Même si les communistes restent opposés à l'élection du Président de la république au suffrage universel, ce n'est pas « survaloriser » la présidentielle qu'y voir l'élection qui domine la vie politique, celle dont la campagne offre aux candidats le plus de possibilités pour s'exprimer, en suscitant l'attention du plus grand nombre d'électeurs.
C'est l'élection, en dépit de la partialité des médias, qui permet aux candidats de promouvoir et de débattre d'un projet, alors que la campagne des législatives qui se déroule dans la foulée, n'est qu'une courte prolongation de la présidentielle.
Or, cette élection va avoir lieu dans un contexte historiquement exceptionnel, avec la crise et ses nouveaux développements, qui peuvent être explosifs, en Europe notamment.
D'où la nécessité d'avoir un candidat qui fasse le poids avec ses propositions, face à Sarkozy ou à DSK (si ce dernier est candidat).
Il y a besoin d'une campagne à la fois populaire, mobilisatrice, et de haut niveau, dans ce sens qu'il faut faire avancer quelques axes précis de changement radicaux, avec une cohérence entre des objectifs sociaux forts et les moyens financiers et des pouvoirs et droits nouveaux pour les salariés.
Une campagne où le candidat parlera donc notamment: éradication du chômage, sécurisation de tous les moments de la vie, moyens de s'émanciper des marchés financiers, nouveau crédit, nouveaux critères de l'euro et de la BCE.
Dans son livre au titre populiste ("Qu'ils s'en aillent tous!") Mélenchon manie les invitations simplistes : « éjecter les financiers des entreprises », ou « rendez l'argent », mais ne dit pas un mot de la nécessaire maîtrise du crédit. On ne trouve pas dans son livre le mot emploi, pas de référence à la BCE...
Il faut un candidat qui ne résumera pas son projet politique, comme J.L.Mélenchon à « des hausse des dépenses de l'État et de salaire maximum. »
Certes J. L. Mélenchon n'est pas un révolutionnaire et n'a rien d'un visionnaire : n'a t-il pas voter Oui au référendum de Maastricht, en estimant que c'était un bon compromis de gauche? On a vu la suite !
N'a t-il pas été, sans broncher, membre du gouvernement Jospin, le gouvernement qui a décidé du plus grand nombre de privatisations, privant la France d'atouts importants ? Enfin, lors des dernières élections présidentielles, loin d'appuyer l'aile gauche et unitaire du parti socialiste dont il était membre, J.L. Mélenchon a très vite rallié le camp et l'état-major de Ségolène Royal qui envisagea de gouverner avec une partie de la droite (Le Modem).
En juin dernier, il envisageait même de participer aux primaires du parti socialiste !
Jacques Généreux, l'économiste du PG, explique dans une interview au Nouvel Observateur, sous le titre « Vive l'Etat providence » (18/11/2010) que « pour promouvoir une société de progrès humain », il faut « revenir à ce qui a fait la puissance de la France des années 60: un état fort, démocratique, ... redonner du pouvoir aux politiques, aux collectivités territoriales et aussi aux entrepreneurs... et remettre à leur place les spéculateurs... retrouver cet équilibre entre les quatre acteurs du capitalisme. »
Mais, à part cette fascination pour la période gaullo-piompidolienne, pas un mot sur les travailleurs, l'acquisition de droits nouveaux, pas un mot sur les pouvoirs nouveaux des salariès dans l'entreprise pour imposer d'autres choix stratégiques, d'autres critères de gestion.
On laisse le capitalisme en place, on rêve d'un capitalisme assagi.
Et à la question: « mais dans quel cadre économique? Que devient le socialisme dont vous vous réclamez? » La réponse de Généreux est sans ambiguïté : « N'essayez pas de me faire passer pour plus rouge que je ne suis. Le retour aux principes d'après-guerre, c'est le débat citoyen que la gauche doit engager aujourd'hui...»
Bref, le PG regarde dans le rétro, à défaut de saisir les contradictions actuelles du capitalisme financier mondialisé pour le dépasser (= l'abolir).
Cela correspond à ce qu'est le PG: un parti socialiste de gauche, un parti social-démocrate (par opposition au social-libéralisme), à l'exemple en Allemagne, du modèle politique dont se réclame Mélenchon, Oskar Lafontaine, dont la référence reste un retour à la sociale-démocratie de Willy Brandt.
Ce n'est pas une accusation, c'est la réalité politique. La nommer ne signifie pas refuser l'unité, nécessaire, avec le PG, et bien au delà.
Mais pour l'élection présidentielle, le Front de gauche a besoin d'un candidat et d'un projet plus radical. La candidature Mélenchon s'inscrit dans un projet qui n'a rien de secret et qu'il a réaffirmé lors du dernier congrès du PG : entrainer le parti communiste dans la voie de la fusion dans un nouveau « parti de gauche ».
Mélenchon veut se servir d'un éventuel succès de sa candidature et de l'hégémonie personnelle qu'il en escompte pour avancer dans ce projet.
Si la direction du PCF choisissait la voie de la capitulation, surtout si s'imposait aux communistes une sorte de fait accompli, elle provoquerait un risque de division très grave du Parti. D'ailleurs, on ne voit pas comment on peut considérer qu'une candidature porteuse d'une division de la principale force du Front de gauche serait le bon choix pour celui-ci.
Dans le calendrier proposé par P. Laurent et le groupe dirigeant, il y a sur ce plan un problème de démocratie: un texte cadre adopté par le CN le 7 janvier, et présenté, avant tout débat des communistes, à l'assemblée des animateurs de section dès le lendemain, le 8, pour y être de fait validé.
Qui a peur du débat dans le parti ?
Il ne faudrait pas que les choses soient ainsi quasiment ficelées pour la décision finale, sans que les communistes aient pu vraiment en débattre.
Pour leur part, les communistes clichois ont décidé de promouvoir, sans attendre, la candidature du seul candidat communiste déclaré : André Chassaigne.

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