Tu ne détailles pas ta santé défaillante, ni ton parcours de salarié, de militant, de résistant.
Tu n’évoques ni la prison de Clairvaux, ni le camp de Châteaubriant où tu as été « le parrain » de Guy Môquet, qui te cite, quelques heures avant sa mort, en octobre 1941, dans sa dernière lettre à « sa petite maman chérie » et dans son message à « son amour de jeunesse », Odette Nilès, votre co-détenue, désormais présidente de l’amicale de Châteaubriant, que je remercie vivement d’être là parmi nous.
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Odette Nilès, Guy Schmaus et Annie Mendez
Non, ce qui t’intéresse en ce début d’année 1971, ce sont les suites aux belles conquêtes sociales et politiques de 1968. Et pourtant, Clichy retient surtout de toi, son maire de 1945 à 1947, celui qui eût, avec sa jeune équipe, à faire revivre notre cité meurtrie par l’occupation nazie.
Son maire efficace et affable, branché sur le programme unitaire du Conseil National de la Résistance qui donna naissance à la sécurité sociale, aux nationalisations de l’énergie, des transports parisiens, des banques, des grandes usines des patrons collabos, au renouveau économique et démocratique.
Pour moi, qui te côtoya les 13 dernières années de ta vie, je revois l’homme, salué au fil des rues par les clichois, et je garde en mémoire, ce dimanche d’avril 1971 quand nous nous retrouvâmes nombreux pour fêter le 50ème anniversaire de ton adhésion au parti communiste français.
Tu eus, encore ce jour-là, deux mois avant de nous quitter, la force de nous remercier et de réaffirmer tes espoirs en une société plus juste parce que débarrassée du système capitaliste.
Depuis, nous avons pris le temps, nous communistes, de nous défaire des terribles et misérables contrefaçons bureaucratiques des pays « dits » socialistes. Toi qui rêvais d’une Europe et d ‘un monde de Paix, de liberté et de coopération, tu t’insurgerais, avec nous, contre la dictature des marchés financiers, qui nourrissent d’abjectes corruptions.
Ils prétendent par l’arnaque de la « dette publique », pourtant consignée depuis 19 ans dans le traité de Maastricht, imposer encore plus d’austérité aux peuples, afin de gonfler encore plus, leurs insolents magots !
Oui, il faut davantage d’argent, pour l’emploi, les salaires, les formations, les équipements ….., mais pas pour les rapaces de la finance. Aussi, tu chercherais avec nous, le chemin du rassemblement vers une autre société, celle de l’émancipation humaine digne du 21ème siècle. Avec nous, tu suivrais l’éclosion du printemps arabe, les premiers changements en Amérique latine, les ripostes pacifiques « des indignés » de Grèce, d’Espagne, d’Angleterre, d’Italie, de Pologne, d’Israël…
Avec nous, tu t’intéresserais au rejet de l’austérité et à la construction politique en France de défis démocratiques. Et, tu serais particulièrement sensible à l’union des clichois, jeunes et adultes, pour défendre et développer leur hôpital, leur métro, leurs écoles, leurs toits et faire valoir leur droit à une vie plus heureuse.
Cher Jean, permets-moi d’associer à notre émouvante manifestation celles et ceux qui t’ont aidé dans ton action et que j’ai eu le plaisir de connaître et d’aimer…..Adèle, Alexis, Amand, Cécile, Germaine, Jean, Marcel, Marc, Marie, Marthe, Micheline, Roger, Rose et bien d’autres…..
Devant cette pierre à ton nom je ne peux taire le souvenir d’Adèle, ton épouse, qui, après t’avoir assisté et soigné jusqu’au bout, te remplaça dans l’action à nos côtés. Avant de s’éteindre, en 1981, elle nomma sur son testament, quelques uns d’entre nous à qui étaient destinés les meubles de son logis. C’est ainsi que j’ai, chez nous, une commode en chêne. Beau gage d’amitié et de générosité !
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François Delalleau et Zora déposant la gerbe du PCF

Aujourd’hui, nous vivons une autre époque, avec ses ombres et ses lumières, mais nous perdrions notre âme en nous privant des valeurs que nous ont léguées nos anciens.
C’est pourquoi, je vous remercie, Monsieur le Maire, d’avoir bien voulu présider ce quarantième anniversaire de la disparition de Jean Mercier, non pas seulement pour nous souvenir mais pour, tout autant jeter un regard sur nos lendemains qu’a si bien éclairés, Paul Eluard sur « ses routes de la poésie ».
« Le passé est un œuf cassé, l’avenir est un œuf couvé. Le présent c’est mon cœur. Le rythme de mon cœur est éternel. »
GUY SCHMAUS