Il est urgent, insistez-vous, de réorienter le système d’aides publiques aux entreprises. Dans quel sens? ?

Christian Picquet. Ce système doit être subordonné à un ensemble de critères sociaux et de respect des droits des travailleurs. Il doit être conditionné par le refus de tout licenciement boursier, de toute délocalisation. Il faut aller plus loin que ce qui a été fait, non seulement en Midi-Pyrénées mais dans toutes les régions. En liaison avec les organisations de salariés, les régions doivent s’engager sur une autre conception de l’aide à l’emploi.
Il est urgent de ce point de vue-là d’enfoncer un coin dans la logique libérale. Les directions des régions socialistes ne l’ont pas fait. Elles ont accompagné plus ou moins fortement en cherchant à atténuer les effets les plus dévastateurs. Avec nous, c’est clair, un conseil régional orienté à gauche ne doit pas verser un centime d’euro aux entreprises qui pratiquent le dumping social, qui licencient pour satisfaire leurs actionnaires.
L’un des points forts à changer, c’est le rapport de l’institution régionale aux citoyens et aux salariés. Nous voulons que les grandes décisions fassent systématiquement l’objet en amont d’une élaboration collective avec les acteurs sociaux, avec les forces syndicales et associatives. Nous voulons qu’elles soient discutées et enrichies de l’expertise des premiers intéressés.

Comment les régions peuvent-elles résister aux orientations libérales? ?

Christian Picquet. Le problème aujourd’hui est d’œuvrer à une contre-offensive générale du monde du travail et de la population face aux politiques libérales. Face à celle de Sarkozy appuyée par l’Union européenne, par les grandes institutions internationales financières comme le FMI.
Pour cela, des conseils régionaux de gauche ne peuvent pas se contenter de gérer de manière modeste dans le cadre de leur champ de compétences en respectant les diktats des marchés et des gouvernements. Des diktats plus idéologiques que de véritables injonctions pratiques.
Les régions à gauche doivent devenir autant de leviers de cette contre-offensive. Elles doivent faire appel à la mobilisation populaire et s’appuyer sur le rapport de forces social pour refuser d’appliquer les directives du gouvernement. Il est par exemple regrettable que les élus socialistes et Martin Malvy n’aient pas voté le vœu déposé par Martine Perez, présidente du groupe des élus communistes et Parti de gauche, pour s’opposer avec les populations aux fermetures ou regroupement d’hôpitaux de proximité.
Si toutes les directions de gauche des collectivités locales lançaient un véritable appel à la mobilisation citoyenne contre la réforme des collectivités, cet étranglement sournois de la démocratie, on pourrait battre Sarkozy.

À moins d’un mois du premier tour, que souhaitez-vous dire en priorité aux électrices et électeurs de gauche? ?

Christian Picquet. Les enjeux régionaux et les enjeux nationaux sont totalement enchevêtrés. Il faut par conséquent ouvrir la voie à des politiques innovantes à l’échelle régionale et nationale en rupture avec les logiques capitalistes, libérales, productivistes. Face à la droite qui veut imposer une refonte réactionnaire de toute la société française, il y a besoin d’une gauche qui soit à la hauteur.
Pas une gauche qui avance de deux pas pour reculer de trois, pas une gauche qui hésite sur les retraites, pas une gauche qui se contente d’atténuer les dégâts de l’offensive libérale. Mais une gauche fière de ses valeurs, une gauche dont les citoyennes et les citoyens savent à l’avance qu’elle tiendra ses engagements, contrairement au passé.
Une gauche à 100 % mouvement social, au plus près des exigences populaires. Une gauche à 100 % combat contre les injustices que génère le capitalisme.

(source l'Humanité)