Comment financer ce développement??
Denis Durand. Il faut consacrer une part plus grande des richesses créées au financement des services publics. Mais ces richesses, il faut les produire autrement. Si on fait un gâteau plus gros avec les procédés actuels, il sera indigeste. Il faut donc changer les recettes?: revoir les critères de gestion des entreprises, les choix de dépenses et d’investissement public…
D’autres choix sont nécessaires, dans l’entreprise comme dans les institutions politiques, de l’État ou des régions.
Les réformes du gouvernement sont-elles de nature à amorcer ce changement?? Denis Durand. Tout ce qui a contribué à remettre en cause les mesures les plus aberrantes et les plus scandaleuses du gouvernement Sarkozy va dans le bon sens. Mais les nouvelles mesures annoncées sont extrêmement timides.
On le voit, il suffit que quelques patrons braillards (le collectif de patrons se mettent à envoyer des messages sur Twitter pour que les ministres reculent. C’est particulièrement inquiétant quant à la capacité de ce gouvernement à tenir le cap du changement.
Sur quelles ressources, notamment fiscales, peut-on s’appuyer pour mobiliser l’investissement en faveur des politiques publiques??
Denis Durand. Une réforme fiscale ne doit pas seulement servir à prendre un peu d’argent dans la poche des riches pour en remettre un peu, très peu, dans celle des pauvres. Elle doit être un outil au service d’une stratégie économique.
Un outil dans un ensemble plus vaste, dont le point le plus important est la réorientation du crédit bancaire et la mobilisation de la capacité monétaire des banques et des banques centrales pour financer des projets d’avenir.
C’est le travail des êtres humains qui crée des richesses. La création d’emplois, préoccupation numéro un des Français, devrait être l’objectif de toute politique économique. Si on crée de la valeur ajoutée avec des emplois pour des gens bien formés, on dégagera du revenu.
C’est sur cette base qu’on pourra prélever des ressources pour financer les services publics et la protection sociale.
Dans une tribune publiée le 2 octobre ? dans le Monde, vous évoquez ?des pistes de réorientation…
Denis Durand. Cette tribune était signée par 120?économistes, dont François Morin, l’un des meilleurs connaisseurs de la structure financière du capitalisme français, le président du conseil scientifique d’Attac, Dominique Plihon et l’économiste communiste Frédéric Boccara .
Le passage le plus significatif a été censuré. C’est regrettable. Nous y détaillions les instruments pour réorienter le crédit bancaire en faveur des projets efficaces en termes de création d’emplois et de richesse, et de protection de l’environnement.
C’est là-dessus que le débat doit continuer à se développer. Peut-être que certains ne le souhaitent pas.
source : l'Humanité