Pour un PCF se saisissant de l’opportunité historique

Par Paul Boccara, Yves Dimicoli, Nicolas Marchand et Catherine Mills. La gauche pour qui, pour quoi ?

Face à la crise financière et aux mesures de Sarkozy, les exigences d’intervention publique remontent. Cela renforce le besoin d’action autonome, originale, audacieuse du PCF pour des rassemblements transformateurs à gauche, en se saisissant de l’opportunité historique nouvelle. C’est dans ce sens que l’on peut soutenir ces deux déclarations de la base commune qui affirment :

1 - Il s’agit de développer le PCF au lieu de s’engager dans la « recherche de la constitution d’un autre parti aux contours incertains » et de le transformer profondément tout en veillant à sauvegarder « son autonomie de réflexion, de décision et d’action ».

2 - L’ambition de « dépassement du capitalisme », de faire émerger une autre civilisation, celle d’un « communisme de partage et de liberté pour chacune et chacun » (…) « en prise avec les réalités et les aspirations de notre temps ».

Ces déclarations sont un acquis qui nous a permis de ne pas ajouter un texte alternatif, porteur de divisions, afin de renforcer le rassemblement des communistes. Mais la base commune contient des insuffisances, des contradictions, des ambiguïtés qui nécessitent un travail d’amendements alternatifs très important des communistes.
La crise financière invite à une large réécriture. Elle fait monter la nécessité d’articuler la visée communiste avec le projet social et politique et avec des initiatives d’action et des campagnes, des rencontres sur des propositions rassembleuses. Pour répondre à ces besoins, ce nouveau texte devra préciser les exigences de novation du Parti communiste. Il s’agit de mettre fin à la longue période d’hésitation, de faiblesse des propositions et en définitive de paralysie de la direction nationale. Il faut en finir avec le recul de l’ambition révolutionnaire au nom du rassemblement à gauche.
Il s’agit au contraire de pousser le débat à gauche pour aboutir à la construction d’une véritable alternative.Des propositions d’action sur les avancées concrètes immédiates pour améliorer la vie des gens et se défendre contre les conséquences de la crise financière doivent être articulées à l’exigence de transformation mettant en cause les règles du capitalisme. Pour la réappropriation sociale du crédit bancaire, exigeons un pôle financier public, mais aussi des fonds régionaux pour promouvoir un crédit sélectif avec des taux d’intérêt d’autant plus abaissés que sont programmés des emplois. Il s’agit aussi de ne pas déléguer à l’État, en avançant nos propositions sur une véritable démocratie participative et d’intervention, avec des pouvoirs des citoyens et des salariés dans les entreprises et les services publics, les localités, les régions jusqu’au national, à l’Europe et au mondial. Le rassemblement et les constructions politiques envisagés doivent articuler actions, propositions transformatrices et élections en organisant, à partir des luttes, le débat sur des contenus suffisamment avancés.
Réaffirmer la primauté du mouvement populaire ne peut se conjuguer avec la relance pour la énième fois de débats dits citoyens, visant à justifier le soutien à des accords de sommet sur la base du minimum acceptable par le PS et ceux qui veulent mieux réguler le capitalisme.

À partir de l’organisation de luttes, il faut chercher à fonder les accords sur des ruptures avec les règles du capitalisme devenu fou : une autre utilisation de l’argent, pour la sécurisation de l’emploi et de la formation et pour d’autres services publics, de nouveaux pouvoirs des salariés et des citoyens, une avancée de l’appropriation sociale des entreprises et des services. S’agissant des élections européennes, si une liste nationale ouverte à des Européens peut être avancée, elle ne peut en rabattre sur le contenu. Au contraire, la crise financière fait monter la crédibilité de propositions très hardies. Cela concerne une autre orientation de la Banque centrale européenne, pour un autre crédit bancaire pour l’emploi et le rapprochement avec les pays émergents, contre l’hégémonie du dollar, pour une autre construction mondiale de codéveloppement des peuples.
Tous les enjeux sociétaux, notamment les enjeux écologiques, ne peuvent être traités seulement en parlant de développement durable sans exigence anticapitaliste. Les défis des pollutions et des menaces sur le climat ne peuvent être relevés sans remettre en cause la domination de la rentabilité financière sur les entreprises, leur responsabilité sociale avec de nouveaux pouvoirs, l’expansion et la création de services publics. Quant à la transformation du PCF, il faut affirmer qu’il doit « se transformer sans se dénaturer », en précisant comment. Cela exige une avancée de la démocratie dans le parti. Sa direction effective doit être assurée par des organismes réguliers élus, rendant des comptes, avec la transparence des débats et le respect des décisions, à l’opposé de petits groupes sans contrôle.
La direction nationale doit être élue à partir des candidatures présentées par les fédérations, les sections et aussi individuelles, à l’opposé d’une direction choisie par les sortants. Le Conseil national doit jouer effectivement un rôle dirigeant pour la prise de décision en relation avec un exécutif et un(e) secrétaire national(e) s’engageant à promouvoir l’apport original du Parti communiste, à travailler collectivement en cohérence avec les choix des communistes au congrès et par des consultations périodiques. Une rencontre nationale annuelle des délégués des sections permettrait de responsabiliser cette direction nationale vis-à-vis des communistes qui pourraient exiger des améliorations et des corrections de l’activité des dirigeants.
Des efforts considérables de formation à partir des avancées marxistes récentes doivent répondre à l’attente des communistes et permettre d’aborder les défis de l’époque historique qui s’ouvre avec la crise du système. De grandes campagnes de riposte et de contrepropositions doivent être lancées par le congrès pour de nouveaux rassemblements audacieux à gauche. Elles doivent articuler, à l’appui des luttes, des objectifs sociaux audacieux (sur les salaires, l’emploi, les services publics) à l’avancée d’un autre crédit bancaire autour d’un pôle public, d’une autre utilisation des fonds publics, de nouveaux pouvoirs des travailleurs et des citoyens.