Nous devons continuer à avancer des arguments sur la transformation progressiste de l’école, en qualité, en permettant à nos concitoyens de comprendre pourquoi l’école manque aujourd’hui artificiellement de moyens pour la réaliser, les conséquences sur le statut des fonctionnaires et pour les élèves (question d’actualité avec la manifestation de décembre sur l’évaluation), et en quoi d’autres choix seraient possibles.
Enseignants, parents, lycéens et étudiants ont le droit de savoir à quoi sert l’argent de l’école, comment il est actuellement détourné par la finance… qui prive les besoins éducatifs.
Les salaires des fonctionnaires servent à enrichir les banquiers…
STOP ! du fait des cadeaux fiscaux aux fortunes, l’état emprunte pour couvrir ses dépenses, notamment les salaires des fonctionnaires.
Aujourd’hui, cet emprunt est dévoyé pour enrichir les banquiers privés. en effet, l’état est obligé par les lois actuelles d’emprunter sur les marchés financiers, avec des intérêts exorbitants.
Le coût de la dette, dont on nous rebat les oreilles, ne vient donc pas de la dépense publique et sociale financée par emprunt, mais des intérêts de la dette... ce qui augmente la dette, et prive les besoins éducatifs ! cela, les médias officiels le disent moins !
En 20091, les « enseignements scolaires » (le primaire et le secondaire seulement, la recherche et le supérieur étant comptés à part dans la LoLF) ont coûté 60,0 milliards d’euros (principalement les salaires enseignants) sur un budget de l’état de 287,4 milliards, soit 20,8%. cette somme, importante, doit être mise en regard d’autres éléments : en 2009, les intérêts de la dette de l’état représentent presque autant (48,0 milliards2), soit 16,7% du budget de l’état.
On peut donc considérer que l’obligation d’emprunter sur les seuls marchés financiers, pour les dépenses scolaires, offre à la prédation des banques privées la somme 10 milliards d’euros ! (16,7% des intérêts de la dette).
Pour 20103, un calcul similaire conduit à un résultat identique : à nouveau 10 milliards d’euros extorqués du budget de l’état du fait de la marchandisation des salaires enseignants. cela dure depuis des années, du seul fait qu’ont été votées des lois au service de la finance.
Le PCF, avec les candidats du Front de Gauche, avance au contraire l’idée qu’il faut changer de logique. ainsi, la Banque centrale européenne, au lieu d’obliger à passer par les marchés, doit financer à taux zéro les dépenses de service public des collectivités, ce qui équivaut à un prêt sans intérêt.
Le coût des salaires serait ainsi réduit parce que définanciarisés. et l’on romprait avec les mécanismes prédateurs qui sont une des causes de la crise.
Voilà déjà comment récupérer 10 milliards d’euros par an pour le primaire et le secondaire, et au total 50 milliards d’euros par an pour les dépenses sociales de l’état.
Et avec l’ensemble de nos propositions en matière d’économie, les moyens existeraient pour financer les postes nécessaires : remplacer toutes les suppressions, couvrir les besoins du baby-boom, scolariser dès 2 ans, allonger les études pour tous.
Pénurie, productivité éducative, caporalisation : STOP à l’injustice !
Pour rembourser les intérêts inutiles de la dette, les tenants de l’austérité veulent réduire les dépenses utiles socialement, et imposer la gestion de la pénurie. d’où la pression pour transmettre davantage de choses dans un temps réduit : diminution du nombre d’heures par semaine, fin d’études au collège pour une part des élèves avec des objectifs limités au socle minimal.
Les enseignants sont soumis à une productivité éducative : « débrouillez vous pour atteindre les objectifs », c’est la ligne directrice néolibérale, portée avec autoritarisme par les futurs chefs d’établissements. ceux-ci seront chargés, selon les réformes en cours, de caporaliser, de déformer le métier enseignant (davantage d’élèves, moins de corrections trop dévoreuses de temps, obligation d’enseigner des disciplines inconnues…).
Avec la pression d’une évaluation qui juge mais ne propose aucune aide ni formation continue (après le démantèlement de la formation initiale), et qui évalue la gestion des comportements plutôt que la transmission de savoirs de chaque discipline à tous. Les réformes veulent imposer cette pression par un statut précaire : embauche locale selon les moyens dont disposeront les établissements « autonomes » financièrement du fait de la pénurie des moyens d’état. si l’on ne change pas de logique, les enfants paieront les conséquences de ces politiques inégalitaires.
De la colère au changement : plus que jamais, débattre, argumenter
La marchandisation du salaire des fonctionnaires n’est pas une fatalité : ce qui a été fait par des lois peut être fait autrement. dans le monde et en europe, d’autres peuples, comme le nôtre, vivent des problèmes similaires et attendent des changements.
En France, les élections présidentielles et législatives vont être l’occasion de faire entendre les choix de la justice et de l’avenir de la société. oui, la politique éducative et sociale d’un côté, la politique financière de l’autre, sont étroitement liées. Mêlons-nous en ! L’argent doit être mis au service des besoins humains, pas le contraire. nous portons une alternative d’ensemble, articulant politique financière et politique éducative et sociale.
Il y a bien longtemps que les esprits n’avaient pas été si ouverts au débat, à la réflexion, à la confrontation. La crise et les mauvais coups, la colère, ont ouvert des espaces de révolte là où il y a encore peu, l’indifférence était de mise pour ceux qui se passait « en haut », dans les milieux décideurs et dans la finance. si l’intox médiatique est devenue suspecte, le mouvement populaire a besoin d’informations, d’arguments et de moyens d’action.
Le fatalisme peut être accru si les aspirations et la colère ne trouvent pas de solutions satisfaisantes. Plus que jamais, face à la gravité de la situation, notre action est utile, les solutions alternatives sont écoutées.
Une majorité d’idée peut grandir, une fenêtre de lutte et de débat est à saisir.
Stéphane Bonnéry

1. source : ministère de l’éducation nationale, Repères et références statistiques. 2011, p.338 : http://www.education.gouv.fr/cid57096/reperes-et-references-statistiques.html
2. source : http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=37
3. mêmes sources.