Pour y parvenir, il s’agit d’organiser la scolarisation séparée dès le plus jeune âge de ces catégories assignées à ces différentes trajectoires, dans des établissements à « projets » ciblés sur ces objectifs inégaux selon l’implantation territoriale. L’école devient alors un lieu de détection des « compétences individuelles » (en fait, des acquis scolaires dans la famille) pour sélectionner ceux dont la probabilité est plus grande de poursuite d’études avec moins de moyens pour l’école.
C’est le sens des contre-réformes qui se multiplient depuis des années. Mais la droite n’avance pas autant qu’elle le veut. Elle échoue parfois comme lors du CPE pour ne prendre que cet exemple.
Réformes-Résistances : quelles alternatives ? quelles solutions ?
Nos luttes contre chacune de ces contre-réformes sont donc nécessaires. En comprendre le sens et la cohérence l’est aussi pour travailler dans nos luttes à proposer une autre cohérence. Au-delà des propositions sur tel ou tel point, notre force passe aussi par note crédibilité à porter un projet pour l’école, une réponse progressiste aux évolutions en cours.
Cela suppose un débat au sein de notre peuple dont les forces de gauche doivent s’emparer faisant état des différences et des convergences de point de vue sur le sujet. Les convergences sont connues. Je m’attarde donc sur les différences. Elles sont majeures et de plusieurs ordres.
Face à l’élévation des savoirs dans la société, le projet du PS ne construit pas d’autres réponses que celles portées par l’OCDE. Il se situe ainsi sur une ligne, partagée avec la droite, du renoncement à l’égalité d’objectifs qui structure le « socle commun » : la proposition de regrouper élémentaire et collège, en coupant celui-ci du lycée, fait le choix de filières précoces (certains établissements ayant pour mission de préparer au lycée, les autres devant y renoncer en se limitant à une part réduite du programme appelée « socle commun » dans la logique du « petit niveau bien maîtrisé », un RMI culturel). Malheureusement, plus généralement à gauche, cette ligne de renoncement prédomine chez EELV comme au PG (celui-ci a insisté pour que dans le PPP l’on intègre le « socle commun » et que l’on retire l’attachement à la scolarité unique).
Par ailleurs, si nous partageons l’idée que l’école doit évoluer, la réponse aux aspirations populaires à l’égalité ne peut pas découler à gauche de versions « avec un peu plus de moyens » des politiques impulsées par les capitalistes.
Les propositions que Jean-Luc Mélenchon médiatise en matière scolaire reflètent ce que j’identifie comme un problème sur le fond comme sur la forme. Les deux principales dans son propos sont des propositions de rejet : sortir du traité de Lisbonne et supprimer le financement du privé. La seule contestation de l’existant ne suffit pas à ouvrir une alternative.
Couper les vivres au privé, certes, mais cela ne règle pas la question de l’évitement des établissements populaires. Cela ne dit rien non plus des grandes réformes à produire pour réorienter le système scolaire. Laisse-t-on entendre que l’école avant la droite allait bien ? suffirait-il de se débarrasser d’elle pour relever les défis de formation intellectuelle de toute une génération ?
Aujourd’hui, dans un pays rongé par la crise et les politiques libérales, dans une société en pleine mutation, c’est une impasse que d’être nostalgique de l’école du passé et de ne bâtir comme slogan qu’une simple addition de refus. On en voit les limites : critiquer la stratégie de Lisbonne d’un côté, accepter son application dans le socle commun de l’autre. La seule proposition de réforme de Mélenchon, depuis qu’il a été secrétaire d’Etat à l’enseignement professionnel dans le ministère Allègre-Royal, consiste à orienter massivement dès la 4ème les élèves de milieux populaires en filière professionnelle(1).
Dans l’état actuel des choses, ce serait scandaleux de supprimer le lycée professionnel comme le veut le gouvernement, mais cela ne peut être la seule orientation décidée pour les classes populaires. Ce serait dans les faits s’opposer aux aspirations populaires, légitimes, à sortir de la prédestination sociale, à conquérir l’égalité, notamment en matière d’éducation.
Cela s’oppose dans les faits à notre idée que le collège unique, comme l’école primaire, bien qu’imparfaits à l’heure actuelle, doivent viser les mêmes objectifs pour tous, pour préparer des études choisies par la suite.
C’est pourquoi les communistes portent, avec d’autres forces du monde éducatif, l’idée qu’il faut transformer l’école, pour redoubler d’efforts et non pas renoncer sur l’égalité et l’éducabilité. Un front de lutte existe ici qu’il nous faut développer.
Des forums partagés pour confronter, exiger et rassembler
La cinquantaine de rencontres en France sur le sujet montrent par leur nombre et leur qualité l’intérêt porté à ce sujet. Il sera incontestablement au cœur de la présidentielle comme un élément majeur. Quelle école pour nos enfants ? Quel avenir pour la France ? Il en ressort très largement des objectifs simples et ambitieux :
· mise en oeuvre d’une scolarité avec des objectifs égaux étendus jusqu’à la fin du collège
· scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, préparant à poursuivre au-delà. (Voir les publications du réseau école du PCF pour le détail des nombreuses analyses et propositions(2). Au fond, ce qui fait débat derrière cela, c’est la conviction que tous les élèves sont capables ou pas d’apprendre la même chose, et donc de la nécessité ou pas de créer les conditions pour y arriver.
A quoi sert de réclamer des moyens pour l’école, si ce n’est pas pour préparer toute une génération à s’emparer des pouvoirs que procurent les savoirs et les façons de penser qu’ils portent, et donc pour transformer l’école de façon progressiste ? A quoi sert de défendre la maternelle et les ZEP, si c’est pour reléguer les enfants du peuple dans des objectifs moindres ?
Candidatures du Front de Gauche : débat de noms ou débat de fond ?
Ce sont ces questions, dans les forums du programme populaire partagé, sur lesquelles les communistes ont pu converger avec bien d’autres. Mais malgré les efforts, ne nous le cachons pas, la confrontation est encore insuffisante à gauche.
Probablement parce que règne trop souvent depuis des décennies l’idée que pour chasser la droite, le « vote utile » et le rassemblement passent par le plus petit dénominateur commun des propositions, et donc par un débat d’idée qui devient tabou de peur qu’il ne soit diviseur. Pour un parti politique et les rassemblements auxquels il participe, ce serait un problème que de ne porter, d’élections en élections, que le minimum commun, et de se priver de cette tribune pour porter une alternative ambitieuse.
L’analyse que les communistes portent à la réflexion collective, c’est que si l’école et le collège ont les difficultés à faire apprendre tous les élèves c’est parce que depuis le début ils n’étaient pas assez uniques, résultat d’un compromis entre démocratisation et sélection. C’est pour repenser l’école (les programmes et objectifs, les moyens en recherche et formation...) sur le modèle des enfants qui n’ont que l’école pour s’approprier les savoirs savants, qu’il faut transformer l’école.
Tous en profiteront. Les familles populaires d’abord, mais aussi ceux dont la famille, si l’école avait les moyens de le prendre en charge, n’aurait plus à faire l’école à la maison ou dans des cours particuliers ou n’aurait plus à scolariser dans le privé. Parmi les candidats communistes à la candidature qui s’inscrivent dans la dynamique du front de gauche, André Chassaigne porte cette idée du besoin d’une nouvelle phase de démocratisation scolaire dans un cadre d’égalité nationale.
Ainsi, il priorise dans la démarche le fait de conduire un débat en lien avec les luttes, sans être uniquement tourné vers les échéances électorales à court terme. Des idées peuvent devenir majoritaires et bousculer le carcan dans lequel la Ve République et les « décideurs » enferment le débat.
Rarement s’est exprimée aussi fort l’aspiration à une société qui ne soit pas soumise au profit, comme à une école de l’émancipation et de l’armement intellectuel de tous. La crainte légitime de la division à gauche ne doit pas empêcher de construire une réponse politique à ces aspirations. L’ambition portée est de nature à tirer tout vers le haut : les contenus, la démarche, le rassemblement !
C’est dans cette optique que les communistes tendent la main de façon critique, exigeante et constructive à la fois, dans toute la gauche, et à commencer dans les fronts de luttes et dans le front de gauche. C’est d’autant plus nécessaire que cette démarche n’est pour l’instant pas partagée par tous.
Suffit-il de dire qu’une fois élu, les choses seront réglées, qu’il n’est pas besoin de dire ni pour quoi faire précisément, ni comment on va trouver et imposer le financement ? L’expérience de 1997 à 2002 devrait servir de leçon.
Quel que soit le candidat choisi, nous ferons tous pour le mieux possible. Avant cela, il me semble qu’il y a un devoir de transparence comme responsable de contribuer à la réflexion et de dire pourquoi la candidature d’André Chassaigne me semble revêtir plusieurs avantages par rapport à celle de Mélenchon.
D’abord, sur la démarche, l’expérience de Chassaigne en matière de rassemblement sur le terrain et à l’Assemblée ont fait la preuve qu’il savait mettre sa pugnacité au service non pas de lui seul, mais du collectif en intégrant les analyses et propositions du travail collectif.
C’est le gage d’une mobilisation maximale de toutes les forces militantes qui composent le front de gauche. C’est encore le gage de donner le signal qu’au-delà des élections, nous souhaitons construire une appropriation populaire des questions politiques, contre la délégation de pouvoir.
Le comportement de Mélenchon correspond bien moins avec ce profil. Cela pose question quand des idées ultra-minoritaires dans les forums partagés font l’objet de tentatives d’imposition d’en haut dans le PPP, notamment sur le renoncement à défendre le collège unique ou la promotion du socle commun.
Ensuite, l’accès aux médias est un argument qui a été discuté. Notre défi, quand la campagne officielle aura commencé et que le temps de parole sera décompté, ne sera plus d’accéder aux médias.
Ce sera ce qu’on y dira. D’autant qu’avec la pression du « vote utile » au premier tour, l’enjeu de la présidentielle me semble bien moins être le score quel que soit le candidat, que la tribune d’idées que cela offre pour la législative et surtout pour la suite : il me semble utile de ne pas prendre les élections uniquement sous l’aspect électoraliste (même si les scores comptent, bien sûr), mais aussi pour les luttes qu’elles sont l’occasion de traduire en politique, pour les idées qu’elles peuvent faire grandir.
Le PCF et les fronts auxquels il participe ont tout à gagner en pensant les campagnes d’action et d’idées dans la durée, pour convaincre du lien entre urgence sociale et cheminement vers une autre société.
De même, on ne demande pas à un candidat d’être un spécialiste de toutes les questions mais l’expérience qu’a André Chassaigne en tant qu’ancien professeur de SVT et principal de collège seront un atout dans ces campagnes où les questions d’éducation et de formation vont être parmi les questions clés, avec l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’Europe et la finance. L’expérience montre que malgré cette connaissance, André Chassaigne écoute et tient compte des apports des groupes de travail et du débat collectif.
Surtout, sur le contenu, ses prises de position montrent la volonté de relever avec sérieux le défi de travailler à faire émerger une réponse progressiste aux questions qui vont modeler l’avenir. Il pourra faire de la fenêtre médiatique présidentielle une tribune pour des arguments utiles aux législatives.
Tandis que les prises de position de Mélenchon contre le collège unique est de nature à brouiller le message de ce que les députés communistes et du front de gauche doivent porter sur le besoin d’un collège et d’une école primaire encore plus égalitaire, à l’instar de ce qu’ils ont déjà défendu par exemple depuis 2005 en proposant un contre-projet de loi pour une culture commune alternatif au socle minimal.
C’est mettre tout le front de gauche dans une situation compliquée que de devoir militer dans les quartiers populaires et devant les établissements scolaires pendant les campagnes avec des jeunes qui auraient entendu à la télévision qu’on les assigne à une unique orientation en voie professionnelle dès la 4ème. Ces divergences ont besoin d’être débattues, pour être dépassées et pour chercher des convergences.
Les communistes n’ont pas toutes les réponses.
Mais c’est de la responsabilité dont a toujours sur faire preuve le PCF que de relever le défi de construire des alternatives qui contribuent au rassemblement : voilà l’équation à résoudre, ne pas fuir les aspérités du débat, ne pas en faire des fossés infranchissables entre les composantes de la gauche, faire les choix moins en fonction d’intérêts de carrière ou de boutique mais de ce qui est de nature à dessiner un avenir.
Des candidats à la candidature, André Chassaigne me semble réaliser la meilleure alchimie de ces exigences.
Ces choix pour porter un projet éducatif en phase avec un projet de société ne concernent pas uniquement les élections de 2012. Elles sont déjà en jeu dans les élections sénatoriales de septembre et le seront encore pour les municipales et territoriales de 2014, pour l’égalité effective des établissements scolaires sur le territoire national, contre la réforme actuelle rendant les établissements autonomes financièrement (chantage aux collectivités pour remplacer les enseignants par des contractuels payés localement) et inégaux sur les objectifs (écoles hors du programme complet en étant centrées sur le socle minimal).
(1) http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/college-unique/vu-par.shtml
(2) http://www.pcf.fr/7514
http://projet.pcf.fr/sites/defaut/files/rdp-dex-20102.pdf