DES DÉFIS À RELEVER

La révolution technologique informationnelle, les exigences écologiques sans précédent, les révolutions parentales (avec l’émancipation des femmes),la révolution démographique (de la longévité et du vieillissement), la révolution migratoire des populations du Sud vers le Nord, etc... nous mettent devant un certain nombre de défis à relever.
Pour les services publics existants, on assiste à la marchandisation, la privatisation, l’ouverture à la concurrence, l’emprise de la rentabilité financière sur les gestions, aux pressions contre les dépenses, avec notamment la volonté de suppression d’un poste de fonctionnaire sur deux partant à la retraite, aux pressions sur les conditions de travail. Mais ces régressions fondamentales s’appuient sur les conditions nouvelles au plan technique et sur le refoulement de certaines progressions.
En effet, les régressions et les privatisations tendent souvent à répondre à une montée considérable, mais jugée intolérable pour l’État et les marchés financiers, des besoins et des dépenses.
Ainsi, en France, la dépense totale de santé, est passée, en raison notamment des exigences du progrès technique des thérapies ou encore des besoins du vieillissement, de 5,6 % du PIB en 1970, à 9,1 % en 1991 et 11,2 % en 2008. De ce fait, on s’efforce de fermer des hôpitaux publics de proximité pour favoriser les groupes privés et on augmente les dépenses pesant sur les ménages aux ressources limitées.
Entre 2001 et 2009, le budget santé des ménages a augmenté de 40 %, tandis que les dépenses de santé sont couvertes à 75,5 % par la sécurité sociale, mais à 13,8 % par les complémentaires privées, et à 9,4 % directement par les ménages.

UNE PROMOTION DES SERVICES PUBLICS ET DE LEUR FINANCEMENT

La promotion des services publics concerne les services classiques : l’éducation, la santé, le logement social, le transport, la poste, la recherche publique la sécurité, l’information. Cependant, on vise aussi des transformations fondamentales, comme un service public de sécurisation de l’emploi et de la formation.
On instituera un nouveau service public socialisé du crédit et de la création monétaire, depuis des Fonds publics régionaux, un Pôle public financier national, une autre Banque centrale européenne, et aussi un Fonds monétaire inter -national refondu. On organisera un service de planification stratégique et incitative, décentralisée, pour la politique industrielle et de services et pour de nouvelles gestions, et un service d’incitation à des coopérations internationales pour le codéveloppement.
On créera enfin des services tout à fait nouveaux : pour l’écologie, pour la petite enfance, pour les personnes âgées, avec la promotion des activités sociales hors travail tout le long de la vie afin de bénéficier de la longévité, dans le cadre d’une autre civilisation.
L’ampleur des besoins de financement renvoie d’abord à des prélèvements publics et sociaux accrus. Mais, l’augmentation très importante des dépenses des services publics peut aussi s’appuyer sur une modification des règles de la Banque centrale européenne.
Celle-ci devra prendre des titres de dette publique grâce à sa création monétaire, à l’instar de la Federal Reserve des États-Unis ou de la Banque d’Angleterre, mais à l’opposé de ces dernières, avec affectation aux différents services publics. Cela s’effectuera avec l’affectation des fonds publics nouveaux aux services publics par un Fonds de développement social européen et internationaliste avec les orientations d’une démocratie participative et d’intervention de chacun, du local à l’international.

DE NOUVEAUX POUVOIRS PARTAGÉS AVEC LES USAGERS

Une transformation fondamentale, de portée révolutionnaire, doit concerner de nouveaux pouvoirs de coopération créative des usagers, directs ou indirects comme les parents, avec tous les personnels. Ainsi, un malade à l’hôpital, au lieu d’être traité comme un objet passif, doit pouvoir participer de façon créative à son propre traitement, avec l’aide d’associations, de formation, de sites d’information.
Cette coopération des usagers avec tous les personnels va de pair avec le développement des pouvoirs de tous les personnels et de leur formation. Ce développement non étatiste fait qu’on pourra parler de « services publics et communs ».

UNE NOUVELLE EFFICIENCE, DU LOCAL AU MONDIAL

Les exigences des calculs et indicateurs de résultats dans les services publics répondent aux pressions du rationnement et de la rentabilité financière. Mais elles correspondent aussi à des besoins novateurs d’efficacité. D’où la possibilité d’élaborer de nouveaux critères d’efficience sociétale, de nouveaux instruments de mesure et indicateurs.
Une autre décentralisation développera, à l’opposé de la concurrence et pour la dépasser, l’émulation pour l’efficience sociétale et la coopération pour mettre en place les meilleures solutions.
Des coopérations internationales intimes seront aussi développées, jusqu’à l’instauration de services et biens communs publics de l’humanité. Les biens publics mondiaux ont été mis en avant par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). On emploie aussi de plus en plus l’expression de « Biens communs de l’humanité ».
Cela comprend l’environnement, la santé, la culture, l’eau, l’alimentation, l’énergie, les transports, les communications, l’éducation, la science, la formation, mais aussi la paix. Et ils comprennent encore, selon nous, la monnaie et la finance partagées, jusqu’à une monnaie commune mondiale, ou l’emploi-formation et le codéveloppement des peuples.
Il ne faut pas céder à une vision idéaliste des biens communs, sous-estimant les efforts de récupération dominatrice des entreprises multinationales, comme avec les propositions d’un « capitalisme vert ». Cela renvoie à des avancées des agences de l’ONU concernant les Biens et Services communs de l’humanité.
Cela concerne aussi les relations entre les pouvoirs et critères nouveaux des services publics avec d’autres pouvoirs et d’autres critères d’efficacité sociale dans les entreprises de production, tandis que sans eux, la seule avancée de la propriété publique et la nationalisation ont montré leur caractère largement insuffisant pour l’émancipation des dominations sociales.
Face à l’effondrement des espérances et des illusions étatistes et même aux dérives totalitaires des sociétés s’étant réclamées du socialisme, c’est une autre espérance qui peut grandir, avec des transformations au plus près de la vie de chacun, et de son pouvoir de participation et d’intervention.
Cela concerne la montée d’une culture de partage, du commun, depuis chacun, et d’une éthique de participation créative depuis les solidarités de proximité jusqu’à toute l’humanité, dans une autre civilisation.

  • Paul Boccara est économiste marxiste et agrégé d’Histoire