Nous vivons depuis des mois au rythme de luttes, parfois emblématiques et victorieuses comme celle qui a sauvé le centre de radiothérapie de Guéret, dans la Creuse, ou encore celle qui a imposé la réouverture du centre IVG de Tenon, à Paris. Les succès, arrachés un à un, réchauffent les cœurs, mais ils encouragent aussi à ouvrir un plus vaste chantier.
Tout ce que la société compte de convaincus, et cela fait du monde, qu’il faut d’urgence investir dans le système de santé avant que ne s’annonce un désastre sanitaire s’est rallié à l’appel du Comité de défense des hôpitaux et des maternités de proximité à manifester.
Une convergence de luttes qui est déjà pleine de promesses. « Notre santé est en danger », clament les initiateurs. Ils savent de quoi ils parlent. À force d’économies, de coupes dans les budgets publics, de transferts au secteur privé de pans entiers du système de soins, c’est l’efficacité d’un système fondé sur la gratuité et la proximité qui est menacée.
La liste est déjà bien trop longue des hôpitaux qui ont été fermés faute de pratiquer assez d’opérations, d’accouchements, d’actes médicaux pour que le service soit jugé assez « rentable ». Peu à peu, la carte sanitaire prend l’aspect d’un gruyère. Les cabinets de médecins ferment les uns après les autres. Les services hospitaliers fusionnent et s’éloignent.
Bientôt, le laboratoire d’analyses médicales du quartier va baisser rideau. L’ordonnance réformant la biologie médicale pourrait avoir comme conséquence la fermeture de 75 % des 4 000 labos. Même les pharmaciens, pourtant réputés opulents, annoncent que beaucoup vont devoir laisser porte close. Les déserts médicaux avancent et toute la chaîne de soins se grippe : au bout, les inégalités de santé explosent.
Le gouvernement à célébré en grande pompe le premier anniversaire des Agences régionales de santé (ARS), celles-là même qui, avec la loi Hôpital, patients, santé et territoires, ont mis un coup d’accélérateur à la privatisation du système. L’État réfute cette interprétation. Mais la ministre Roselyne Bachelot assène qu’il « n’y a pas de privatisation de la santé », pour mieux se mettre au service de l’objectif.
Le corset européen du pacte pour l’euro en matière de déficits publics, qui permet une intervention directe de l’Union européenne dans les politiques budgétaires des États, sert d’alibi au gouvernement, qui peut alors se reposer sur l’éternelle excuse qu’on ne pourrait pas faire autrement.
La nouveauté dans les rassemblements, c’est qu’ils contestent cette fatalité, ensemble, pas chacun dans son coin. D’ailleurs, les organisateurs ne cachent pas leur intention d’imposer un débat sur l’avenir du système de santé dans le cadre de la campagne de l’élection présidentielle.
Ce faisant, ils sont en phase, eux, avec les préoccupations sociales, qui intéressent nos concitoyens beaucoup plus sûrement que les diversions sur l’insécurité ou sur l’immigration