En vérité, avec les nouveaux développements ?de la crise mondiale et de la zone euro, ?une illusion néolibérale est mise à mal. Celle qui considère que, pour relancer l’économie, il faut que l’intervention publique permette aux capitalistes de retrouver très vite leur compétitivité, c’est-à-dire un haut niveau ?de rentabilité financière.
Et effectivement, ?en 2010 et début 2011, nombre de banques ont affiché des profits en forte hausse grâce ?au soutien public dont elles ont bénéficié. ?Elles ont pu redresser leurs comptes, notamment en empruntant à 1 ou 1,5?% auprès de la Banque centrale européenne et en prêtant à 2,5?% ?ou 3?%, voire à 13?% ou 15?% aux États endettés de la zone euro.
Les groupes du CAC 40 ont ?de leur côté dégagé au premier semestre 2011 plus de 47?milliards d’euros de bénéfices, en hausse de 7,4?% sur 2010, grâce à une gestion tournée vers les économies de main-d’œuvre ?et les transferts d’activité vers les pays émergents.
A la Libération, le capitalisme a trouvé les ressources pour résoudre la crise commencée dans les années trente, grâce à une régulation encadrée par l’État et s’appuyant sur un secteur nationalisé important.
Aujourd’hui, l’intervention publique a certes permis d’éviter l’effondrement mais, telle qu’elle a été conduite, elle a contribué à porter plus loin le fer de la crise au point ?d’en subir elle-même les effets. Résultat, ?l’Europe souffre à la fois d’endettement ?public, d’une croissance atone et d’un taux ?de chômage dramatique.
Cela appelle une révision radicale des politiques publiques conçues comme des béquilles du capital. Une réflexion sur le rapport public/privé est urgente à gauche à l’heure d’une révolution technologique qui appelle un rôle nouveau ?des hommes dans l’entreprise et la société.
?Il faut changer la finalité de l’intervention publique afin qu’elle puisse réellement et durablement transformer le privé. Cela passe évidemment par des lois mais aussi, et surtout, par une intervention populaire seule à même de guider efficacement l’action publique.
Pierre Ivorra