Comment réagit le Mouvement de la paix aux festivités pour le soixantième anniversaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) et à la décision de Nicolas Sarkozy de faire que la France intègre son commandement intégré ?

Arielle Denis. Il y a presque un an que le président de la République a évoqué la possibilité d’un retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. L’intégration dans l’alliance atlantique n’est pas nouvelle. La France est un gros contributeur. Elle pourvoit à 6°% du budget de l’organisation. Et sa présence est importante lors des interventions militaires.
L’intégration est le signe politique d’une volonté déterminée, idéologique. Premièrement, la France souhaite s’aligner dans ce que Nicolas Sarkozy appelle la famille occidentale. C’est-à-dire formaliser l’appartenance à un camp. Deuxièmement, l’organisation d’un sommet de l’OTAN à un moment où la question de la dynamique européenne est en débat, avec le traité de Lisbonne n’est pas anodine. Il s’agit d’ancrer l’Union européenne (UE) dans l’alliance atlantique.
On a là deux signes extrêmement dangereux à l’égard du reste du monde. Et cela obère les nouvelles chances d’un développement du multilatéralisme avec la défaite des néoconservateurs aux États-Unis. Avec l’élargissement tous azimuts, on a une volonté de moins en moins camouflée de substitution de l’OTAN à l’Organisation des nations unies (ONU). L’OTAN bras armé de la mondialisation et des grandes puissances deviendra le lieu où se décide la sécurité du monde.

En préparation à la manifestation du 4 avril à Strasbourg, contre la tenue dans la ville d’un sommet de l’OTAN, vous avez lancé un cycle de réunions publiques. Qu’en ressort-il ?

Arielle Denis. Avec le collectif d’organisations contre l’OTAN, nous nous sommes rendus compte que l’information était très partielle dans la population. Il y a nécessité d’un débat autour de l’OTAN et des questions de sécurité. Ils sont organisés par des collectifs locaux. Plus la campagne se développe, plus il y a de monde.
(...) Comment interprétez-vous le fait que ce soit un débat sur la politique étrangère de la France, et non précisément sur l’intégration plus poussée dans l’OTAN ?

Arielle Denis. Ce débat fait peur au président. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy nous a mis des bâtons dans les rues pour l’organisation d’un contre-sommet à Strasbourg le 4 avril. Des millions d’euros ont étés dépensés, des caméras installées, des arbres coupés pour assurer la sécurité. Des lieux publics seront fermés et 40.000 soldats déployés. Mais avec plus de 500 organisations, nous avons la volonté de manifester dans Strasbourg. Il y aura beaucoup d’Allemands.
Un TGV sera affrété de Londres, deux avions de Grèce. Les Kurdes, les Turcs, les Autrichiens, les Belges seront présents. Il y aura des Afghans et des Pakistanais, le Mouvement de la paix états-uniens. Et des manifestations se tiendront à Istanbul et Washington.