En matière d’inégalités, on assiste à un retournement de tendance qui contraste avec la diminution observée dans les années 1970. Comment l’expliquer ?

Louis Maurin :
Il faut d’abord noter que le retournement de tendance n’était, jusqu’à récemment, pas mesuré officiellement. L’Insee, avant la nouvelle série statistique publiée à l’été 2008, continuait à soutenir que les inégalités sont stables. Dans les derniers chiffres publiés, les transferts sociaux réels (prestations familiales, prestations logement et minima sociaux) ainsi que les revenus du patrimoine sont mieux couverts, ce qui a fait augmenter le taux de pauvreté d’un point : en 2006, 13,2 % de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté.

Le retournement de tendance est lié à de très nombreux facteurs comme le maintien du chômage et de la précarité à un niveau élevé, ou le fait que nous vivons dans des sociétés qui sont plus concurrentielles. La mondialisation n’est qu’un élément parmi d’autres. À mon sens, l’essentiel réside dans la restructuration de l’économie, avec le déclin des grandes industries fortement syndicalisées et le développement du tertiaire, qui l’est beaucoup moins. (…).
Les politiques publiques ont accentué la tendance. Via les baisses d’impôts d’abord. Droite et gauche ont suivi à peu près les mêmes chemins en la matière, avec des différences qui me semblent marginales du point de vue des principes. Personne n’en parle, mais on assiste à un phénomène équivalent dans le domaine scolaire. Je veux parler de la recréation des filières, sujet sur lequel il n’y a pas eu non plus de clivage droite/gauche marqué. Au cours des années 1980, on a réussi à unifier la seconde. Aujourd’hui, les choix d’orientation se font en fin de quatrième. Or, on sait que plus tôt on sépare les enfants, plus on crée des inégalités par la suite. Le discours sur le renforcement de l’évaluation va également dans ce sens : il défavorise les fils et filles de milieux modestes.
(….) On ne peut pas attendre grand chose du RSA. Il servira peut être à améliorer la situation des bas revenus au travail mais, dans tous les cas, ce ne sera pas une révolution. Dans le fond, le RSA ne s’éloigne guère de la prime pour l’emploi ; il va financer des bas niveaux de qualification. La face du monde n’en sera pas changée et il n’y a, en tout état de cause, pas à trop s’en indigner. Aujourd’hui, il faudrait surtout combattre le temps partiel contraint et la précarité des statuts.
Propos recueillis par Anne Lambert et Gabriel Zucman pour la lettre-Flash 64 UFAL, publiée par l'Union des Familles Laïques

La pauvreté en France

La pauvreté varie en France selon les départements de 6 % à près de 19 %. Elle est plus forte au nord et au sud de la France.

La pauvreté touche plus particulièrement les départements du nord et ceux de l’extrême sud de la France où l’on compte entre 15 % et 19 % de pauvres*. L’Ile-de-France, l’Alsace, la Savoie et la Haute-Savoie ont un taux inférieur à la moyenne nationale (de 6% à 9,5 %).
pauvrete_dpt.jpg La pauvreté ne concerne pas les mêmes catégories de la population suivant les territoires. Dans le Nord, la pauvreté se concentre d’abord dans les grandes agglomérations. Dans les zones urbaines, les familles nombreuses sont les plus touchées, en Languedoc-Roussillon et en Corse, ce sont plus souvent des familles monoparentales. En Aveyron, Lozère, Cantal, Creuse ou Gers, où le taux de pauvreté est proche de 13 %, les zones rurales sont les plus marquées et ce sont le plus souvent les personnes âgées, et non les actifs, qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Source : Insee-DGI - revenus disponibles localisés