Pour être plus clair encore, la gestion publique de l’eau est-elle toujours la meilleure solution ?
Hervé Bramy. Il faut en tout cas toujours se poser la question. À chaque fois qu’il y a un renouvellement de délégation de service public, il faut regarder de près ce qui est le plus profitable pour la collectivité locale et les citoyens.
Et, à chaque fois que les conditions financières, techniques et humaines sont réunies, il faut passer à une gestion publique. Soit en régie directe, soit au travers d’une société publique locale.
Pour permettre cela, nous plaidons pour la création d’un grand service public national de l’eau, qui accompagne les collectivités dans l’exercice de cette compétence.
Justement, le prix de l’eau aurait progressé de 57 % en France depuis 1994, selon une étude citée par le Parisien. Et les disparités entre les communes restent très fortes. Pourquoi ?
Hervé Bramy. Objectivement, si l’on habite en montagne, à proximité d’une source, ou en région parisienne, où il faut puiser l’eau dans le sous-sol, les conditions d’approvisionnement en eau sont différentes et cela pèse sur le prix au robinet.
Et, de fait, le passage en régie publique ne réduirait pas ces inégalités au niveau national.
C’est pourquoi nous plaidons pour un autre financement de l’eau, qui ne soit pas assumé par le seul consommateur, mais aussi par l’État, qui aujourd’hui ne met pas un centime dans ce domaine vital, perçoit la TVA et ponctionne même les agences de l’eau – à hauteur de 50?millions d’euros en 2011. L’objectif final est de tendre vers un tarif unique modulé de l’eau.
Selon un sondage, 50 % des Français soutiennent l’idée d’une tarification sociale de l’eau. C’est aussi l’une des propositions du Front de gauche...
Hervé Bramy. Oui, même s’il y a un débat au sein du Front de gauche sur comment y parvenir. Les parlementaires communistes ont déposé une proposition de loi qui dit qu’aucune facture d’eau ne doit dépasser 3 % du budget des familles.
Une allocation, versée par les CAF et financée par les collectivités, les syndicats des eaux, l’État et les multinationales, compenserait au-delà de ces 3 %. C’est à mon avis la meilleure solution. Nous soutenons aussi l’idée de la gratuité des premiers mètres cubes d’eau.
En revanche, nous sommes plus réservés sur la progressivité du prix de l’eau en fonction de la consommation, que défend le Parti de gauche. Pour arroser les golfs ou remplir les piscines, d’accord, mais pas pour la consommation domestique.
source : l'Humanité