Les jeunes justement, rappelons quelle place de premier plan fut la leur. Parmi les neuf victimes, il faut compter Fanny Dewerpe prononcer deverpe, 31 ans, secrétaire, Jean-Pierre Bernard, trente ans, dessinateur, Anne-Claude Godeau, 24 ans, employée des PTT, Daniel Féry, 15 ans, apprenti.
Oui, la jeunesse, cette jeunesse que stigmatisent les forces de droite dans toutes les périodes de notre histoire, cette jeunesse présumée délinquante en « blouson noir » dans les années 1960, cette jeunesse délinquante « à capuche » et « racaille » dans la bouche du président Sarkozy.
Oui, cette jeunesse n’a rien à voir avec le portrait qu’en tracent les hommes de droite. Ces jeunes communistes et syndicalistes en furent une preuve supplémentaire : ils ne l’ont que trop payé.
Disons aussi que ces jeunes issus des classes populaires (apprenti, secrétaire, employée…) ne cadrent pas davantage avec la description commune des milieux populaires accusés de violence gratuite, de racisme et de xénophobie : ce jour-là, comme le 17 octobre 1961 avec le FLN ou le 9 mars 1956 avec le MNA, les violents, les racistes et les xénophobes étaient bien de l’autre côté de la matraque .
Je vise bien sûr ce corps de policiers mais, plus encore, les autorités auxquelles ils ont répondu : le préfet Papon, le ministre Roger Frey mais aussi, on a tendance à l’oublier, le président De Gaulle pour ce qui est de la période post 1958 ; pour la période antérieure, nous devons à la vérité de rappeler le rôle sans gloire des socialistes, de Guy Mollet à François Mitterrand.
Gloire à eux donc, tous ces combattants de la liberté qui nous ont précédés et ont permis, avec tous les Algériens, qu’une paix et une indépendance justes soient enfin acquises.
Mais quelle honte que le président Sarkozy ne dise pas la même chose, soixante ans plus tard : ce ne serait que vérité, ce ne serait que justice, enfin. Mais Nicolas Sarkozy pousse l’abjection plus loin : non seulement il n’a pas un mot pour toutes les victimes de Charonne, mais en outre, il a osé décerner la légion d’honneur à Jean-François Collin il y a quelques mois, un ancien de l’OAS. Avec Nicolas Sarkozy, effectivement, tout devient possible : le pire en particulier…
Face au piétinement présidentiel de ces massacrés, les jeunes communistes de 2011 ont plus qu’un devoir de mémoire, ils ont un devoir de poursuite du combat.
Car si l’OAS a été dissoute, l’extrême droite et l’impérialisme, eux, ne l’ont pas été. Bien au contraire, en ces temps où les généraux massacreurs d’hier, d’Aussaresse à Salan en passant par Bigeard, ont trouvé leur digne et blonde héritière ; en ces temps où le président de la République assisté des sinistres Guéant, Hortefeux et Besson, relance la traque à l’étranger et promeut la préférence nationale en visant sans discrétion nos frères venus du Maghreb. En ces temps où l’armée française est toujours présente en Afghanistan.
En ces temps ou la responsabilité de l’État français et de grandes entreprises dans la colonisation de la Palestine est pleinement engagée. Rappelons au passage qu’il aura fallu se battre pendant des années pour que le gouvernement commence à bouger le petit doigt pour œuvrer à la libération de notre camarade franco-palestinien Salah Hamouri.
Le gouvernement aura si peu bougé ce doigt qu’au final Salah aura purgé des semaines de prisons supplémentaires avant d’être enfin libéré sous la pression de le mobilisation.
En ces temps aussi ou l’an dernier, lorsque nos frères tunisiens se sont mobilisés pour en finir avec la dictature de Ben Ali, la seule réaction de la ministre des affaires étrangères de l’époque aura été de proposer « le savoir faire des forces françaises en terme de maintien de l’ordre »... Nous avons en effet vu ce savoir faire à l’œuvre à Charonne... un savoir faire assassin.
En ces temps en un mot, où la droite au pouvoir crache sur la mémoire comme sur les valeurs de ces neuf morts que nous commémorons ce jour, il y a bien besoin de ne pas baisser le drapeau ni d’abandonner leur lutte, notre lutte.
C’est pourquoi les jeunes communistes sont là aujourd’hui et seront partout où ce sera nécessaire demain. Des camarades qui ont fait la manifestation de Charonne nous interpelle pour parler de cet événement, pour comme ils le disent, « que ça ne se reproduise plus. » En effet, l’échelle de la violence dans la répression ne cesse de grimper et nous avons pu le voir dans les dernières grandes mobilisations de la jeunesse.
Nous n’oublierons jamais Charonne. Le souvenir d’hier fait partie du combat du présent. Car, comme l’a dit le poète : « si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons ».
Nous n’oublierons donc jamais nos camarades et surtout nous continuerons à faire vivre leurs combats pour les luttes d’aujourd’hui. Car derrière ce massacre, ce sont des hommes et des femmes qu’ils ont assassinés, mais pour faire taire leurs luttes et leurs idées.
Alors que Mr Alain Juppé a appelé son homologue algérien à fêter « l’indépendance dans la retenue », redonnons du sens à l’histoire en rappelant ces événements et battons nous sans aucune retenu pour la justice, la paix et la liberté des palestiniens, pour tous les peuples opprimés et contre les héritiers des donneurs d’ordre de l’époque, qui remettent au goût du jour la théorie fumeuse et nauséabonde de « civilisations inférieures ».
Oui, le combat doit reprendre avec vigueur et détermination.