Qui aurait pu penser vivre une telle métamorphose?? Il fallait Nicolas Sarkozy pour réussir pareille prouesse. Sauf que le prestige de ?la France en prend un sacré coup.
Échec de Sarkozy assurément. L’hôte de l’Élysée a perdu la bataille de l’opinion qui, au fil ?des mois et des semaines, a de moins en moins prêté foi au déversement de propagande visant à présenter ?le report de l’âge légal du droit à la retraite comme une nécessité pour faire face aux évolutions démographiques et à l’allongement de l’espérance de vie.
?Les différentes enquêtes d’opinion convergent sur un constat sans appel ?de désaveu. Plus de 70?% des Français rejettent le projet, soutiennent le mouvement social le plus massif depuis quinze ans au moins. Ils sont aussi une grande majorité pour réclamer l’ouverture de vraies négociations, et à estimer que la mobilisation doit se poursuivre même après l’approbation par le Parlement?!
Cet état de l’opinion se vérifie dans les défilés, les grèves, les blocages qui se succèdent et s’épaulent. «?En France aujourd’hui, quand il y a une grève personne ne s’en aperçoit?», avait ricané Nicolas Sarkozy en recevant ?le gotha de l’Europe libérale en 2008. Et aujourd’hui, qu’en dites-vous Monsieur le président??
Il n’y a pas de déshonneur pour un dirigeant politique à rouvrir un débat, à annuler une décision trop hâtivement prise, dès lors qu’il apparaît que ?le peuple la rejette. Mais il faut avoir hauteur de vue et sens de l’État, deux qualités attendues des plus hauts responsables du pays.
Visiblement, elles semblent bien mal partagées dans les cercles dirigeants, où servir ?les plus riches, aggraver les injustices tourne à l’obsession. Le gouvernement n’a plus de légitimité pour réaliser ?son projet tant il est patent que celui-ci est refusé par ?le peuple. Nicolas Sarkozy provoquerait une crise politique ouverte s’il s’obstinait dans son aveuglement.
C’est malheureusement l’option qui a été privilégiée ?à l’Élysée. Au risque d’aggraver la situation économique de la France, le gouvernement choisit une stratégie d’affrontement, d’intimidation. Et finalement ?le durcissement et la prolongation du conflit.
Quant au monde du travail, il n’a aucune raison de lâcher prise. Dès lors que le bras de fer entre dans une nouvelle phase, celle de la durée, il devient l’affaire ?de tous. La condition de son succès, c’est la solidarité.Jeudi prochain 28 octobre et samedi 6 novembre, ?de nouvelles journées de mobilisation à l’appel ?des syndicats seront l’occasion de risposter massivement au mauvais coup présidentiel. Nicolas Sarkozy ?a perdu la bataille de l’opinion. Cherche-t-il l’affrontement??
__Jean-Paul Piérot __