaux pour créer du combustible pour la cuisine.

Le sucre, principale culture d’exportation cubaine, produit aussi de l’électricité. Dans les usines de sucre de canne à travers le pays, la bagasse, qui est le résidu laissé après le traitement de la canne, est brûlée et changée en énergie utilisable pour alimenter l’usine et le réseau électrique. Les complexes de production de biomasse de sucre de canne ont en ce moment des équipements installés de 478,5 MW.

Cuba fait aussi des progrès en matière de biocarburants liquides tels que l’éthanol. Ceux-ci impliquant habituellement l’utilisation de récoltes alimentaires telles que le maïs, la déclaration officielle sur les biocarburants est que ” cuba ne soutient pas l’idée de convertir la nourriture en carburants, alors que plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim”. Néanmoins, il y a des projets pilotes de biocarburants liquides. Le meilleur exemple est la culture du Jatropha Carcus, qui produit une ] huile non comestible, et ainsi ne concurrence pas la production de nourriture humaine.

En 2007, un groupe national visant à soutenir et promouvoir le développement accéléré et la pénétration des sources renouvelables d’énergie et l’efficacité énergétique a été créé. Les 14 commissions de ce groupe, couvrant tous les types de sources renouvelables d’énergie et d’efficacité, ont un mandat du gouvernement pour étudier de meilleures façons d’introduire des énergies renouvelables dans le pays.

Les “Docteurs de l’âme” aident la révolution énergétique

L”île a de même exporté sa révolution énergétique vers d’autres pays, dans le cadre de l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), une alternative à la Zone de Libre Échange des Amériques (ZLEA). L’ALBA met l’accent sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Par exemple, après que Cuba a travaillé avec le Venezuela sur une campagne d’économies d’énergie, le Venezuela a rapporté des économies de 2000 MW de courant. Les scientifiques et techniciens cubains ont aussi fourni et installé plus d’1 MW de panels électriques solaires au Venezuela, en Bolivie, au Honduras, en Afrique du Sud, au Mali et au Lesotho.

Pour mener à bien son ambitieux programme de conservation d’énergie, Cuba s’est appuyé sur sa petite armée de trabajadores sociales ou travailleurs sociaux. Formés en 2000, les travailleurs sociaux de Cuba sont constitués de jeunes qui ont la tâche d’amener la justice sociale à l’île dans différentes sphères, comprenant le travail, l’éducation, la culture, les sports et l’environnement. Conjointement avec le travail aux côtés des personnes handicapées, les personnes âgées et les personnes reconnues coupables de crimes, le dernier travail des travailleurs sociaux est d’aider à mener à bien la révolution énergétique.
Depuis 2006, 13000 travailleurs sociaux ont visité les foyers, les entreprises et les usines à travers l’île, remplaçant des ampoules, enseignant aux gens comment utiliser leurs équipements de cuisine électriques et diffusant l’information à propos des économies d’énergie. Les travailleurs sociaux ont également travaillé avec le ministère de l’agriculture pour aider à économiser l’énergie dans la récolte de canne à sucre, et travailler dans le secteur des transports pour atteindre plus d’efficacité dans le système national de bus.

Les travailleurs sociaux vont dans une école où ils suivent des cours en politique, en communication sociale, en énergie et développement soutenable, avec l’objectif de créer des valeurs et des convictions qui devraient caractériser un travailleur social. On leur apprend aussi à remplacer les ampoules lumineuses et à expliquer le besoin d’économies d’énergie.

De plus, sous l’ALBA, les travailleurs sociaux ont aussi voyagé dans d’autres pays pour aider à mettre en œuvre des programmes d’économies d’énergie – comme en Haïti, où ils ont visité plus de 93000 foyers et installé plus de 2 millions d’ampoules lumineuses énergétiquement efficaces. Comme pour le programme médical de Cuba, qui a plus de 20 000 docteurs travaillant à l’étranger pour aider avec les crises sanitaires, les travailleurs sociaux voyagent à travers le monde pour aider dans la crise énergétique. Fidel Castro, qui a fondé le programme, fait référence aux travailleurs sociaux comme à des “Docteurs de l’âme “.

” Nous avons besoin d’une révolution énergétique global”, dit Mario Alberto Arrastia Avila, un expert en énergie de Cubaenergia, un centre d’information énergétique à Cuba. “Mais dans le but que cela arrive nous avons aussi besoin d’une révolution dans les consciences. Cuba s’engager sur son propre chemin vers un nouveau paradigme énergétique, appliquant des concepts tels que la production dispersée, l’efficacité, l’éducation, la solidarité énergétique et la solarisation graduelle du pays. “

Le reste du monde devrait suivre la voie de Cuba, car seule une vaie révolution énergétique globale nous rendra capables d’affronter les affreux problèmes environnementaux auxquels le monde fait face aujourd’hui.

Laurie Guevara-Stone, manager du programme international de Solar Energy International, basé au Colorade, USA.
Traduit de l’anglais par Marc Harpon pour changement de Société