Il est dommage, inquiétant, préoccupant et à bien des égards révoltant que le gouvernement choisisse le capital au terme d’une semaine qui s’avère « d’enfumage », ponctuée de déclarations publiques de M. Montebourg, au final, dépecé de deux de ses attributs puisqu’il n’y a ni « redressement », ni d’objectif « productif ».
En vérité, la volonté affichée de « redressement productif » est incompatible avec la nouvelle ligne de « révolution copernicienne de la gauche » explicitée par M. Moscovici.
Peut-être le gouvernement essaie-t-il, à plusieurs voix, de couvrir tout le spectre du débat en laissant un ministre se mettre du côté des sidérurgistes en promouvant l’idée de nationalisation, massivement partagée par le pays, les forces syndicales et politiques les plus diverses, tandis que dans les bureaux de Matignon on rassurait un grand patronat, conformément aux vœux publiquement exprimés par Mme Parisot.
Si tel est le cas, c’est amoral et mensonger.
Combiné à l’affligeant spectacle donné par l’UMP, ceci ne fera qu’aggraver la crise de la démocratie et de la politique dont on peut penser qu’elle est en train de gangréner la société.
Plus grave encore ! A continuer ainsi, le gouvernement va faire la pire démonstration qui soit : celle de son impuissance et celle de l’Etat face au capitalisme transnational. Or, la nouvelle majorité a été élue pour changer les choses, pour améliorer la vie quotidienne, faire reculer le chômage, redresser le pays.
L’aiguisement de l’affrontement de classe, la lutte des sidérurgistes ont fait remonter à la surface une exigence que les puissants espéraient définitivement enterrée.
Celle d’une maîtrise publique ou d’une nationalisation temporaire ou durable pour assurer le redressement et le développement productif de secteurs décisifs pour le devenir du pays.
Portée depuis plusieurs semaines par B. Thibault et reprise par A. Montebourg, cette solution marque une ligne de rupture nette avec les orientations libérales et la posture de renoncement politique face à la mondialisation.
Qu’elle vienne d’être approuvée par plus de 60% de nos concitoyens n’est pas une mince affaire.
Une telle adhésion explique d’ailleurs l’ampleur de la déception, suite à l’annonce contraire du Premier ministre. Toute personne qui se réclame de la gauche doit désormais se demander si ce n’est pas parce qu’on a voulu occulter la question de la propriété que l’offensive ultra-capitaliste a pu se déployer au point que toutes les tendances de la gauche, sans exception, sont aujourd’hui considérées par le plus grand nombre comme impuissantes à modifier le cours du fonctionnement de nos sociétés de plus en plus inhumaines.
Il ne s’agit pas ici d’idéologie mais bien de l’intérêt commun.
Il ne s’agit pas non plus de faire croire à la seule vertu d’une appropriation sociale et publique si on ne change ni les critères de gestion des entreprises, ni ceux de la société, avec l’austérité permanente. Il ne s’agit pas non plus de refaire ce qui a échoué mais bien d’innover en évoluant vers une propriété publique et sociale, indissociable de nouveaux pouvoirs d’intervention des travailleurs sur la gestion de leurs entreprises et qui connaît un meilleur chemin pour construire un nouveau projet de développement industriel maîtrisé, dans ses dimensions nationales et européennes, pleinement respectueux des Hommes et de la nature ?
En tout cas à cette période politique et historique, le grand débat indispensable mérite d’être levé et mené.
Le site de Florange n’est pas moribond.
Il fabrique les meilleurs aciers pour des voitures haut de gamme. Au lieu d’investir pour toujours être à la pointe de l’innovation, Mittal empoche les dividendes et joue au Monopoly avec des unités de production dans le monde qu’il achète ou revend, au gré du cours de l’acier que sa puissance lui permet de manipuler.
Peu lui importe la surexploitation, les inégalités en progression, le chômage, la compétition meurtrière, la concentration industrielle et financière. Peu lui importe le projet européen « Ulcos » de sidérurgie propre pour Florange grâce à une réduction de moitié les émissions de gaz carbonique lors de la fabrication de l’acier.
Seule compte pour M. Mittal la possibilité de bénéficier à plein d’un système qui accorde le « droit » à la minorité des puissants de disposer de la vie du plus grand nombre.
Le choix du gouvernement revient à le laisser continuer par refus d’affronter l’organisation actuelle d’un système pourtant en pleine crise.
Nous avons fait un tout autre choix, celui de « l’humain d’abord » avec la conviction qu’une majorité de nos concitoyens, dans le débat et la confrontation des points de vue, peut en prendre le parti. L’enjeu de l’aide à l’impulsion d’un puissant mouvement populaire de gauche, partout dans le pays, est posé avec force.
En effet, majoritairement nos concitoyens sont prêts à se mobiliser pour ouvrir les portes du changement à gauche.