Et pour cause, Louis Renault n'est pas le seul à avoir frayé avec l'occupant allemand. La tâche sur le patronat français demeure et elle est indélébile. Le détour par la guérilla juridique qui se double d'une tentative d'extorsion de fond de l'État n'y changera rien. Elle n'honore pas ceux qui s'y adonne. Le PCF s'opposera à toute tentative de réhabilitation de Louis Renault.
André Gerin ( PCF) a écrit au premier ministre pour s'opposer à la réhabilitation de Louis Renault Monsieur le Premier Ministre,
Le 2 mars dernier, David Pujadas présentait, dans le journal de 20 heures de France 2, chaîne publique, un dossier intitulé « Louis Renault a-t-il collaboré avec l’Allemagne nazie ? ».
Le 9 mai, les huit petits enfants de l’industriel déposaient, devant le tribunal de grande instance de Paris, une assignation destinée à réhabiliter leur grand-père et à obtenir l’indemnisation du préjudice matériel et moral causé par la nationalisation prononcée à la Libération.
Leur demande s’appuie sur l’instauration, depuis mars 2010, de la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) qui permet de contester devant le juge constitutionnel une disposition législative.
Nous sommes face à une tentative inacceptable de réécriture de l’histoire, qui constitue un outrage à la mémoire de tous les patriotes morts pour la France, de tous les salariés de Renault arrêtés, torturés, fusillés pour faits de Résistance à l’intérieur comme à l’extérieur.
L’engagement de Louis Renault avant la guerre aux côtés des ligues factieuses antirépublicaines repose sur des faits établis, de même que sa collaboration avec l’Allemagne nazie sous l’occupation.
Le 16 janvier 1945, Charles de Gaulle, avec le soutien de toutes les forces politiques et patriotiques de la Libération précisait dans l’exposé des motifs que l’ordonnance instituant la nationalisation des usines Renault : « alors que les livraisons fournies par la société Renault à l’armée française s’étaient montrées notoirement insuffisantes pendant les années qui ont précédé la guerre, les prestations à l’armée allemande ont, durant l’occupation, été particulièrement importantes.
De fait, au lendemain de la Libération de Paris, en septembre 1944, Louis Renault a été arrêté et emprisonné sous l’accusation de collaboration avec l’ennemi.
L’entreprise négationniste en cours qui vise à remettre en cause les choix du Général de Gaulle, du Conseil National de la Résistance et du gouvernement provisoire ne saurait rester sans riposte appropriée.
J’ai pris l’initiative avec des syndicalistes de Renault, des Résistants, des historiens d’une rencontre à l’Assemblée nationale le 24 mai prochain pour exiger en particulier de France 2 qu’elle accorde un droit de réponse au reportage diffusé le 2 mars dernier. J’y ai convié mes collègues parlementaires toute tendance.
Il me semble incontournable que le gouvernement de la République que vous dirigez fasse entendre sa voix. Il ne saurait, à mes yeux, accepter que soit bafouée la vérité historique, que soient ainsi présentés comme des spoliateurs celles et ceux qui se sont mobilisés pour libérer la France et fonder les bases d’une démocratie nouvelle et d’un pacte social auxquels nous devons tant.
Je souhaite donc savoir, Monsieur le Premier Ministre, quelles initiatives vous entendez prendre pour aller dans ce sens. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de mes salutations les meilleures.
André GERIN