Et il faudra du temps pour reconstruire un discours, le porter, retrouver une crédibilité. La crise est multiforme : organisationnelle, avec le déclin des partis de masse qui irriguaient la société, idéologique et programmatique, stratégique, aussi, avec une montée des gauches radicales.
C’est enfin une crise sociologique : la social-démocratie n’a pas redéfini sa base électorale, alors même qu’elle est confrontée à une droite qui brouille la sociologie électorale. Partout en Europe, la social-démocratie a perdu ses bases populaires. La bataille des valeurs est aujourd’hui davantage portée par la droite que par la gauche. La défaite des partis sociaux-démocrates aux européennes sanctionne leur incapacité à mobiliser les catégories populaires.

Y a-t-il des spécificités françaises à cette crise ?

Rémi Lefebvre. Les responsables socialistes français ont invoqué cette crise générale de la social-démocratie pour minorer leur échec électoral, qui est pourtant cuisant et qui obéit à des logiques propres au socialisme français. Le PS ne s’est jamais remis du 21 avril 2002, qui n’était à l’évidence pas un « accident » comme certains le prétendaient à l’époque.
Il s’est enfoncé dans une situation inextricable, que le congrès de Reims a exacerbée : crise permanente de leadership, incapacité à réguler ses divisions, affaiblissement de l’autorité partisane, démobilisation générale des militants…
Plus rien ne sort du PS : ni idées ni dynamique. Les victoires aux élections locales n’ont rien arrangé : les notables se replient sur leurs bastions, gèrent et se désolidarisent du Parti sur le plan national. La nécrose est totale.

L’échec électoral du 7 juin peut-il remettre en cause la capacité du PS à s’imposer dans les élections locales ? Existe-t-il en ce sens un réel danger pour les régionales de 2010 ?

Rémi Lefebvre. La vraie nouveauté de ces élections européennes est que ce sont les premières élections intermédiaires que le PS perd depuis 2002. Jusque-là, il se « refaisait » toujours lors de ces élections. Ce n’est plus mécanique désormais.
Il y aura sans doute des effets d’entraînement sur les régionales, qui sont à haut risque pour les socialistes. D’abord, parce les écologistes seront tentés de partir seuls partout au premier tour.
Ensuite, parce que les socialistes sont condamnés à perdre, dans la mesure où ils ne garderont pas les 20 régions sur 22 qu’ils dirigent. Enfin, parce que, dans un an, les régionales pour la première fois ne seront pas couplées avec des cantonales, ce qui risque de limiter l’effet « implantation locale » très favorable au PS.
(source l'Humanité)