A Paris, pour 1 euro collecté, il y a 1,86 euros de crédits accordés. Dans le Hauts-de -Seine, c'est 1 pour 1,45. Par contre, dans le Val-de-Marne, pour 1 euro collecté il n' y a que 0,83 euros de crédit accordé et, en Seine-saint-Denis c'est 1 pour 0,86!
Bref, l'argent collecté par les banques sert de base pour des crédits là où le fric peut faire le plus de fric: là où il y a les quartiers d'affaires, les pôles de compétitivité, les résidences de luxe. Ailleurs, dans les départements où prolifèrent les problèmes sociaux, l'excédent des dépôts sur les crédits exprime le chômage,l'insuffisance de formation, de qualifications, de salaires, les privations.
« Paris place financière », socle du « Grand Paris » ou du « Paris métropole », c'est, via le système bancaire, les revenus du travail des franciliens et le crédit, dont ils sont la base, qui sont placés au service de la domination des marchés financiers et des multinationales.
C'est aussi une rivalité à mort entre places financières pour l'attraction des capitaux baladeurs.
Avec le lancement de l'euro, comme monnaie unique, il y a eu l'esquisse d'un bras de fer entre les places d' Europe continentale, dont Paris, et les places anglo-saxonnes.
Sur le site de « Paris développement », l'agence de développement économique de Paris, on peut lire que grâce à l'euro « monnaie compétitive qui rivalise avec le dollar » Euronext, qui fédère les bourses de Paris, Bruxelles, Amsterdam, Lisbonne , est « la plus importante bourse d'Europe en termes des volumes de transactions ».
Mais quel type de capitaux attire cette machinerie? La lecture de la Balance des paiements de la France renseigne là-dessus.
En 2009, les capitalistes résidant dans l' Hexagone ont délocalisés pour 77 milliards d'euros nets d'investissements directs à l'étranger, contre 70 milliards en 2008. Simultanément, il est entré en France, pour 218 milliards d'euros nets en « investissements de portefeuille », c'est à dire financiers et spéculatifs, contre 89 milliards en 2008!
Dans cette noria infernale, l'État, sous injonction de la BCE et dans le carcan choisi du pacte de stabilité européen, joue depuis plus de 20 ans un rôle décisif avec sa politique d'exonération fiscales et sociales, son rationnement des services publics, ses privatisations et son soutien aux placements financiers.
Et puis, il a les stratégies bancaires, adossées à cette politique, qui ont conduit à la récession la plus grave d'après-guerre.
Au 31 décembre 2008, selon la Commission bancaire, les « engagements hors bilan sur instruments financiers à terme » des banques françaises avaient progressé de 10,7% en un an, pour atteindre la somme pharaonique de 83 billions d'euros c'est à dire 83 milliers de milliards d'euros!
C'est sur ces opérations que les banques ont fini par boire le bouillon. Mais, on s'accorde à dire qu'en France, les pertes ont été moindres parce que, collectant l' argent des salariés, au lieu d'être totalement dépendantes des marchés financiers, les banques françaises sont moins intoxiquées que les américaines ou britanniques.
Elles ont été grassement renflouées par d' énormes aides publiques accordées sans changement des critères du crédit. Celui-ci demeure donc rationné pour les PME et il coule à flot pour les opérations financières et spéculatives. Profits, dividendes et bonus suivent.
Cette fuite en avant, soutenue par la Région Ile de France qui a créé 11 Fonds de capital-risque, s'inscrit dans un type de construction européenne où une directive a libéralisé les marchés d'instruments financiers (MIF). Elle ouvert le théâtre européen de la « guerre mondiale entre marchés financiers » en favorisant, notamment, le développement de plateformes boursière privées à bas coûts.
Ces « Low coasts » de la Finance, derrière lesquelles on retrouve les grandes banques, mangent des parts de marchés aux bourses traditionnelles.
Euronext est en ligne de mire. Ses promoteurs, pour parer le coup tout en rivalisant avec Londres, sont allés jusqu'à se faire racheter par NYSE, la société qui gère la bourse de New-York.
Mais, avec la crise financière, le pilote américain a décidé, l'été dernier, de délocaliser vers Londres une bonne partie de l'informatique d' Euronext installée, jusqu'ici, à Aubervilliers dans le 93.
Face à ça, Christine Lagarde a annoncé la couleur, le 18 janvier dernier: Désormais, il s'agit de faire grossir le plus possible la place de Paris sur son compartiment obligataire avec, pour locomotive, les emprunts d' État, mais aussi les emprunts des collectivités territoriales, régions en tête, avec des partenariats public-privé (PPP).
C'est tout le tissus français et européen qu 'il s'agit de faire imprégner par la croissance financière pour qu' après le choc systémique sur les endettements privés qui vient d'avoir lieu, ce soit les endettements publics qui servent de levier pour la rentabilité financière.
C'est cela qui, si on laisse faire, conduira à l'éclatement d'un énorme krach sur les endettements publics, dont des prémisses agitent la Grèce.
C'est dire la nécessité de faire irruption là-dedans, à l'appui des luttes populaires, avec la construction d'un grand mouvement de conquête de pouvoirs sur l'utilisation de l'argent des profits, des fonds publics et du crédit, ici et maintenant, avec l'exigence d'un Fonds régional pour l'emploi et la formation qui ouvrirait la voie pour d'autres mobilisations vers un pôle financier public en France, une réorientation de la BCE en Europe et une monnaie commune de co-développement, alternative au dollar, dans le monde.