Quant aux mesures proposées pour améliorer la «?compétitivité hors coût du travail?», elles reviendraient à favoriser les profits des entreprises en situation d’exporter, d’innover, de consentir un effort de recherche, au lieu ?de développer l’emploi, ?la formation, les qualifications et ?les salaires avec les investissements nécessaires dans tout le système productif français.
Mais ce «?choc de compétitivité?» est présenté comme profitable, ?à terme, tant aux employeurs ?qu’aux salariés. Qu’en pensez-vous??
Yves Dimicoli. Le pacte de compétitivité ainsi proposé ?aux Français, au nom du prétendu «?patriotisme économique?», ?ne ferait qu’accentuer l’insuffisance de demande et de qualifications.
Il aggraverait la croissance financière et la spéculation contre le redressement national, avec un bond en avant dans la guerre économique intra-européenne.
Enfin, le rapport Gallois, qui ne dit rien à propos de la Banque centrale européenne (BCE), s’inscrit pleinement ?dans le cadre d’un rationnement du financement des services publics avec le respect de ?la contrainte folle de ramener ?à 3?% du PIB le déficit public ?en 2013.
Ce faisant, les mesures qu’il propose contribueraient à mettre en cause des facteurs décisifs de soutien de la demande et d’efficacité de la production comme l’éducation, la santé, ?la recherche, les transports, ?le logement…
Quels autres choix ?préconisez-vous??
Yves Dimicoli. Il y a une alternative possible?: la baisse des prélèvements financiers qui asphyxient les entreprises avec les intérêts payés aux banques, les dividendes versés aux actionnaires.
Ce sont eux qui minent en profondeur l’efficacité de notre système productif.
En 2011, selon les comptes de la nation (Insee), les charges d’intérêts payés aux banques par les sociétés non financières totalisaient 309?milliards d’euros, alors que les cotisations sociales, qui, en finançant la protection sociale, sont un facteur essentiel de productivité, ne coûtaient que 145?milliards d’euros?!
Il est possible d’alléger massivement ?ces prélèvements financiers avec ?la mise en œuvre d’un nouveau crédit bancaire pour les investissements matériels et de recherche de toutes les entreprises.
Le taux d’intérêt de ce crédit serait d’autant plus allégé, jusqu’à être nul, voire négatif (avec une diminution des remboursements), que les investissements programmeraient plus d’emplois et de formations.
Un pôle bancaire public serait chargé de développer ce nouveau crédit, au lieu du quasi-subventionnement des entreprises les plus profitables qui caractérisera les aides de la Banque publique d’investissement (BPI). Quant à la BCE, il faudrait qu’elle finance massivement, ?par création monétaire, une grande expansion des services publics en Europe et que le taux d’intérêt du refinancement dont elle fait bénéficier les banques soit d’autant plus abaissé que leurs crédits aux entreprises servent à des investissements programmant plus d’emplois et de formations.
Entretien réalisé par Sébastien Crépel