Nous ne perdons pas de vue que la défaite de Nicolas Sarkozy fut plus serrée que d’aucuns ne l’annonçaient, après une campagne au cours de laquelle le président sortant a droitisé sans cesse ses actes et ses discours, courant après l’extrême-droite tout en validant ses choix dangereux dans une crise profonde et globale du système capitaliste, doublée d’une crise de la politique.
Nous mesurons mieux aujourd’hui la fragilité d’un rapport des forces que la campagne du candidat socialiste n’a pas contribué à améliorer sur la question centrale des causes de la crise et des solutions à lui apporter. A privilégier le rejet du monarque en place et les mécanismes institutionnels de l’élection présidentielle, nos concitoyens n’ont pas été mobilisés sur l’essentiel : les objectifs de leur propre intervention pour que les changements espérés entrent dans leurs vies et s’imposent en dépit des obstacles dressés par les puissants et les forces politiques qui les soutiennent.
(…) « Couacs», « erreurs de communication », « amateurisme », que de fausses « bonnes» pistes livrées à la légitime impatience populaire dans l’espoir que nos concitoyens ne chercheront pas à se faire entendre sur la question des questions, celle des actes à produire qui améliorent le sort du plus grand nombre, redonnent confiance et espoir en mettant sur la défensive les forces qui veulent que tout continue comme avant.
Ce n’est pas le cas puisque tous les débats ou presque, dans tous les médias, sont conduits à partir des exigences du grand patronat et de la droite. Tout se passe comme si c’étaient eux qui avaient gagné les dernières élections !
Ils les ont perdues et nos concitoyens peuvent leur faire entendre raison en réclamant, avec la force et l’unité nécessaires, un nouveau partage des richesses, une nouvelle manière de les produire, accompagnés de l’ambition de donner un autre sens à la construction européenne telle que l’expriment les luttes dans les pays voisins.
Qu’attendent le gouvernement et le Président pour redonner vie à cette idée chère à la gauche de toujours selon laquelle le progrès social, démocratique et culturel est nécessaire pour atteindre une nouvelle efficacité économique et écologique ?
Qu’attendent-ils pour en appeler à l’intervention des salariés et des citoyens ? Pour faire voter une loi pour l’amnistie des syndicalistes inquiétés, sur de nouveaux droits pour les salariés et l’interdiction des licenciements boursiers ?
L’écoute, la concertation, la négociation avec les organisations syndicales, la consultation de toutes les expertises et expériences sont indispensables tant les problèmes à résoudre sont complexes mais si cela devait, comme aujourd’hui, laisser le champ libre à l’expression de tout ce qui favorise le capital au détriment du travail, alors c’est le changement progressiste, dans toutes ses dimensions, qui serait le grand perdant.
De «choc de compétitivité » en «baisse des charges patronales » et « hausse de la CSG ou de la TVA », il n’est question, sur tous les tons que de nouveaux cadeaux pour l’oligarchie, financés par de nouvelles difficultés pour celles et ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre.
En ouvrant un débat, sans même en préciser les tenants et les aboutissants, sur la compétitivité dès le 9 juillet dernier, et en confiant un rapport sur ce thème à M. Louis Gallois, qui deux jours avant, soit le 7 juillet, avait produit un exposé devant le cénacle libéral du cercle des économistes dans lequel il préconisait un « choc de compétitivité » visant à transférer de « 30 à 50 milliards d’euros » de cotisations dues par les grandes entreprises sur les salaires avec la CSG et sur les consommateurs avec la TVA, le nouveau pouvoir a instillé l’idée que le problème était le niveau des salaires et de la protection sociale.
Il a eu beau ensuite répéter que tout ne venait pas de là, le mal était fait.
Le MEDEF, les pigeons et d’autres volatiles, au profil de rapaces, soutenus par les leaders de l’UMP se sont engouffrés dans la brèche. Bonjour les dégâts ! Et l’adoption, avec la droite, du traité budgétaire n’a rien arrangé.
Souvent sont évoqués les choix de l’ancien chancelier social-démocrate allemand, M. Schröder proposé comme modèle à F. Hollande qui ne le récuse pas, bien qu’il ait considérablement dévalué le travail et les salaires. Rappelons qu’il a été battu aux élections suivantes.
Ceux qui à droite, à grands cris, pressent le gouvernement et le président d’avoir « du courage », ne le font que pour obtenir que les marchés financiers soient satisfaits en permanence. Leur « économie compétitive » n’est qu’un autre monde devenu une jungle. Le concept d’un socialisme de production dans le cadre d’un nouveau compromis historique « capital-travail » revient à s’éloigner du socialisme qui est par nature « redistributeur », « porteur de partage des richesses, des savoirs et des pouvoirs ».
Tout ce que la droite et le capital veulent empêcher.
(…)Cela reviendrait à faire accepter la crise et son cortège de souffrances comme des fatalités qui s’imposeraient aux individus, indépendamment de leur volonté.
Du pain béni pour la droite et l’extrême droite.
Refuser un tel scénario, continuer de chercher à rassembler sur des valeurs de solidarité, d’égalité, de coopération, de justice et de liberté, en proposant des solutions qui toujours s’en inspirent, continue à nos yeux d’être le chemin le plus sûr, le plus efficace, le plus unitaire pour sortir de la crise.
Il n’est pas trop tard pour que des actes clairs en faveur de celles et ceux qui ont mis beaucoup d’espoir dans le changement en mai et juin derniers, contribuent à leur donner la force et la confiance nécessaires pour l’emporter dans l’affrontement de classes que connaissent l’Europe et le monde.