Peut-être le PCI a-t-il été jugé trop petit, avec ses 30% qu'il faisait alors? Dans le Parti le débat est lancé – virulent surtout dans les sections – et un désaccord, pour la première fois, a été exprimé de la part de plusieurs dirigeants mais surtout d'une bonne partie de la base. Se sont opposés, dès le début, d'importants représentants du Comité Central, comme Ingrao, Tortorella, Cossutta.



Liquidation Acte 1: de la rénovation au projet d'une nouvelle formation politique



Pour trancher sur la proposition d'Occhetto, un Congrès extraordinaire du Parti a été convoqué, le XIX ème pour être précis, et il s'est déroulé à Bologne en mars 1990. Lors de ce congrès, trois motions se sont affrontés. La première, intitulée Donner vie à la phase constituante d'une nouvelle formation politique, était défendue par le secrétaire, et visait à construire une « nouvelle formation politique démocratique, réformatrice et ouverte à des composantes laïques et catholiques », qui dépasserait le centralisme démocratique. Elle obtient 67% des votes des délégués au Congrès et, naturellement, Ochetto a été réélu secrétaire.
La seconde proposait une voie intermédiaire, résumée dans le titre Pour une véritable rénovation du PCI et de la gauche, et a été signée par Ingrao, Tortorella, Anguis et Luciana Castellina; cette motion défendait l'idée que le PCI devait se rénover, dans sa ligne politique et dans son organisation, mais sans renier le communisme. Elle a recueilli à peine 30% des voix.



La troisième, intitulée Pour une démocratie socialiste en Europe, était pour ainsi dire la motion « orthodoxe » et a été présentée, entre autres, par Armando Cossuta. Elle a obtenu seulement 3% des voix des délégués.



Liquidation Acte 2: D'un grand Parti de toute la gauche au Parti démocrate



Le XXème Congrès, qui s'est tenu à Rimini en février 1991, a été le dernier. Ici aussi trois motions ont été présentées. La première « Vers le Parti Démocrate de la Gauche », indiquait clairement la voie de la désintégration du Parti, et la création du PDS Partito democratico della Sinistra/..., et a obtenu les deux-tiers des voix. La seconde, signée par Bassolino, était une motion « intermédiaire » qui introduisant une rupture moindre par rapport à la conception du Secrétaire.
Enfin, la motion présentée par Cossuta et Ingrao, proposait le maintien du nom et du Parti, a obtenu près d'un quart des votes (même si Cossuta proposera un projet analogue bien des années plus tard). Les promoteurs de la première motion n'ont pas dit, lors de ce Congrès, que quelques années plus tard, on enlèverait le « P » du nom de leur parti, pour ensuite le rétablir – des années plus tard – mais au détriment du « S », de gauche. Ils se gardaient bien de le dire.
Ils affirmaient, alors, qu'ils dissoudraient le Parti Communiste mais ils ne disaient pas OÙ ils iraient. Quel était ce nouveau projet? Un parti social-démocrate?



Rester dans le flou, mélanger tout et son contraire pour mieux cacher le projet liquidateur



Peut-être, mais ils ne l'affichaient pas. Ils ne disaient rien, restant dans l'ambiguïté, enclenchant ce processus, qui trouvera une suite d'abord dans les DS (Démocrates de Gauche) et aujourd'hui dans le PD (Parti Démocrate), celui de rassembler tout et son contraire, des communistes et surtout des anti-communistes, des socialistes, Gandhi, Kennedy, l'Eglise, Luther King. Et, pourquoi pas, Gramsci et Obama.



Alors, ce Congrès a décidé de pratiquer l'auto-culpabilisation pour des fautes que le PCI n'a JAMAIS commises, surfant sur la vague de la chute du mur de Berlin pour faire passer l'idée d'un Parti rénové. Mais décréter la fin du Parti Communiste se révéla rapidement comme la fin logique de ce projet tout aussi absurde qu'incohérent. Les couches sociales les plus faibles y perdirent leur boussole de référence et cela fut le début de la disparition. Les militants se demandaient pourquoi ils avaient lutté pendant tant d'années.
En Italie on était parvenu à la Libération, au sortir de la tyrannie, à obtenir le droit de vote des femmes, la santé gratuite pour tous, les droits des travailleurs et la sécurité au travail, les 150 heures consacrées à la formation pour tous les travailleurs, et combien d'autres choses encore? Et tout cela grâce au Parti Communiste.



Les communistes rénovateurs? Garder le nom pour mieux en discréditer le contenu!

Ce que signifiait la rénovation, nous l'avons hélas compris rapidement. On choisissait aussi de rester du côté des plus forts; mais comment peut-on rester crédibles auprès des faibles quand on s'affiche avec les forts? Comment fait-on pour faire coïncider les intérêts des travailleurs avec ceux des employeurs (nous avons perdu l'habitude de les appeler patrons)?
Comment fait-on pour choisir la voie des privatisations sans risquer ce de parvenir à la situation actuelle: l'eau privatisée, le chemin de fer public transformé en un monopole privé, Alitalia et TelecomItalia confisquées et bradées à des marchands de soupe? Comment fait-on pour mettre l'accent sur l'importance de la flexibilité et de la mobilité sans basculer dans la précarité absolue et dans l'incertitude par rapport à l'avenir dont nous sommes tous victimes aujourd'hui, à commencer par les jeunes? Ou qui défendra l'idée qu'alors que des milliers de travailleurs et de travailleuses sont licenciés, une fois qu'ils ont dépassé les 50 ans, il leur faudra encore une dizaine d'années de travail pour avoir droit à une retraite?



La liquidation du PCI a laissé un grand vide... plus que jamais, l'Italie a besoin d'un Parti Communiste!



Seul un Parti Communiste fort aurait pu s'opposer à tout cela. Au contraire, on a décidé de le faire disparaître, on a opté pour un suicide politique sans précédent. On a décidé, pour faire bref, de jeter aux orties son histoire et son identité, laissant des millions d'individus à leur propre sort.
Et ceux-ci ont perdu, en quelques années, tout ce qu'ils ont conquis en cent années de lutte. Si ce n'est plus. Le choix de se rallier au marché – seulement confirmé en 1991 mais en réalité déjà engagé des années auparavant – s'est révélé être une catastrophe. On ne change pas le « marché », le marché par définition est source d'exploitation, d'abus, d'inégalités. Il n'existe pas – et n'a jamais existé – un bon marché et un marché plus dur.
Les communistes, avant que ne se déclenche dans les dernières années une campagne incessante et honteuse de mystification, ont TOUJOURS lutté pour l'élimination des injustices sociales dans notre Pays. Et avec des résultats excellents.



Pourquoi, alors, a-t-on décidé, en 1991, de livrer au capitalisme le dernier rempart qui défendait les travailleurs et travailleuses de ce pauvre Pays? Peut-être pour gagner avec des mouvements succesifs vers le centre – qui continue encore aujourd'hui, comme si ce la n'avait pas servi de leçon – la majorité électorale dans un Pays qui a toujours été et est fondamentalement de droite?
Mais à quel prix! Quand recommencera-on – au passage de l'un d'entre nous dans la rue – à dire « C'est un communiste », avec le sens de l'admiration pour le courage et l'honnêteté, de ce qu'être communiste représentait? Ils ont laissé un vide, il est peut-être également trop tôt pour le combler. Mais nous aurions vraiment besoin, aujourd'hui plus que jamais, d'un Parti Communiste en Italie.