UN GRAVE DANGER POUR LES PEUPLES

Autre disposition, le pacte de compétitivité re-baptisé « pacte pour l'euro plus ». Le choix est fait d'une « coordination renforcée pour la compétitivité et la convergence » aux normes allemandes et à la schlague, pour faire baisser les « coûts salariaux ». Les salaires devront « évoluer en accord avec la productivité » du travail, contre tout nouveau partage de la valeur ajoutée.
Leurs mécanismes d'indexation seront « réexaminés ». Dans le secteur public, les accords devront « soutenir les efforts de compétitivité consentis dans le secteur privé ». Au nom de l'emploi, il faudra « favoriser la flexisécurité » défendue par S. Royal en 2007 et promue depuis par Sarkozy. Il faudra accentuer « la réduction des charges fiscales pesant sur le travail », en fait sur le capital et les profits !
Au nom de la « viabilité des retraites », il faudra relever l'âge de départ en fonction de l'espérance de vie, comme le veut, en France, la droite et s'y est résolu le PS. Enfin, chaque État membre devra introduire dans sa loi fondamentale un “frein à l'endettement”. Dés 2012, ces réformes devront entraîner des changements législatifs dans chaque pays, « sur une base volontaire »...
C'est dire l'enjeu, à l'approche de l'élection présidentielle en France, d'une rupture du consensus sur le traité de Lisbonne entre la droite et le PS, avec des propositions alternatives radicales et réalistes, au lieu de rabâcher qu'il faut « sortir du Traité ».

UN DISPOSITIF MEURTRIER

Troisième dispositif, le mécanisme européen de stabilité (MES). Il est censé pérenniser, au-delà de 2013, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) lancé en 2010. Il sera doté d'un capital de départ de 700 milliards d'euros apporté par les États, lesquels, sans doute, se procureront l'argent nécessaire par emprunt sur les marchés financiers surtout, leur fiscalité reculant au nom de la compétitivité.

Le MES pourra prêter jusqu'à 500 milliards d'euros qu'il empruntera aussi sur les marchés avec une note « AAA » exigeant fortes rentabilité et solvabilité. Aussi re-prêtera-t-il cet argent au taux du marché moyen augmenté de 2% pour les prêts inférieurs à 3 ans et de 3% au-delà... de quoi assommer les États concernés.
Exceptionnellement, le MES pourra acheter de la dette publique directement auprès des États, sur les marchés primaires. Cela mettra un terme à un processus qui, depuis la crise grecque, tend à mettre au défi la BCE de créer de la monnaie pour racheter de la dette publique, contre ses dogmes fondateurs, alors qu'aux États-Unis, la FED fait, elle, marcher à fond la « planche à billets » pour soutenir la politique économique.

UNE AGGRAVATION DE LA CRISE

L'aide du MES sera activée par les ministres de la zone euro, après évaluation de la Commission, avec la BCE et le FMI, en contrepartie d'un « plan d'ajustement macro-économique » drastique, étroitement surveillé. C'est là une folle fuite en avant fédéraliste, avec le pari d'un superendettement public européen prétendant rivaliser avec les États-Unis dans l'attraction des placements, chinois notamment.
Cela marche de pair avec une restructuration de l'Europe, au sud notamment, après l'est, avec privatisations massives et surenchères à la baisse des « coûts salariaux ».
Cette volonté frénétique de faire payer aux peuples la rapacité des marchés financiers, alimentée elle-même par des États qui cherchent à remplacer le soutien des endettements privés à l'accumulation capitaliste, explosé en 2008, par le soutien des endettements publics, prépare de nouveaux épisodes beaucoup plus aigües de crise en Europe et dans le monde avec l'effondrement à venir du dollar.
Cette gravité exceptionnelle de la situation est cachée, alors que montent les luttes contre l'austérité et le désaveu des partis politiques pro-Lisbonne, en même temps que les récupérations populistes de la souffrance sociale.
C'est dire le besoin de débat démocratique et de luttes avec des propositions alternatives pour une tout autre utilisation de l'euro, au lieu de « la sortie » illusoire et dangereuse. Le PCF, repris par le PGE, propose un Fonds social de développement européen. Il mobilisera, sous le contrôle des élus, la création monétaire de la BCE pour financer un très grand essor concerté des services publics, tandis que le crédit bancaire servira à sécuriser l'emploi, la formation et les salaires.