La crise est bel et bien là. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Notre pays compte désormais très officiellement 4 millions de chômeurs.
Parmi eux, plus de 725.000 séniors et 750.000 jeunes : que dire d’une société qui réserve pour seul sort aux plus âgés et aux plus jeunes la souffrance du chômage ?
Elle est malade et cette maladie a un nom : le cancer généralisée de la finance. La sueur des uns fait le profit des autres. Les entreprises du CAC 40 affichent 47 milliards de profit pour la seule année 2009. C’est plus que le besoin de financement de la sécurité sociale.
Et si l’on en croit les Échos du 21 octobre, les dix premiers groupes du CAC 40 sont assis sur un matelas de trésorerie de 145 milliards d’euros ! Quant aux banques, elles annoncent à nouveau des profits faramineux.
Où elle la morale d’un tel système qui fait sa fortune en rackettant le travail et la création de richesses ? Les luttes actuelles montrent que des millions de salariés ont pris conscience de cette crise et de la nécessité d’en sortir autrement qu’avec les recettes capitalistes.
Au delà de l’enjeu du droit à la retraite, ce mouvement porte de très grandes exigences populaires en matière d’emploi, de salaire et de pouvoir d’achat et, plus profondément encore, il porte la question essentielle du travail et de sa finalité. Je pense aux sous-traitants et intérimaires de l’aéroport de Roissy, à nouveau mobilisés jeudi dernier, à ces bagagistes qui souffrent au travail et vivent comme une insupportable provocation le recul de l’âge légal de départ en retraite ; ou encore aux agents de Pôle Emploi qui seront demain mobilisés pour exiger le retrait du plan de suppression de 1800 postes, dénoncer leurs conditions de travail et donc les conditions d’accueil de millions de chômeurs dans ces structures.
Sauf à vouloir remplacer la société par le chaos, il est temps d’administrer à ce système capitaliste un traitement de choc. Il est de notre responsabilité pour cela d’inventer ensemble un nouvelle civilisation, une civilisation de toute l’humanité, fondée sur la maîtrise et le dépassement des marchés, sur des nouveaux pouvoirs pour les citoyens, les travailleurs et indissociablement sur une autre culture, une nouvelle éthique, de nouvelles valeurs de partage, de respect de la créativité de chacun.

(…) La gauche doit maintenant prendre la mesure de la puissance de l’exigence populaire qui vient de gagner le pays. Et elle doit se mettre à la hauteur. Je ne vais pas y aller par quatre chemins : le risque est grand qu’elle ne le fasse pas. Et c’est exactement ce que pensent les gens qui expriment dans plusieurs sondages parus ces jours ci tout à la fois leur envie de gauche et leur scepticisme sur la gauche.

Les Français ont raison. Aujourd’hui, le fossé existe. Le décalage est réel. Mais, nous, mes camarades, nous ne sommes pas là pour constater cette situation, pour pleurnicher, même avec les larmes de la colère, sur l’état du problème.
Nous sommes pour là pour changer cette situation, pour construire avec notre peuple le projet collectif de changement auquel il aspire, pour ouvrir avec lui le chemin d’espoir qui lui ouvrira la porte. Et je l’ai dit, ce qui vient de se passer nous donne de nouveaux atouts pour y parvenir.
Que propose-t-on pour le moment à notre peuple pour résoudre ce problème et répondre à ces attentes ? A droite, on nous propose un remaniement ! La belle affaire !
Le petit jeu de Nicolas Sarkozy, qui dure maintenant depuis des mois, à jouer (...) avec les prétendants de son camp à tel ou tel poste, est, dans la période, tout simplement indécent. Je le dis clairement ce soir : il n’y a rien à attendre du remaniement, rien, absolument rien. Ils vont changer l’ordre de la photo gouvernementale.
Et, de toute façon, dans la monarchie UMP, Nicolas Sarkozy décide tout et tout seul. Alors que l’on ne compte pas sur nous pour commenter ce nouveau casting. Le remaniement, on s’en fout et ça n’intéresse pas les Français. Au Parti socialiste, on nous parle élection présidentielle, et c’est effectivement une échéance importante.
Au lendemain de la journée de mobilisation du 26 octobre, Ségolène Royal - qui parlait un peu vite de « défaite », merci pour ceux qui luttent - déclarait que la réforme des retraites ne constituait pas « une défaite définitive » et était réversible en cas de victoire de la gauche à la présidentielle de 2012. Certes, aucune loi n’est éternelle. Celle-ci pourra donc être changée.
Mais le problème, c’est sur quelle base ?
François Hollande, déclarait cette semaine dans une interview : « Il est évident que l’allongement de l’espérance de vie conduira à un allongement progressif de la durée de cotisation. Au nom de quoi empêcher un salarié qui n’a pas forcément tous ses trimestres de liquider sa pension plus tôt, quitte à subir une décote ? C’est quand même un choix de vie ! » Fin de citation.
Eva Joly n’est pas en reste quand elle déclare : « L’attention a été trop centrée sur l’aspect faussement bon sens et comptable de la réforme. L’argument qui consiste à dire nous vivons plus longtemps donc il faut travailler plus est superficiel. Il faut poser la question : qui travaillera plus longtemps ? ». Permettez-moi, là encore, de ne pas être très rassuré quant aux résultats produits par une réforme des retraites qui partirait de la question « qui travaillera plus longtemps ? ».
Eh bien, nous, nous ne prenons pas le débat de cette manière. Nous en avons assez de cette gauche de la défaite qui n’a que « le réalisme de la contrainte financière » à la bouche comme si les dogmes de la gestion capitaliste et du FMI étaient devenus incontournables.
Ce sont ces dogmes qui nous ont conduit à la crise. Je le dis aux responsables du Parti socialiste et d’Europe Ecologie : si la gauche revient au pouvoir, elle aura la responsabilité principale de répondre à une question, « qui doit payer : le capital ou les salariés ? ». Eh bien, si la réponse de cette gauche, c’est encore les salariés, ce sera sans nous !
Mais j’en suis sûr, ce n’est pas ce que veulent les femmes et les hommes de gauche de ce pays. Et, je préfère parler de potentiel et pas de contrainte. Comme du potentiel fiscal des hauts revenus ou des revenus du capital par exemple. Je suis d’ailleurs tombé sur une nouvelle niche fiscale la semaine dernière. Elle s’appelle la niche Copé.
C’est une niche qui permet aux sociétés d’être exonérer d’impôt sur les plus-values liées à la cession d’une filiale possédée depuis au moins 2 ans. Ça paraît technique comme ça mais je vous garantis que c’est très efficace pour les grands groupes. Ça l’est nettement moins pour les finances de l’État qui a perdu avec ce dispositif, pour la seule année 2008, plus de 12 milliards de recettes.
C’est 20 fois le coût du bouclier fiscal la même année ! C’est formidable, non, la niche Copé ? Et des niches comme celle-là, nul doute qu’il en existe probablement des dizaines d’autres.
Alors, oui, le temps est venu de poser les problèmes autrement que dictées par leurs prétendues contraintes. Les citoyens veulent reprendre le pouvoir sur leur vie, le pouvoir de penser autrement. Et si nous voulons leur permettre, il va falloir bousculer le débat cadenassé qu’ils nous concoctent pour 2012.
Si on laisse faire les choses comme elles sont parties, l’élection présidentielle va ressembler à un trou de souris dans lequel on demandera de faire rentrer l’énorme aspiration populaire au changement qui travaille la société.
Et l’essentiel de cette aspiration restera à la porte du changement. D’autant que devant le trou de souris, les pièges sont nombreux.
Oui, mes amis, leur casting présidentiel ressemble furieusement à une souricière ! Alors, comment rouvrir en grand la porte du changement ? Comment changer cela ? Tout simplement, en changeant le programme et les acteurs de ce programme.
Et en faisant des citoyens et de leurs attentes les véritables vedettes des deux années à venir. Je le redis très tranquillement : si les gens qui sont dans les mobilisations sociales restent très actifs dans ces mobilisations mais restent très spectateurs du débat politique à gauche, ce sera l’impasse pour tout projet de transformation sociale.
Notre plus grand obstacle est que celles et ceux qui aspirent le plus au changement intègrent le fossé existant entre les attentes et la gauche comme inéluctable et renoncent à résorber ce décalage. Si c’est le cas, ils resteront à l’écart du débat, regarderont non sans intérêt mais avec méfiance tout investissement politique, et ne choisiront le moment venu que par défaut dans un casting pensé en dehors d’eux.
Il y a un autre chemin à leur proposer. Reconstruire ensemble un projet de gauche conforme à leurs attentes et le porter ensemble dans les échéances à venir.
Nous, nous voulons créer l’espoir. Nous avons lancé le Front de gauche pour cela, pour qu’une démarche ouverte à toutes celles et ceux qui veulent relancer un projet de transformation sociale à la hauteur se développe au cœur même de la gauche, jusqu’à transformer toute son ambition politique et sociale. (…) Et Pierre Laurent fait quatre propositions :

Première proposition. Pour construire ce programme partagé, pourquoi ne pas commencer par ce qui nous rassemble dans l’action depuis des semaines sur les retraites ? Pourquoi attendre 2012 pour discuter d’une autre réforme des retraites ?

Deuxième proposition, ce que nous saurons faire sur les retraites, engageons le sur les autres grands enjeux de société. Travail ; argent et fiscalité ; écologie ; services publics ; République, démocratie et collectivités locales ; construction européenne ; nouvel ordre du monde...

Troisième proposition, puisque les jeunes sont rentrés dans la danse et que c’est leur avenir qui est en jeu, prolongeons ce front de la jeunesse en nous mettant à leur disposition pour construire tous les espaces politiques nécessaires à leur intervention. Nous pouvons compter sur la jeunesse communiste pour animer avec nous cette démarche.

Quatrième proposition. Pour ouvrir tous ces chemins, changeons dès maintenant et sans attendre la vie politique. Expérimentons les formes d’une nouvelle démocratie citoyenne : créons partout des espaces, des réseaux qui permettront de travailler dans la durée et à égalité avec le plus grand nombre - syndicalistes, jeunes, militants du mouvement associatif, élus locaux.