Comme EDF est bénéficiaire depuis 30 ans sans subventions, a versé des milliards d'euros à l'Etat en impôts, taxes, dividendes et autres moyens, et a réalisé des milliards d'investissement à l'étranger tout en réduisant la dette par rapport au pic des années 1990... d'où proviendrait tout cet argent ?
Il provient de factures payées par les consommateurs, elles étaient élevées en comparaison européenne il y a 25 ans, elles sont en bas de la fourchette européenne aujourd'hui.
Il n'en demeure pas moins que ces calculs seraient totalement caducs en cas d'accident majeur se traduisant par une émission massive de radioactivité, comme l'ont montré Tchernobyl et Fukushima.
En revanche, un accident de type Three Miles Island (fusion du coeur mais pas d'émission massive) ne les mettrait pas en cause dans leur ordre de grandeur.
La logique du rapport est donc de considérer de manière totalement implicite que la sûreté nucléaire, son organisation et sa surveillance par l'Autorité de Sûreté Nucléaire permettront de ne pas dépasser le cas Three Miles Island.
Il faut noter que l'EPR est conçu et construit de manière à garantir la réalisation de cette hypothèse (fusion du coeur, mais pas d'émission).
Or, cela suppose que l'ASN soit en mesure de résister à toute pression du monde industriel et politique - alors que ses commissaires sont nommés par les présidents de la République, de l'Assemblée nationale et du Sénat - pour autoriser ou non le fonctionnement des réacteurs anciens.
ASH3.jpgLorsque l'on se souvient que Nicolas Sarkozy et Claude Guéant ont fait pression sur Anne Lauvergeon pour qu'Areva vende du nucléaire à Kadhafi car elle résistait avec la dernière énergie à cette folie, on peut s'interroger sur ce qui va se passer lorsque le mandat de Claude-André Lacoste, le président de l'ASN fréquemment taxé de "fossoyeur du nucléaire" dans les hautes sphères en particulier pour son opposition à la vente de nucléaire "low cost, low safety" (voir le livre ci-contre), viendra à échéance cette année.
Le rapport n'apporte aucune critique à la stratégie que EDF et les gouvernements de droite et de gauche ont conduit depuis 15 ans. Comme si c'était la seule.
Or, il y en avait une autre, évidente et plus sûre : conserver le monopole de production et de distribution à EDF-GDF, consacrer la totalité des bénéfices considérables amassés durant cette période aux investissements nécessaires en France, à la réduction à zéro de l'endettement, et prêter le reste à l'Etat pour des dépenses d'investissement à un taux égal à l'inflation.
Autrement dit, les Français, propriétaires réels d'EDF, se seraient prêtés à eux-mêmes (l'Etat) l'argent mis de côté via les factures d'électricité pour les dépenses futures (renouvellement des centrales, démantèlement et déchets).
Cette solution permettait d'éviter toute évaporation de cette cagnotte indispensable à une gestion saine des charges futures.
La droite et le PS ont choisi, avec les dirigeants successifs d'EDF qu'ils ont nommés, de ne pas réduire à zéro la dette, de réaliser des investissements massifs en Europe (Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne, Tchéquie, Hongrie, Pologne...) et même en Amérique (Brésil, Argentine, USA) dont certains ont été des désastres financiers équivalent au prix de l'EPR de Flammanville.
Les rêves fumeux d'une multinationale EDF mise sur pieds sans débat avec les citoyens et les dogmes du marché et de la libre concurrence ont déjà coûté très cher
Autant de sujet de débats, pour celui organisé à la librairie Eyrolles, (Paris, 57 bld Saint Germain) le jeudi 9 février.
L'argumentaire de la Cour des Comptes sur "l'impossibilité" de remplacer les 22 réacteurs de 900 MW qui dépasseront les 40 ans d'ici 2022 par 11 EPR n'est pas si évident que cela.
Certes, si l'ASN, appuyé par les ingénieurs de l'IRSN, considère que tout ou partie de ces réacteurs peuvent fonctionner 10 ans de plus, pourquoi s'en passer ?
C'est un bonus, comme lorsque changer une courroie de moteur ou une autre pièce permet de faire rouler une voiture 20.000 km de plus.
ASH2.png Mais le caractère "impossible" de l'opération construction rapides des EPR est douteux. En quoi il serait plus difficile de la réaliser que ce qui s'est passé entre 1979 et 1991, lorsque l'essentiel des réacteurs actuels ont été construits ? Tant d'un point de vue industriel que financier, l'effort serait tout à fait comparable.
Qu'un tel effort ne soit pas nécessaire, et que l'on puisse tranquillement remplacer les 900 MW à un rythme beaucoup plus lent et plus confortable est tout à fait probable.
Mais ce ne sont pas des extraterrestres qui ont construit et financé le parc actuel.