Après l’autonomie des universités, le gouvernement souhaite en faire autant avec les établissements scolaires. Quelles en seraient ?les conséquences? ?
Marie-Hélène Amiable. Appliquée aux établissements du premier et second degré, cette autonomie conduirait à leur mise en concurrence. Processus déjà engagé avec l’assouplissement de la carte scolaire.
Cela a aggravé la ghettoïsation scolaire. L’autonomie accentuera la mise en place d’une école à deux vitesses avec le recrutement ?par les chefs d’établissement ?des enseignants.
Ce n’est pas dans les écoles des quartiers populaires que les enseignants, notamment les plus qualifiés, ?les plus expérimentés, vont se ruer en premier, car c’est là où c’est le plus difficile. Là irons les moins bien formés, les plus précaires, et sous Sarkozy leur nombre a explosé.
''C’est donc, pour vous, une politique qui va accentuer les inégalités devant l’éducation? ? ''
Marie-Hélène Amiable. Absolument. D’autant que la démarche d’autonomie va plus loin. C’est aussi l’autonomie des programmes avec la volonté qu’il n’y ait plus une éducation et une culture communes sur l’ensemble du territoire.
On pourra faire des aménagements selon la région… Le Parti socialiste est un peu sur la même idée de régionalisation. C’est dangereux, car cela va faire encore plus appel aux moyens des collectivités territoriales.
Chacune fera selon ses moyens ou ses charges sociales, aggravant du même coup les inégalités. Deux chiffres montrent que cette pratique est déjà en marche. Les engagements de l’État dans la dépense intérieure d’éducation sont passés de 65,2?% en 2000 à 59,4?% en 2010 et ceux des collectivités de 19,9?% à 24,6?%.
Pourquoi pensez-vous que la question de l’école doit être au cœur de la campagne électorale? ?
Marie-Hélène Amiable. Elle doit l’être, surtout quand on regarde les aspirations des Français, c’est un des sujets qui revient prioritairement. La question de l’éducation et de la formation préoccupe beaucoup les citoyens, bien au-delà des seuls parents.
Elle concerne non seulement l’avenir de chacun mais aussi celui du pays. Cette question est un reflet de la société que nous voulons pour demain.
Vous êtes députée et candidate ?du Front de gauche. Quelles ?sont les alternatives sur l’école ?que vous portez? ? Marie-Hélène Amiable. D’abord, nous nous inscrivons dans une logique de service public avec ?au centre la gratuité, la laïcité ?et l’égalité d’accès. Nous ?voulons porter avec fierté ?ces questions dans le débat, car ?il y a eu, ces dernières années, des reculs dans ces domaines.
Ensuite, nous proposons une scolarité obligatoire de trois ans à dix-huit ans (au lieu de six ans à seize ans aujourd’hui).
Enfin, le point de référence de toute politique éducative doit partir de l’idée que l’élève n’a que l’école pour apprendre. En dehors des possibilités culturelles existant dans sa famille, la réussite ?de cet élève doit être au centre du système.
Cela sera bénéfique pour l’ensemble de la société.
Et la question des moyens? ?
Marie-Hélène Amiable. Il faut non seulement rétablir les moyens mais aussi faire une véritable étude prospective pour établir quels sont les besoins dans les dix ou vingt prochaines années en fonction d’une natalité assez dynamique. Et ce avec des critères comme 25 élèves par classe et 20 dans les zones d’éducation prioritaires (ZEP).
Du côté des enseignants, il faudra remettre en place une véritable formation professionnelle, aujourd’hui massacrée, sans oublier les personnels d’accompagnement comme ?les Rased, les assistantes sociales, les médecins scolaires, eux aussi en constante diminution.