mercredi 15 avril 2009, 12:50
Le Front de gauche et la BCE, par Michel de Chanterac


Le contrôle démocratique et la réorientation de la Banque Centrale Européenne constituent désormais un enjeu central pour une sortie progressiste de la crise du système capitaliste.
Il s'agit de tourner l'euro et le crédit vers les besoin du développement humain pour en finir avec un système où l'utilisation de l'argent sert avant tout de carburant aux marchés financiers.
Cette question devient donc, de facto, un enjeu primordial aussi pour les Elections Européennes: vouloir une Europe sociale et écologique sans dénoncer le Traité de Lisbonne et le pacte de stabilité, sans remettre en cause le rôle de la BCE, c'est de la pure démagogie.
Laissons cela au MODEM, aux socio-libéraux du PS, aux Verts qui refusent de s'attaquer aux logiques capitalistes.
Dialogue clichois publie un article de M. de Chanterac, paru dans l'Humanité, qui insiste, à juste titre, sur la nécessité de permettre demain à la BCE de prêter aux Etats afin que ceux-ci n'aient plus besoin de se tourner vers les marchés financiers pour emprunter.
C'est un premier axe. Mais surtout, ce sont les critères eux-même des crédits accordés qu'il faut revoir ! Il s'agit de rendre le crédit sélectif, en modulant les taux afin de le diriger non plus vers les marchés financiers et la spéculation, mais vers les investissements à long terme utiles au développement humain et à l'amélioration de l'état de l'environnement.
Sur ces points, les propositions du Front de gauche gagneraient à préciser les choses, d'autant plus que les propositions du PCF, dans ce domaine, sont percutantes...
Voici le point de vue de M. de Chanterac:
"Il y a, dans la déclaration de principe du Front de gauche pour changer l’Europe, peu de chose sur les missions réelles de la Banque centrale européenne (BCE) et une position assez formelle pour qu’elle « soit mise au service des populations et soumise à un contrôle démocratique ».
Tout le monde dit ça et ça ne mange pas de pain. Il faut rappeler certains faits. Le contrôle public des banques centrales est une conquête du Front populaire (contre l’oligarchie de l’époque, les « 200 familles ») et cela a été confirmé dans le programme du Conseil national de la Résistance à la Libération. Cette filiation historique mérite d’être rappelée dans la campagne des européennes.
(voir la suite de l'article)
Après la guerre, le financement de l’État par la Banque de France a permis de reconstruire le pays. La création monétaire a été mise au service de la reconstruction. Une loi du 3 janvier 1973, à l’initiative de Pompidou et Giscard d’Estaing, interdit à la Banque de France d’accorder des crédits à l’État qui… abandonne aux banques son pouvoir régalien de création monétaire.
À l’époque, cela a peu d’incidence parce que le système bancaire est majoritairement nationalisé, l’équilibre des comptes publics étant assuré par la croissance des Trente Glorieuses. Par contre, dès les années 1980 et à partir des présidences Reagan-Thatcher déclarant la guerre à l’impôt, en particulier des plus riches, les déficits publics se creusent, l’endettement de l’État se substitue progressivement au prélèvement public.
En 1992, pour garantir la viabilité des institutions financières et la lutte contre l’inflation - manière courtoise de désigner la protection des rentiers contre les travailleurs -, l’un des principaux objectifs du traité de Maastricht fut de détacher les banques centrales (la BCE et le système européen des banques centrales) des pouvoirs politiques pour les arrimer aux marchés financiers. Désormais, institutionnellement, ce sont les intérêts financiers et non la démocratie et le peuple qui définissent l’intérêt des États.
La loi no 93 du 31/12/1993, votée en application de l’article 104 dudit traité, « interdit à la BCE et aux banques centrales nationales d’autoriser des découverts ou d’accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou tout organisme public ou entreprise publique », éliminant toute possibilité pour l’État d’émettre du crédit pour des projets d’infrastructures (tous les investissements publics essentiels pour assurer le « bien public » : transports, éducation, santé, énergie…).
Ce système, en place en Europe, aux États-Unis et dans le monde entier, oblige les États à payer des intérêts à des acteurs privés qui ont de l’argent à placer… pour l’usage de leur propre monnaie qu’ils pourraient émettre eux-mêmes sans intérêts ! Ce dispositif confirmé dans le TCE (article III 181) est repris - on s’en serait douté - dans l’article 123 du traité de Lisbonne. Cette règle scandaleuse a contraint l’État français à payer 1 176 milliards d’euros d’intérêts depuis 1980 au détriment des besoins sociaux et des investissements publics.
Face à la crise écologique que connaît le monde et qui nécessitera, si on veut la résoudre dans l’intérêt de l’humanité et des générations futures, des investissements colossaux, une véritable reconstruction écologique dans les domaines des transports, de l’énergie, de la recherche, de l’habitat, des infrastructures rurales du tiers-monde… il est impératif de revenir sur l’interdiction faite aux États d’emprunter auprès des banques centrales, dont elles sont l’émanation, pour des investissements d’intérêt public."
Actuellement, les États empruntent comme des fous sur les marchés financiers. La bulle de l’endettement public va remplacer les bulles financières immobilières, sur les matières premières, avec les mêmes conséquences. Et ce n’est pas le G20 (qui crée des moyens financiers fictifs pour tripler les ressources du FMI) qui modifiera si peu que ce soit ces règles mortifères.
La rente potentielle auprès de créanciers, mus comme les conquistadors par l’horrible soif de l’or, sera payée si on n’y met pas bon ordre par les générations futures. La situation est d’autant plus scandaleuse que les banques sont recapitalisées par des États surendettés et leurs prêts interbancaires garantis à hauteur du montant du budget de l’État (20 % du PIB en France).
Dans sa déclaration de principe, le Front de gauche donne la priorité à l’impératif démocratique et écologique. L’un et l’autre ne peuvent voir le jour dans l’Europe telle qu’elle est avec les pouvoirs oligarchiques d’une BCE indépendante de la démocratie et limitant, dans les faits, les investissements indispensables à un nouveau mode de développement, réellement durable.
Si on ne met pas en cause ces dogmes, la BCE restera en Europe l’outil de la déflation salariale et du fondamentalisme néolibéral d’où le progrès social ne peut qu’être absent."



























Commentaires
Bonjour,
Je suis bien d'accord avec vous, il est tout à fait vrai que "vouloir une Europe sociale et écologique sans dénoncer le Traité de Lisbonne et le pacte de stabilité, sans remettre en cause le rôle de la BCE, c'est de la pure démagogie."
Dans le prolongement, pensez-vous qu'il soit réellement possible de "pervertir" cette institution créée par et pour la bourgeoisie pour en faire un instrument au service des peuples ? Marx, Lénine, nous ont pourtant appris que le peuple, accédant aux responsabilités, doit avant tout construire de nouvelles institutions et qu'il est vain d'espérer pouvoir faire tourner à notre profit la machinerie capitaliste....
Mais au delà, la campagne du PCF au sein du Front de Gauche souffre d'ambiguïtés qui le rende peu crédible: il veut donner "un carton rouge à toutes les politiques libérales qui fondent les traités européens actuels et nous ont conduis dans le mur."
Le PCF est donc contre "les traités européens".
Or je constate que le PCF accepte sans broncher les structures étatiques européennes actuelles. Entre autres, il légitime le parlement européen auquel il voudrait soumettre la BCE. Evidemment, la monnaie unique n'est plus remise en cause. Jusqu'en 2002 le PCF s'est toujours déclaré hostile à l'Euro et à l'existence de la BCE expliquant que ces instruments seraient forcément néfastes pour les peuples. Avait il tort à l'époque ? Je n'ai rien lu en provenance du Colonel Fabien qui explique une pareille volte-face.
L'UE n'est pas réformable puisque ses dirigeants n'acceptent pas la démocratie. Et donc cette campagne "pour une autre Europe" sans démolir l'UE actuelle m'apparait largement aussi démagogique que celle des sociaux libéraux en faveur d'une Europe sociale que l'on ne voit jamais arriver .... et pour cause !