Selon les chaînes CBS, CNN, ABC et Fox, M. Obama a dépassé le seuil de 270 grands électeurs qui l’assure d’entrer à la Maison Blanche. L’annonce simultanée sur les chaînes de télévision a provoqué une énorme liesse à Chicago, fief du vainqueur, qui devait prendre la parole devant des dizaines de milliers de partisans enthousiastes. Quelle que soit l’issue de cette élection et la politique menée par ce président, il y a deux faits qui ne peuvent manquer d’être considérés comme positifs. Le premier c’est que Mac Cain est battu, le second est qu’un candidat métis est élu dans un pays où les noirs n’avaient pas accès au bureau de vote de fait il y a encore un demi siècle. Ce qui a gagné et qui s’est manifesté par la candidature d’une femme et d’un métis, la victoire de ce dernier, c’est dans le fond les tant décriées années 1960, cette bataille, celle de notre génération, pour l’émancipation du Tiers-monde, les décolonisations, contre le guerre du Vietnam, pour les droits civiques, l’émancipation féminine sur fond d’aspirations anti-capitalistes qui a culminé en 1968 et qui a été recouverte par la vague contre-révolutionnaire des années quatre-vingt et quatre-vingt dix. Alors un instant de joie nous saisit. Mais que peut-on espérer aujourd’hui de cette victoire de notre jeunesse qui a pleuré l’assassinat de Martin Luther King, de Malcom X et qui a vu le triomphe des Pinochet, celle des néo-cons ? N’est-il pas bien tard pour certains “rêves”?

Face à une situation de crise profonde, le peuple étasunien a émis un vote massif d’espoir.

Parce que cela dit, même si Wall Street a salué à l’avance cette élection par une belle remontée, tous les problèmes demeurent et M. Obama, qui entrera en fonction le 20 janvier, va hériter d’une situation économique extrêmement difficile. Les Etats-Unis, au bord de la récession, traversent leur plus grave crise financière depuis celle de 1929. Le pays est engagé dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan. C’est-à-dire que les Etats-unis et le reste du monde surtout sont dans une situation bien pire que celle de la fin de la guerre du Viet-Nam. Bien pire parce que la crise du capitalisme s’est approfondie et parce que l’alternative reste obscure, faible, commence à peine à se dessiner l’idée d’un monde multipolaire, une monde où les soclutions néo-libérales de la “révolution conservatrice” de Reagan et Tatcher commence à peine à être dénoncées, mais où toutes les mesures prises le sont en faveur du capital faute d’une pression des peuples.
Le vote massif des étasuniens, en particulier des pauvres, manifeste le refus que les choses continuent comme avant mais aussi l’absence d’alternative réelle, le changement demeure un “rêve”. D’un côté cette idée de “rêve” témoigne bien du caractère illusoire du changement, mais contradictoirement “le rêve” désigne de l’ampleur de la crise, ce n’est pas seulement l’économie qui va mal c’est le modèle culturel qui ne fonctionne plus. Après Bush le cow boy, le John Wayne de la planète, les Etats-unis choisissent le retour à l’espérance des campus soixante-huitards. C’est préférable, mais où cela nous mène-t-il exactement?

Rarement un président a bénéficié d’un élan aussi favorable: les projections des résultats attribuent à Barack Obama 338 votes des grands électeurs correspondant à 23 états, et à John Mac Cain 157 des 18 états, il n’y a pas eu de victoire aussi écrasante depuis 1996 quand Bill Clinton a battu Bob Dole avec 379 votes face aux 159 pour son rival.

La tâche du nouveau président peut encore être facilitée par un Congrès qui lui est favorable. Les étasuniens étaient aussi appelés à renouveler un tiers du Sénat et la totalité de la Chambre des représentants et, selon des résultats partiels, les démocrates ont ravi cinq sièges aux républicains au Sénat américain ce qui leur permettrait d’avoir 56 sièges sur 100. Les démocrates ont également conforté leur majorité à la Chambre des représentants. Et pourtant la question demeure, que va pouvoir faire le président d’une telle concentration des pouvoirs aux mains des démocrates, un peuple qui paraît avoir surmonté ses divisions éthniques originelles.

Quel changement et jusqu’où ?

Est- ce que ce président va avoir le courage et la force d’affronter les véritables maîtres du pays, le complexe militaro-industriel, les pétroliers et toutes les multinationales financiarisées qui mènent le bal et on été les généreux donateurs de sa campagne ? Et s’il le fait quel sera son destin personnel? L’Amérique a-t-elle tant changé que la vie d’un président désireux de prendre des mesures de fond ne soit pas menacée?

Le nouveau président qui a fait campagne sur le thème de “l’espoir” et du “changement” va avoir la lourde tâche de relancer l’économie du pays, gérer les guerres d’Irak et d’Afghanistan, composer avec un déficit public proche de 500 milliards de dollars et restaurer l’image ternie du pays à l’étranger.

M. Obama a promis de baisser les impôts pour 95% des salariés, d’engager une politique de grands travaux et de garantir une couverture santé pour tous. C’est sans doute tout ce que lui demandait l’électorat après le calamiteux Bush, mais qu’est ce que cela signifie pour notre mode globalisé sous l’égide de l’impérialisme.

Sur le plan international, il a promis de retirer les soldats américains d’Irak “de façon responsable” dans un délai de 16 mois et de concentrer les efforts à la lutte contre Al-Qaïda et les talibans. Il s’est engagé à fermer la prison de Guantanamo. Si l’on pouvait ajouter à ces promesses la fin du blocus de Cuba, la libération des 5, la fin de l’appui aux faucons israêliens, un peu de justice pour les Palestiniens, une détente avec l’Amérique latine, une politique ne déposant pas partout des tonnes de dynamite prêtes à exploser, des campagnes agressives contre la Chine cela paraîtrait la fin d’un cauchemar.
Mais il y a déjà eu l’expérience de Carter, la manière dont un président élu sur le rêve d’une justice et d’une réconciliation, s’est retrouvé au bout de quelques mois dans une situation d’aggravation des tensions. Qu’en est-il du pouvoir réel de celui que l’on peint comme l’homme le plus puissant du monde, qui gouverne les Etats-Unis ? Ce rêve de justice et de paix a reçu l’assentiment massif des citoyens des Etats-Unis, et parmi eux les plus pauvres, les afro-américains, les hispaniques, tous ceux qui pour une fois sont allés voter pour assurer le triomphe du « changement ». La participation a été à la hauteur de cette élection historique. (...)
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Cet élan des citoyens étasuniens était une manière de dénoncer ceux qui ont réduit le pays à ce qu’il est. Le monde entier a espéré de cette élection. Barack Obama est jeune, il a 47 ans, il incarne au niveau de l’imaginaire de chacun une humanité réconciliée, il est fils d’un africain du Kenya et d’une mère blanche du Kansas, c’est un peu comme si s’incarnait le rêve de Martin Luther King et si la jeunesse de Kennedy revenait sous les traits d’une victoire des droits civiques, le « rêve américain » dans toutes ses dimensions.

Si au plan interne on peut considérer qu’il y a là une avancée des mentalités, comme si refleurissaient d’un coup toutes les fleurs hippies, toutes les espérances civiques sans pour autant envisager un bouleversement complet, demeure sans doute l’illusion que tout était de la faute de Bush et de ses mauvais conseillers. Sans parler du fait que nous avons tous hélas beaucoup vieillis depuis les années soixante et que nous savons désormais qu’il y a des bourgeoisies noires et des femmes qui veulent la guerre,- n’est pas madame Condoleezza Rice?. Ceux qui ont moins de vingt ans et qui ne peuvent pas connaître le temps de nos illusions ont avancé et ont plus que des attentes, et c’est bien comme cela… Parce que plutôt on dénoncera les Cohn Bendit et tous ceux qui prétendent monopoliser les luttes de nos vingt ans, faire des masses vietnamiennes, des ouvriers de Billancourt, leur courte échelle personnelle, pour continuer à promouvoir le même système, plus vite on s’en débarrassera, mieux cela sera.

Parce que ne serait-ce qu’au plan international personne ne devrait justement se faire d’illusions, qu’il s’agisse de Mac Cain ou d’Obama, ils sont tous les deux convaincus non seulement des mérites du capitalisme mais également ce qui nous concerne tous, nous l’humanité qui n’avons pas eu le droit de voter, de la nécessité de continuer à faire des Etats-unis le grand pays impérialiste qui impose ses vues et ses intérêts au reste de la planète. Peut-être Obama souhaitera-t-il y mettre plus de concertation, moins de brutalité mais la logique impérialiste, celle de la crise demeurera et imposera de fait des politiques assez proches.

Parce que pour imposer un système aussi inique, il faudra encore et toujours recourir à la force…

Croire qu’un homme peut tout changer à ce système destructeur n’est-ce pas là le piège ? Aujourd’hui face à la profondeur de la crise, l’intervention des masses est plus que jamais indispensable, y compris celle des masses étasuniennes, la pire des solutions serait de croire à un homme providentiel. Est-ce qu’en ce sens l’élection de Barack Obama ne risque pas d’être une anesthésie temporaire qui va permettre au capitalisme d’avancer encore plus loin sur une voie catastrophique. Parce que tous ces gens qui se sont mobilisés pour aller voter pour une espérance sont condamnés à suivre le reste des évènements devant leur télé en train de se goinfrer de pop corn quand ils ont eu la chance de conserver leur maison. Plus que jamais, et quelle que soit la joie que l’on peut éprouver à savoir le camp de Bush et des néo-conservateurs battu, on a envie de murmurer « prolétaire sauve-toi toi-même ! » Mais pour que le prolétaire puisse « se sauver lui-même, il lui faut une organisation collective, et pas une situation qui le laisse spectateur d’un happy end télévisuel ! »

Danielle Bleitrach paru sur Changement de société (http://socio13.wordpress.com)