Quelle réforme des collectivités territoriales? ?

La réforme des collectivités territoriales s’inscrit dans la volonté débridée des forces capitalistes d’accroître toujours plus le champ de leur pouvoir insensé et de capter les richesses qui échappent à leur mainmise. Elle s’appuie sur le fait métropolitain pour essayer de dynamiter la démocratie locale en réduisant les élus à des courroies de transmission du pouvoir central et les citoyens à des administrés.
C’est pourquoi il faut contester la réforme dans son principe même. Et nos institutions ne sauraient être modifiées à nouveau sans que s’exerce directement la souveraineté populaire.
Depuis de nombreuses années, on a vu apparaître le terme de « ?métropolisation? » dans les textes officiels, y compris de collectivités locales, entouré d’une sorte de fascination. On pourrait préférer porter un regard politique sur ce phénomène. De tout temps, les grandes villes ont exercé une attraction qui a modelé l’implantation des populations et leurs habitudes de vie.
Ces dynamiques se sont accentuées, notamment avec le développement de la mobilité quotidienne. Mais faut-il encore accélérer ce phénomène de gigantesque concentration? ? Plutôt que de se gargariser du mot de métropole, il y a besoin de penser et de maîtriser l’évolution de nos territoires, sans oublier les territoires ruraux.
Pourquoi faudrait-il aujourd’hui,soudainement, faire de l’échelle métropolitaine, aux contours incertains, la nouvelle matrice d’une organisation politique, l’alpha et l’omega de l’aménagement du territoire? ?
Cela pourrait revenir à calquer les cadres démocratiques sur des choix économiques. Il paraît toutefois évident qu’il faut se mettre en capacité d’agir à cet échelon, afin de ne pas laisser des enjeux sans réponse et de ne pas laisser le champ libre à des décideurs non élus mais très entreprenants.
L’aire métropolitaine ne peut pas être pertinente pour l’ensemble des politiques locales et il ne nous aura pas échappé que des volontés d’hégémonie politique et d’inféodation à un pouvoir central se nichent parfois dans les grands discours savants qui la glorifient. Sans parler de ceux qui voient là un moyen de partager à leur façon la misère des finances publiques.
À l’échelle de la démocratie locale se construisent un vivre ensemble et une culture commune, non sans échanges avec des ailleurs. À l’heure de la marchandisation globale, il faut aussi dynamiser ces mouvements enracinés au plus près du terrain, qui portent la marque de l’humain.
Il ne faut donc rechercher qu’une seule chose? : l’intérêt des habitantes et des habitants. Il réside dans la coopération entre les territoires d’une « ?métropole? » comme entre les « ?métropoles? » (dont les territoires ne sont pas sans s’enchevêtrer) et dans la place faite à l’intervention citoyenne…
Qui plus est au moment où la Commission européenne tente le coup de force, l’heure est à inventer une nouvelle République où la démocratie locale, représentative et participative, sera bien plus reconnue et où la démocratie tout court verra son champ élargi jusqu’aux cénacles de la finance et de l’entreprise. Il n’y a rien à gagner à détruire régions et départements, mais sans doute bien plus à remettre sur le métier les fonctions des différentes collectivités.
Et plutôt que de précéder la réforme du gouvernement, essayons d’imaginer comment peuvent s’ouvrir des espaces métropolitains de coopération d’un type inédit, où la question posée ne sera pas la compétitivité du territoire et son uniformisation mais un indicateur de bien-être. Des espaces qui ne pourront se passer de reconnaître l’échelon de base qu’est la commune et de l’améliorer, notamment dans les grandes villes.
Des espaces à géométrie variable où l’on pourra s’associer librement sur des projets concrets et non pas de manière structurelle et contrainte? ; des espaces où se lanceront de grands débats d’intérêt public et non pas des lieux de concentration des pouvoirs accaparant des compétences au détriment des collectivités locales et surtout du peuple? ; des espaces de synergies démocratiques et pas de gestion technocratique, loin des affres de la mégalopole…