Jean-Marc Ayrault n’a pas seulement flanché devant un plan social de plus dans une longue liste.
La sidérurgie est une industrie stratégique qui en conditionne bien d’autres en aval, en premier lieu l’automobile.
Or, la production française d’acier n’était plus que de 15,7 millions de tonnes l’an dernier (nos besoins tournent autour de 25 millions de tonnes) quand elle atteignait 44,3 millions en Allemagne et 28,7 en Italie.
Les doctes commentateurs, toujours prêts à apporter des justifications aux décisions des multinationales, ont bonne mine en présentant la sidérurgie comme un secteur désormais dévolu aux pays en voie de développement!
Allez vous étonner ensuite que notre pays ait perdu 900.000 emplois dans l’industrie en 12 ans et que la part de celle-ci dans la valeur ajoutée ne représente que 16% contre 30% Outre-Rhin...
Ce secteur ne s’accommode pas du court termisme des spéculateurs.
Si la France ne l’avait pas bradé au début des années 80 en Lorraine, il se serait avéré rentable sur une durée de trente ans.
Mais pour encaisser les pics de rentabilité, il faut supporter les creux.
La Chine qui connaît aujourd’hui une gigantesque surproduction fait, elle, le choix de maintenir ses capacités pour en tirer parti demain.
«La filière hauts-fourneaux, aciérie, trains à bande, recuit, revêtement de Florange est parfaitement rentable et compétitive», juge le Groupe de réflexion sur l’avenir de la métallurgie française, composé d’experts du secteur.
Les coûts de production n’y sont pas supérieurs à ceux des sites européens et il a su gagner à proximité la clientèle la plus exigeante, celle des véhicules hauts de gamme allemands, qui attendent de leurs fournisseurs la plus haute qualité.
Mais depuis cinq ans Mittal trouve plus rentable de mettre la main sur des mines de fer et de charbon.
Peut-être l’État ne peut-il pas tout. Mais en la circonstance, il pouvait, il peut beaucoup.
Passons sur le désaveu qui vient d’être infligé à Arnaud Montebourg. Il est au moins inélégant.
Mais la séquence qui vient de se dérouler est bien autre chose qu’un camouflet entre socialistes.
Les salariés lorrains sont nombreux à se sentir trompés et les syndicalistes ont l’impression de s’être faits balader en contradiction avec toutes les promesses de dialogue social.
Alors que l’idée de nationalisation redonnait des perspectives à ces ouvriers comme à ceux d’autres secteurs stratégiques, le premier ministre veut appliquer une stratégie de la désillusion et du renoncement.
Rien ne serait possible selon lui que la prescription d’analgésiques sociaux. Cependant, la partie n’est pas terminée. Syndicalistes, élus - ceux du Front de gauche s’y engagent déjà -, experts, ingénieurs... peuvent échafauder des solutions industrielles d’avenir.
En donnant priorité à l’intérêt général et en se servant des leviers économiques et financiers publics.
source: l'Humanité