Elle ne doit s’intéresser qu’à la « stabilité » des coûts, c’est à dire à la pression sur les salaires et les dépenses sociales afin de séduire les « investisseurs » à la recherche de rendements élevés. Cette logique a produit le pacte de …stabilité, véritable machine de guerre contre les dépenses publiques, et favorisé la politique de « l’euro fort », mortelle pour l’emploi.
Depuis la crise financière de 2008, elle a conduit les principaux dirigeants européens à sophistiquer encore substantiellement leur arsenal antisocial – et antidémocratique – avec la « pacte pour l’euro ».
Celui-ci vise à instaurer un régime d’hyperaustérité durable et à imposer d’en haut des « réformes structurelles » visant à doper la « flexicurité », l’allongement de l’âge de départ à la retraite, les privatisations…
La rupture avec cette logique est donc, plus que jamais, une exigence pour qui veut ouvrir la voie à un projet de gauche digne de ce nom.
Dès lors se pose la question: la meilleure rupture avec cette politique ne serait-elle pas la sortie pure et simple de l’euro? Une fausse évidence, dramatiquement trompeuse!
Même un économiste comme Jacques Sapir, qui penche pourtant plus ou moins en faveur d’une telle issue, ne cache pas qu’ « il est évident qu’une sortie de l’euro est un basculement dans l’incertain », que le risque est que « la souveraineté monétaire soit captée par les marchés » et que la « nouvelle monnaie (soit menacée d’être) prise dans le tourbillon des spéculations financières ».
Les économistes communistes – non suspects de complaisance pour Maastricht ou la BCE! – estiment même pareille aventure bien plus dangereuse encore, avec, en particulier, les effets désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs et le poids de la dette, ainsi que l’explosion d’une mise en concurrence sans limite entre Européens.
Et surtout, ils mettent l’accent sur le besoin vital d’une construction monétaire européenne – mais profondément transformée – pour agir contre la domination du dollar et en faveur d’une monnaie commune de coopération à l’échelle du monde, au côté de pays du Sud et de grandes économies dites « émergentes ».
Naturellement, pour créer les conditions de tels changements, il ne faut pas se situer exclusivement au niveau des institutions européennes actuelles ou des négociations entre Etats, tels qu’ils sont sous nos yeux. C’est précisément la responsabilité d’une gauche visant la transformation sociale d’offrir aux citoyens une grille de lecture plus dialectique des réalités et des potentialités.
Ainsi, la crise sans précédent des structures européennes et la montée partout d’aspirations au changement, elles aussi d’une ampleur sans équivalent depuis qu’existe l’UE, ouvrent-elles une « fenêtre d’opportunité » historique.
C’est le moment de faire valoir une vision alternative et d’avancer des propositions saisissables, crédibles et rassembleuses. C’est dans cet esprit qu’on attend la gauche française en 2012.