Nous avons été à peu près tous surpris par l’ampleur relativement nouvelle de cette manifestation et par sa combativité. Qu’au moment où la finance internationale affiche sa malfaisance, des milliers de personnes, de plusieurs générations, crient ensemble, et très fort, « de l’argent pour le travail, pas pour le capital ! » montre une chose simple : l’immense majorité des communistes, même quelque peu désespérés par le déclin électoral de leur organisation et désorientés par leurs déchirements, n’attendent qu’une chose : que leur parti s’affirme, à nouveau, nettement anticapitaliste et acteur d’une révolution (ou transformation si l’on préfère) sociale, démocratique, culturelle, non à la bolchevique mais à la Jaurès, si l’on veut se référer à une figure historique. Une telle hypothèse appelle des éclaircissements de nature théorique, politique, pratique. Arrêtons-nous à un seul, qui est un nœud gordien : le rapport du Parti communiste au Parti socialiste. Tout le monde ressent, à cet égard, un vrai malaise. Faut-il renoncer aux alliances avec le Parti socialiste, et cela jusqu’à l’exercice du pouvoir (local, régional, national) ? Certainement pas. Imaginer que l’on puisse transformer la société sans un rassemblement comprenant les « réformistes », et par la seule grâce d’une gauche radicale « marxiste », n’est sérieux ni au regard de l’état de la société, ni au regard de l’histoire. Le problème est que le Parti communiste n’est plus en état d’influer sur la gauche, parce qu’il s’est mis dans une position de dépendance vis-à-vis du Parti socialiste. Il a renoncé à une critique sans complaisance du gouvernement de la gauche plurielle qui a ouvert le capital de grandes entreprises publiques et donc la voie à leur privatisation. Aujourd’hui, que se passe-t-il ?
En pleine crise financière, le PCF affirme vouloir débattre de ses propositions économiques et financières avec le Parti socialiste. On peut toujours parler... Mais comment cette attitude peut-elle être crédible si on ne rappelle pas ce sur quoi d’essentiel on s’oppose, à savoir le ralliement de fait du PS au libéralisme, que son premier secrétaire vient de confirmer, libéralisme bien sûr « régulé », ce que la droite elle-même se targue de faire ? Et, plus encore, quand ce sont des personnalités du Parti socialiste français, Dominique Strauss-Kahn au FMI et Pascal Lamy à l’OMC, qui dirigent deux organismes majeurs du capitalisme financier et qui ne songent qu’à continuer ? Il ne s’agit pas de désigner le Parti socialiste comme l’ennemi à abattre. Il s’agit de dire la vérité sur les positions respectives, en commençant par adopter nous-mêmes une position sans équivoque. Il s’agit de se démarquer. La politique en France souffre de confusion et ne s’en sortira que par une clarification, en particulier sur les classes, leur complexité, et leurs intérêts « matériels et moraux », immédiats et futurs. Il en est de même pour la politique communiste.
On peut encore se satisfaire de positions électorales, de mandats électifs, acquis dans le cadre actuel où domine outrageusement le PS. Mais cela peut se payer cher, comme on l’a vu en Seine-Saint-Denis où, à force de ne pas faire suffisamment de différence entre PS et PCF, des électeurs ont voté « nouveauté » « modernité », « nouvelles têtes », etc. Le discours du « tourner la page » réserve des surprises, parfois amères. C’est la condition, non la seule, pour repartir de l’avant. C’est aussi la condition pour se retrouver avec des travailleurs, des citoyens, qui ne savent plus vers où se tourner et qui seraient disposés à entrer dans des luttes justes, sincères, sans craindre d’être, à l’arrivée, abusés. C’est même la condition pour obtenir que le Parti socialiste change de registre, demande qui existe en son sein. Ne ratons pas le coche !
Charles Sylvestre Journaliste