Avant d’y revenir, une remarque, d’abord. Vous savez comme les mots sont importants. C’est parce qu’ils le sont vraiment que j’emploie la formule: question de Palestine. Bien sûr, on peut parler du «conflit du Proche- Orient».
Il y a, en effet, une réalité conflictuelle régionale évidente et forte. Toutes les crises du Proche-Orient sont liées d’une façon ou d’une autre, et pour le monde arabe – en tous les cas pour les peuples arabes, en général – la cause palestinienne est de façon indissociable une cause arabe, une question qui s’inscrit dans l’histoire compliquée du Proche-Orient, de la décolonisation et des dominations qui s’y exercent.
Mais dans ce conflit central du Proche-Orient, il n’y a pas deux protagonistes d’égale responsabilité: il y a un occupant et un occupé. Il y a un colonisateur et un colonisé. Il y a un État qui bafoue le droit et un peuple dont les droits sont bafoués. Les mots sont importants parce qu’ils traduisent la vie et, en l’occurrence, le combat d’un peuple pour ses droits nationaux.

L’issue de ce conflit ne pourra, ne devra donc jamais être le résultat d’un simple bras de fer pour des concessions réciproques. L’issue devra d’abord être le résultat de l’application du droit pour l’édification, à côté de l’État d’Israël, d’un État palestinien indépendant, dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, avec le principe du droit au retour pour les réfugiés, avec la libération des 11 000 prisonniers palestiniens sans oublier ni Marwan Barghouti, ni Salah Hammouri, ni le soldat israélien Guilat Shalit...

C’est bien la question de Palestine qui est au centre. Il faut qu’une Palestine souveraine, libre, unie et démocratique existe pour que la paix, mais aussi la sécurité, s’installent durablement. Cela s’appelle la justice. Tout simplement la justice.

Quelle est la situation?

À l’évidence, le Proche-Orient vit actuellement une situation de crise et d’impasse politique dramatique. Au point où des interrogations surgissent sur des questions essentielles: faut-il une solution avec deux États ou un seul? Faut-il dissoudre l’Autorité palestinienne? Faut-il continuer à espérer dans un règlement politique négocié? Faut-il proclamer unilatéralement la création d’un Etat palestinien?

Ces interrogations ne viennent pas par hasard. Il est normal qu’elles apparaissent dans ce grave contexte de crise. Chacun peut y répondre en fonction de ses responsabilités.

N’ayons pas peur du débat de fond. D’ailleurs, c’est surtout parmi les Palestiniens que se posent ces questions. Les dirigeants israéliens et les colons, eux, ont des réponses bien assurées...

Alors, pourquoi ce contexte de crise? Une page a été tournée. Il faut en tirer les conséquences. La mort du processus de paix est maintenant un fait acté. La poursuite de la colonisation a tué Oslo. Les agressions israéliennes à Gaza en 2009, au Liban en 2006 et celles qui ont précédé depuis le début des années 2000, par exemple à Jénine en 2002, ont été conçues pour enterrer une logique de négociation.

La brutalité de l’occupation et l’absence de perspective ont exacerbé les tensions et provoqué une profonde division au sein du peuple palestinien, contre tout le travail patient et déterminé d’unité nationale qui fut celui de Yasser Arafat.

Dans ces conditions, c’est jusqu’à la possibilité même d’un État palestinien qui est en question, avec les faits accomplis de la colonisation, du mur d’annexion, des pratiques permanentes administratives et militaires de dépossession, d’expulsion, de destruction des maisons et des cultures... C’est cette politique-là qu’il faut arrêter et inverser pour redonner aux Palestiniens leur terre et leurs droits.

Je veux dire ici le caractère de plus en plus insupportable et désormais indécent des lénifiants discours des officiels français et européens qui consiste à dire: il faut reprendre les négociations afin d’aboutir à une solution, comme si rien de ce qui se passait pour enterrer toute perspective n’existait. Bernard Kouchner en est coutumier.

L’ Ambassadeur français Pierre Duquesne, chargé du suivi de la conférence des donateurs, dit même que l’aide financière des Européens et les réformes engagées par l’ Autorité palestinienne font que nous serions dans « un cercle vertueux »... Et que penser des voeux de Nicolas Sarkozy, qui ont ignoré les questions internationales, notamment celle de la Palestine.

Certes, l’aide financière, notamment européenne (qui est importante), est une contribution décisive au fonctionnement de l’Autorité palestinienne et de son administration.

Mais on ne peut accepter un discours d’une telle vacuité politique, significatif de l’inexistence d’une politique française et européenne positive et à la hauteur de l’enjeu. Car il faut bien constater l’épuisement de ce discours, qui cache aujourd’hui une véritable démission politique.

On voit bien qu’il faut redéfinir complètement les moyens et les stratégies pour en sortir. On ne peut plus accepter cette configuration consternante dans laquelle Israël fait financer ses guerres et sa supériorité militaire par les États-Unis, et fait payer son occupation des terres de Palestine par les Européens.
On ne peut plus continuer comme cela. On ne peut plus faire comme si on ne voyait pas la stratégie mise en oeuvre de façon volontariste par les dirigeants de Tel Aviv depuis le début des années 2000 avec Ariel Sharon et ceux qui lui ont succédé.
Cette stratégie n’a rien à voir avec la recherche d’un compromis territorial quelconque. Elle se décline en 3 dimensions: d’abord la colonisation accélérée des terres palestiniennes; ensuite la séparation afin d’isoler Gaza, concentrer la population palestinienne de Cisjordanie dans des enclaves, morceler le territoire par un réseau de routes et de tunnels reliant les colonies; enfin, la domination pour briser toute résistance à l’occupation et dans une vision de plus long terme, faire reculer par la force toute conscience politique nationale palestinienne, tout ce qui peut cristalliser l’idée et l’espoir d’une Palestine indépendante.

C’est la mise en œuvre de cette stratégie qui a fini par achever Oslo et le processus de paix. On a donc atteint un point de non-retour, une limite. Cependant, la stratégie israélienne a elle aussi atteint une limite. Cette limite, c’est Gaza. Il y a un avant et un après Gaza.

La guerre israélienne contre le peuple palestinien à Gaza revêt d’abord un aspect humain tragique. C’est plus de 1400 morts dont une forte majorité de civils, notamment, de femmes et d’enfants. C’est ce qui se produit lorsque l’on bombarde des villes, des villages, des maisons d’habitation, des écoles, des services publics..
. Le rapport Goldstone, qui n’épargne pas le Hamas dans ses sévères accusations, fait le constat rigoureux de ce qu’il identifie, de la part d’Israël, comme des crimes de guerre voire des crimes contre l’Humanité. Celles et ceux, notamment de nombreux responsables et élus communistes, qui se sont rendus à Gaza il y a un an, dès la fin de l’agression, ont pu voir, entendre, pour témoigner ensuite de ce qui s’est passé, avec force.

Gaza fut une horreur. Il est normal que ceux qui ont commis des crimes de guerre soient condamnés, par exemple par la Cour pénale internationale, comme le demande le rapport Goldstone. Mais ce qui s’est passé marque aussi un tournant politique.
Les crimes commis sont d’une telle ampleur que les dirigeants israéliens,aux yeux des opinions publiques française et européenne en particulier, ont singulièrement perdu de leur crédibilité. La politique israélienne est mise en cause dans sa légitimité.

Après le vice-premier ministre Moshe Yaalon (pour des faits remontant à 2002), c’est Ehud Olmer puis Tzipi Livni, respectivement ministre de la défense et ministre des Affaires étrangères sous Ehud Barak, qui ont risqué de se faire arrêter à Londres, en vertu de la compétence universelle des tribunaux britanniques, pour leur responsabilité directe dans les crimes de guerre qui ont été commis.

Autre exemple: la cour d’appel de Versailles a confirmé récemment la compétence du Tribunal de Nanterre concernant la procédure engagée par l’Association France-Palestine solidarité contre Véolia Transport, Alstom et Alstom Transport concernant la construction et l’exploitation d’un tramway en Cisjordanie. Cet acte judiciaire donne raison à celles et ceux – nous en sommes – qui refusent la construction d’un tramway colonial à Jérusalem.

L’impunité et le mépris du droit commencent donc à sensibiliser bien des esprits. L’agression israélienne à Gaza et ses conséquences sont, de fait, incompatibles avec l’esprit et la lettre de l’accord d’Association Union européenne/Israël dont l’article 2 stipule, comme une exigence, le respect des droits humains.

La volonté européenne consternante d’un rehaussement du statut d’Israël dans le cadre de cet accord – pour rapprocher l’État israélien du statut de quasimembre de l’Union – montre le chemin à parcourir encore. Mais cela révèle avec force l’incohérence des Européens et cette lâcheté manifeste qui permet qu’on ferme les yeux devant l’ inacceptable quand celui-ci est perpétré par un allié privilégié.
Comment se présenter, en même temps, et sans rougir, comme le meilleur partenaire des Palestiniens? Gaza fait éclater la question de l’impunité et des droits humains.
Monsieur Raji Sourani, juriste, directeur du Centre palestinien pour les Droits de l’Homme, récemment de passage à Paris, a déclaré, en substance, lors d’une Conférence de presse : « La lutte pour les droits humains, ce n’est pas quelque chose d’abstrait, ce n’est pas un objet de réflexion intellectuelle. On parle de personnes concrètes, de la vie de citoyens... Le rapport Goldstone, c’est une feuille de route, une base d’action pour la solidarité, pour l’état de droit, contre l’impunité ».

On peut affirmer, en quelque sorte, que le droit... c’est la force de ceux qui agissent pour la justice. Et cette force là sera déterminante. Il s’agit en effet de tous les droits: les droits nationaux du peuple palestinien; le droit international et les droits humains.
C’est une autre façon de souligner l’universalité et la légitimité qui s’attachent à la question de Palestine. Dans la bataille qui s’ouvre pour une refondation du cadre et des moyens d’une solution politique, le respect et la réalisation de ces droits doit prendre une place essentielle.

Que faut-il faire? D’abord, traiter les urgences, exiger en particulier la levée du blocus inhumain de Gaza. C’est ce que demande d’ailleurs le rapport Goldstone. C’est ce qu’ont exigé les participants à la «Gaza Freedom March» au Caire, il y a quelques jours. Quels que soient les problèmes politiques posés et le jugement critique que l’on peut avoir sur la politique du Hamas, nous devons exiger la levée sans condition de ce blocus injustifiable et inhumain.

Ensuite, agir pour l’implication directe des pays membres permanents du Conseil de Sécurité, réunir par exemple une Conférence internationale, pour ne pas laisser Israéliens et Palestiniens dans un face à face déséquilibré.

Comme la sécurité, la paix est une responsabilité collective. Redéfinir le chemin pour y parvenir dans ce contexte de crise est une priorité. Il faut sortir de l’impasse terrible où a conduit la stratégie israélienne et offrir un espoir à chacun des peuples concernés, le peuple palestinien naturellement, mais aussi les citoyens d’Israël auxquels les dirigeants politiques n’ont offert depuis des années que la surenchère nationaliste et des pratiques d’apartheid qui n’ont fait qu’alimenter les tensions et la violence. Le soutien permanent et actif aux progressistes, aux anti-colonialistes israéliens est donc de la première importance.

Enfin, avec cette volonté de reconstruire un chemin pour la paix et la justice, notre parti s’engage dans une campagne unitaire pour l’application de sanctions, ciblées contre la politique de colonisation israélienne. Des sanctions, comme la suspension de l’accord Union européenne/Israël ou des mesures de boycott et de désinvestissement (par exemple dans le cas du tramway colonial), sont des moyens, et non des fins en soi, pour contraindre les dirigeants israéliens à l’application des résolutions des Nations unies.
Il s’agit de montrer une détermination collective à obtenir des changements convaincants de la politique israélienne et à ne plus tolérer l’impunité. Chers-ères ami-e-s et camarades, Il serait inutile et même contre-productif de masquer la gravité de la situation de crise au Proche-Orient. Une crise d’autant plus complexe qu’elle est liée à l’ensemble des autres enjeux de confrontation régionaux.

Mais il faut bien mesurer et faire mesurer la portée de l’enjeu et la nature de l’alternative devant laquelle chacun se doit maintenant de choisir : soit les principales puissances, en particulier les États-Unis, les Européens et notamment la France, acceptent la possibilité et la perspective de nouveaux désastres, voire d’une crise majeure, et tout est possible.
Soit l’exigence de la responsabilité collective commence à l’emporter dans l’esprit d’une solution juste et durable... Cela dépend en partie de nous, de l’effort que nous ferons, avec tant d’autres, pour contribuer à traduire l’émotion et l’indignation en actes politiques de solidarité, de sensibilisation,d’explication, de mobilisations, partout où c’est possible, nécessaire et le plus souvent très attendu.

La question de Palestine est dans l’actualité, dans les têtes, dans les préoccupations politiques. Elle doit s’intégrer naturellement dans notre action. Aller en Palestine et en Israël est une expérience irremplaçable et utile.
Je veux remercier tout particulièrement l’ANECR nos élus, Fernand Tuil et son Association qui prennent beaucoup d’initiatives dans cet esprit. Pour n’en mentionner que deux, mais parce qu’elles ont représenté des moments d’émotion forte et des moments politiques importants, rappelons la délégation des 108, en février 2009, après la guerre de Gaza, et la délégation des 45 femmes parties le mois dernier. Sachez, d’ailleurs, qu’une délégation de 45 femmes au moins, venant de Palestine, d’Israël et des camps de réfugiés au Liban, viendront en France début mars.
Ces échanges sont des voies d’action politique, de solidarité bien entendu, mais aussi véritablement un levier d’intervention. Intervenir sur cette question de Palestine, c’est intervenir sur le monde d’aujourd’hui, sur nos valeurs, sur notre vision des relations internationales. Cela fait partie de notre combat.

Alors, plus que jamais, pour la paix et la justice, Palestine-Solidarité!

Pierre Laurent