Si le pacte budgétaire européen de super-austérité n’est pas rejeté par le référendum que nous réclamons avec d’autres, ce sera encore bien pire !
Les multinationales et leurs soutiens ont depuis des lustres, agit pour que notre métropole devienne une place forte de la finance et du tourisme haut de gamme, dont la concurrence européenne et mondiale « libre et non faussée » est la règle d’or.
Georges Pompidou fit édifier au début des années 70 les « buildings » de la Défense.
Michel Giraud, président U.M.P. de la Région s’attacha à partir de 1976, malgré la C.G.T. et le parti communiste, à désindustrialiser, à favoriser la spéculation foncière et à pousser les familles modestes vers la grande couronne.
Pour Michel Rocard, premier ministre socialiste des années 90, le « Grand Paris » devait être chapeauté par un superpréfet aux pouvoirs exorbitants. C’est l’époque où François Mitterrand estimait que notre volonté de maintenir l’industrie, chez nous, était « un combat d’arrière-garde ».
Dans les années 2000, Nicolas Sarkozy prôna « le Grand Paris » des urbanistes et des architectes.
Et maintenant, des élus de diverses sensibilités politiques se penchent consensuellement sur les vertus d’une nouvelle gouvernance. Mais l’avenir des 11 millions 700.000 Franciliens peut-il résulter de nouvelles structures consultatives ou même décisionnelles ?
Il serait évidemment stupide de nier un demi-siècle de fulgurants progrès technologiques assortis de changements de modes de vies et de nouvelles aspirations. Mais la crise n’a rien de fatal parce qu’elle est celle d’un système qui ne résout rien et gangrène tout.
Or, les projets, plans et priorités conçus pour le « Grand Paris » n’ont fait que promouvoir ou accompagner le règne des puissances financières en délaissant délibérément la première richesse de notre région qu’est la richesse humaine.
Si le programme du Front de Gauche a eu un écho bien au-delà des scores électoraux de ses candidats, n’est ce pas la preuve que les idées d’une alternative politique ont gagné du terrain ?
Elles se déclinent en droits politiques.
- Le droit majeur étant celui du travail humain (2) qui ne se réduit pas à la seule nécessité vitale de satisfaire les besoins, mais se déploie aussi à l’aune d’une réflexion sur l’émancipation humaine (3).
C’est d’ailleurs et de loin la première préoccupation des Franciliens.
Le « Grand Paris » doit donc prendre à bras le corps, les enjeux politiques cruciaux de l’emploi, de la formation, de la recherche, de l’innovation, des salaires, du pouvoir d’achat en même temps que les droits de regard et d’intervention des personnels sur la stratégie et la marche des entreprises. Dans l’immédiat, les licenciements boursiers doivent être interdits.
Telle qu’elle existe chez P.S.A., la monarchie patronale est à briser pour que les salariés passent du statut de sujets à celui de citoyens.
Notre contestation de la loi de la jungle des marchés financiers va de pair avec nos propositions relatives au rôle de la banque centrale européenne et à la création d’un pôle bancaire public, générateur d’un autre type de développement.
En outre, il convient de s’appuyer, notamment sur les 59 propositions du rapport de la commission d’enquête du Sénat (4), destinées à combattre l’évasion fiscale. Elles permettraient de récupérer des dizaines de milliards d’euros dérobés illégalement par le capital sur le travail des salariés.
- La seconde série des droits politiques et sociaux comprend la satisfaction des besoins en équipements et services publics : transports en commun, santé publique de proximité, logements sociaux, école laïque gratuite, protection de l’environnement, démocratisation des institutions etc...…
Que de retards à rattraper, d’attentes à satisfaire et de besoins à prévoir pour les décennies à venir !
- La troisième série de droits politiques relève de la souveraineté populaire. Elle appelle la conquête d’une nouvelle citoyenneté. Il suffit de citer le nombre de non-votants dans les milieux populaires, aux dernières élections législatives (40 % d’abstentions en moyenne auxquelles s’ajoutent 10% de non-inscrits).
Cette démobilisation souligne à quel point les citoyens se sentent dépossédés de la possibilité d’influer sur les choix arrêtés sans eux, voire contre eux.
Il faut donc aider nos concitoyens à se réapproprier avec les partis, les syndicats, les associations, la souveraineté dont ils sont dépossédés.
L’avenir du « Grand Paris » ne dépend-t-il pas en définitive du cri du communard et écrivain Jules Vallès : « Place au peuple » ?
Guy SCHMAUS
''Sénateur honoraire, Ancien président du groupe communiste au conseil régional d’Ile de France, conseiller municipal de Clichy la Garenne. ''
(1) Jean-Paul Huchon, président du Conseil Régional.
(2) Bernard Vasseur « La démocratie anesthésiée »
(3) Richard Sobel « Capitalisme, travail et émancipation chez Marx ».
(4) Eric Bocquet en est le rapporteur général.