1. SORTIR DE L'EURO ENTRAINERAIT DES EFFETS NÉGATIFS

A) Des prélèvements accrus sur les richesses nationales par le commerce extérieur

1°) Le retour au Franc et sa dévaluation entraineraient une augmentation du prix de nos importations et des prélèvements opérés, à ce titre, sur les richesses produites en France par nos principaux fournisseurs.
Cela concernerait:
- Par produits: l'automobile et de nombreux biens de consommation, certains biens d'équipement, de très nombreux biens intermédiaires et, surtout, l'énergie;
- Par pays (dans l'ordre): La Chine, l'Allemagne, la Belgique, les États-Unis, la Russie, l'Irlande, la Norvège, le Japon, l'Italie et les Pays-Bas. En 2009, les échanges de la France avec ces pays dégageaient un déficit total de 70.9 milliards d'euros.
Par contre, tout laisse penser que, même si la zone euro résistait malgré la sortie de la France, ce qui paraît peu probable, les prix des exportations françaises seraient cependant maintenus à un niveau relativement bas, du fait de l'extrême concurrence internationale sur les marchés européens et mondiaux.
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Cependant, de gros exportateurs réaliseraient des profits supplémentaires qui serviraient immédiatement, non à investir en France pour y développer l'emploi, la formation, les salaires, la production nationale, mais pour placer, spéculer, payer des dividendes aux actionnaires et des intérêts eux créanciers.

2°) Dans un premier temps, le déficit commercial de la France s'aggraverait, les importations restant au même niveau, alors que leur prix s'élèverait.
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Les partisans d'un retour au franc prétendent que, six mois après environ, le solde de la balance commerciale s'améliorerait car les exportations augmenteraient en volume, tandis que les importations évolueraient en sens inverse.
Cette hypothèse traditionnelle, dite de « la courbe en J », méconnait fondamentalement, au delà des effets conjoncturels plus ou moins contradictoires, les revers structurels des dévaluations dites compétitives dans un monde capitaliste de plus en plus travaillé par les défis des révolutions informationnelles et monétaires.
En effet, dans les années 1980, le franc a été dévalué quatre fois consécutivement . Cela a entrainé, de façon fugitive, une succession de « courbes en J », sans redressement structurel de nos échanges, au contraire, et au prix d' une dégradation croissante de la situation sociale des travailleurs en France avec:
- Une forte augmentation du taux de pénétration de notre marché intérieur par les produits importés. En 1981, le déficit du commerce extérieur de marchandises est de 50,60 milliards de francs. En 1987, il atteint 55,5 milliards de francs et passe, en 1990, à 70,3 milliards de francs.
- Une sensible augmentation des sorties de capitaux: Le solde des investissements directs est passé de -1,60 milliards de francs en 1983 à -17,19 milliards de francs en 1985, puis -24,54 milliards de francs en 1987 et -97,38 milliards de francs en 1990.
- Une augmentation violente du chômage: La France compte 1.542.250 chômeurs en moyenne en 1981. En 1987, elle en compte 2.267.000 en moyenne.
- La chute de prés de 10 points de la part des salaires et traitements dans la valeur ajoutée nationale dans les années 1980.
3°) Les termes de l'échange de la France (rapport entre prix des exportations et prix des importations) se dégraderaient encore plus:
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(Source: Perspective Monde- Base 100=2000)
B) Une dette plus lourde de la France à l'égard des créanciers domiciliés à l'étranger :

Fin 2009, la dette négociable de l'État français (1148 milliards d'euros) était détenue à 67,9% par des non-résidents.
De même, la dette de la protection sociale gérée par la CADES, était détenue à 66,8% par des agents ne résidant pas en France, dont 40,7% domiciliés en Europe.
Le retour au Franc et sa dévaluation entraineraient une augmentation de la valeur relative de ces dettes et des exigences de rémunération plus importantes de la part des détenteurs étrangers de titres de dette publique française.
La notation des titres de dette publique de la France serait nettement dégradée par rapport à celle des titres de dette publique de l'Allemagne, notre principal créancier, qui, pour les marchés financiers, constitue l'étalon en Europe.
Du même coup, la charge d'intérêts pesant sur cette dette augmenterait, alors que, pour l'heure, le seul service de la dette de l'État prélève chaque année plus de 45 milliards d'euros sur les richesses nationales, soit le second poste du budget annuel de l'État.
Mais il n'y a pas que les institutions publiques qui empruntent auprès d'étrangers, c'est le cas aussi d'entreprises, de banques, de ménages.
Fin 2009, la position extérieure nette de la France, qui donne une indication de l'endettement à l'étranger de l'ensemble des agents résidant en France, était débitrice de 208 milliards d'euros, soit 11% du PIB. Le retour au Franc en augmenterait mécaniquement la charge.
C) Perte de compétitivité et de maitrise nationale, fuite des capitaux:
L'augmentation du taux d'intérêt moyen sur les dettes françaises vis à vis de l'extérieur entrainerait une augmentation des coûts supportés par le pays et ses acteurs, notamment ses entreprises.
Il s'ensuivrait donc de nouvelles pertes de compétitivité de la France, particulièrement vis à vis de l'Allemagne qui est la première source de nos déficits vis à vis des pays européens et notre premier créancier, au contraire du prétendu rééquilibrage de nos échanges visé par la sortie de l'euro et la dévaluation du franc.
Au reste, cette perte de compétitivité perturberait les relations entretenues par les maisons mères de groupe français domiciliés en France et leurs filiales ou fournisseurs de l'étranger, avec le risque, via les prix de cession, d'un transfert de richesse supplémentaire hors de notre site national.
Simultanément, le retour au franc et sa dévaluation rendraient beaucoup plus tentante et facile la prise de contrôle d'entreprises françaises par des entreprises étrangères, d'Allemagne notamment qui, ce faisant, convertiraient à bon compte les créances accumulées sur la France en prises de participation.
Pour autant, rien ne dit que ces entrées de capitaux au titre des « investissements directs » n'arriveraient à rééquilibrer ce poste de la balance des paiements de la France, de nombreuses entreprises françaises continuant de chercher ou se résignant à délocaliser, en liaison avec la détérioration de la situation interne.
En même temps, l'essentiel des flux d'entrées de capitaux en France au titre des « investissements de portefeuille » est du à des achats de titres de dette publique par des non résidents. Très volatiles, ces capitaux risquent d'exiger une prime supplémentaire pour ne pas se délocaliser au risque de susciter des spéculations contre le franc.
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Bien sûr, un contrôle drastique des changes permettrait de limiter ces mouvements (ce qui exige de reconstituer une administration qui a été démantelée depuis plusieurs années) avec, par contre, le risque de rétorsions des pays partenaires, dans le cadre de l'OMC ou unilatéralement, et le développement des pratiques frauduleuses et douteuses pour le contourner, notamment entre maisons-mères et filiales.
Et cela sans compter l'acharnement des spéculateurs internationaux contre le Franc.
D) Un motif de guerre économique accrue entre Européens:
La sortie de la France de l'euro entrainerait en fait la disparition de ce système. Certes, la dévaluation du franc pourrait entrainer, avec retard, une certaine reprise des exportations de la France, mais cela engendrerait immédiatement la riposte des concurrents, particulièrement ceux d'Europe du sud, eux-mêmes si dominés par l'Allemagne et si étranglés par la dette, en Europe comme sur les marchés tiers.
S'ouvrirait alors un processus de désintégration de la zone euro, de recours aux dévaluations compétitives et au protectionnisme entre européens, sous l'œil intéressé des États-Unis.

II. ON SE PRIVERAIT D'IMPORTANTS POTENTIELS POSITIFS

A) Une création monétaire commune plus forte que la création monétaire nationale
Le PCF, contre l'adhésion au traité de Maastricht, avait critiqué la monnaie unique et sa commission économique avait proposé une monnaie commune, alors envisageable. Ce qui se passe aujourd'hui confirme la justesse de ces positions.
Mais ceux qui proposent aujourd'hui la sortie de l’euro, en agitant, avec le retour au franc, la perspective illusoire de la création, en plein affrontement économique et monétaire entre européens (dévaluations compétitives et limitation des échanges), d'une prétendue « monnaie commune », ne voient pas que les possibilités très étendues de création monétaire avec l'euro peuvent être utilisées pour faire prédominer le développement social.
En effet, à partir des montants de monnaie créés par la Banque centrale et dont il dispose, un système bancaire crée, lui-même, de la monnaie. C'est là la plus grande force des économies contemporaines.
Mais cette création n'est pas sans limite. Un système bancaire national s'y heurte d'autant plus que le pays auquel il appartient est petit et faiblement productif. Un pays seul dispose, en réalité, d'un potentiel de création monétaire bien limité aujourd'hui du fait de l'ampleur des interdépendances à l'international.
C'est surtout le cas face à un pays-continent et hyper développé comme les États-unis qui, eux, disposent du privilège unique de s'endetter auprès du reste du monde en dollar, leur monnaie nationale parce que cela est, pour l'heure, accepté par le monde entier.
Par contre, la création monétaire en commun, avec l'euro, offre une surface bien plus grande et des potentiels autrement plus importants, à la taille des défis de la mondialisation et des révolutions informationnelle, écologique et monétaire.
Tout dépend de l'utilisation que l'on fait de la force de l'euro.
? La France, comme chaque pays européen, a absolument besoin de création monétaire nouvelle pour pouvoir refinancer, comme le propose le PCF, un nouveau crédit pour les investissements matériels et de recherche des entreprises dont le taux d'intérêt serait d'autant plus abaissé que ces investissements programmeraient plus d'emplois, de formations et de progrès environnementaux.
De même, on mesure l'enjeu d'une création monétaire commune avec l'euro pour financer des émission de titres publics qui serviraient à procurer les moyens nécessaires à un puissant et durable effort d'expansion des services publics en France et en Europe.
La BCE a été contrainte, face à la crise des dettes publiques en Europe, de transgresser ses propres dogmes fondateurs en rachetant des titres de dette des États en difficulté (Grèce, Portugal...). Mais, obsédée par la lutte contre l'inflation, afin de garantir une rentabilité financière des capitaux suffisamment élevée en Europe et de maintenir un « euro fort », elle a limité ces achats et, toujours, tenter d'empêcher qu'ils ne se traduisent par une création monétaire additionnelle, contrairement à la FED (banque centrale des États-Unis) qui, elle, a décidé de faire fonctionner à plein la planche à billets du dollar pour soutenir la dépense publique.
Cette porte entrouverte prouve qu'il serait possible d'aller beaucoup plus loin:
? Le PCF propose de créer un Fonds social et solidaire de développement européen, à la place du Fonds de stabilité financière institué en mai 2010 par les dirigeants de l'euro. Des titres publics pour le développement social seraient rachetés directement par la BCE.
Cette création monétaire allouée via ce nouveau Fonds permettrait de répartir des masses volumineuse de financement, à taux d'intérêt nuls ou très bas, entre les pays membres de l'euro, en fonction de leurs besoins propres, expressément affectées au développement des services publics nationaux et de leur coopération européenne. Cela permettrait, non seulement de défendre, mais d'élever le modèle social européen.
Cette proposition est désormais reprise par le Parti de la gauche européenne (PGE).
? Ces deux grandes propositions marchent de pair avec celles que nous faisons de créer en France:
- Un Fonds public national pour l'emploi et la formation (FNEF) ouverts à l'intervention du Parlement, des salariés et de leurs organisations, des associations et des élus. Il recevrait en dotation les 30 milliards d'euros d' argent public, aujourd'hui dépensés en allègements de cotisations sociales patronales, pour diminuer jusqu'à zéro, voire en dessous, le taux d'intérêt du crédit pour les investissements matériels et de recherche des entreprises en fonction du nombre d'emplois et de formations correctement rémunérés que ces investissements programmeraient, contre les délocalisations;
- Des Fonds publics régionaux (FREF), dotés par les Conseils régionaux et pouvant être mis en place sans attendre un changement politique national, via un redéploiement des aides publiques aujourd'hui versées aux entreprises. Pouvant être saisis par les salariés, leurs organisations, les populations et leurs élus, ils fonctionneraient sur le même mode sélectif que le FNEF;
- Un pôle bancaire et financier public, autour de la Caisse des dépôts et incluant des banques re-nationalisées. Sa mission de service public serait de développer le nouveau mécanisme de crédit impulsé par le FNEF et les FREF et, ainsi, de changer toutes les relations banques/entreprises/Société.
- Une fiscalité dissuasive de la croissance financière, de la spéculation, des délocalisations et incitative au développement des investissements socialement les plus efficaces. - Des pouvoirs et des droits nouveaux d'intervention, de veto et de contre-proposition des salariés et de leurs organisations face aux choix patronaux d'investissements, d'emploi, de formation, de localisation et de coopération des entreprises.
B) La convergence des luttes sociales pour d'autres coopérations économiques en Europe
Il existe déjà de très nombreuses structures de coopération industrielles et de recherche en Europe. On pense, par exemple à EADS et Airbus ou à Ariane-espace...On pense aussi aux nombreux programmes communs de recherche (PCRD) sur les biotechnologies, les nanotechnologies, les nouveaux matériaux, la santé, les transports, l'environnement et le climat.
On pense encore aux projets communs sur l'éducation, entre les universités et laboratoires, entre les collectivités territoriales avec, notamment, les programmes de coopérations inter-régionales, sans parler de tous les réseaux, si denses désormais, inter-entreprises et interbancaires.
Toutes les opérations quotidiennes de ces structures se font en euros et leur financement dépend du système de l'euro. On ne saurait s'en couper et s'isoler, ce serait extrêmement régressif.
Au contraire, il faudrait développer des exigences de coopération visant un développement effectif des salariés et des populations beaucoup plus intense et équilibré, au lieu de la rentabilité financière et des dominations avec, pour cela, une autre utilisation de l'euro.
Et, pour avancer dans ce sens, on peut s'appuyer sur la convergence possible de toutes les luttes sociales nationales et sur des luttes communes européennes à développer.
Aujourd'hui, en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Irlande, mais aussi en Allemagne, en Italie et en France, comme ailleurs en Europe, des luttes se développent contre les politiques d'austérité, contre le chômage et les suppressions d'emploi, contre les délocalisations, pour des créations de postes, l'essor des qualifications avec la formation, le pouvoir d'achat des salaires, pensions, retraites, minima sociaux, la défense des retraites et de la Sécu, la promotion des services publics.
Ce n'est pas en se repliant sur l'espace national avec une visée de guerre économique faite de dévaluations et de recours au protectionnisme que l'on pourra développer et faire converger ses luttes pour un co-développement pacifique et non aligné des européens, contre la domination des capitaux financiers.
C) Ne pas fuir la bataille politique contre une mauvaise utilisation de l'euro
A l’occasion de la Journée de l’Europe, un sondage TNS-Sofres a révélé, le 9 mai dernier, que 67 % des Français veulent conserver la monnaie unique, alors que 30 % préféreraient revenir au franc. Ce qui ne signifie pas, pour autant, que les français se réjouissent de l'utilisation faite jusqu'ici de cette monnaie en dénonçant, notamment, l'inflation des prix à la consommation qui l'a accompagnée au détriment du pouvoir d'achat des couches populaires et des couches moyennes salariées.
Par ailleurs, quels sont les forces qui entendent aujourd'hui sortir de l'euro, si ce n'est le Front national et ce que l'on appelle les « souverainistes »?
Ni la droite, ni le PS n'envisagent une telle sortie, pas plus d'ailleurs que le PCF et ses partenaires du Front de gauche ou, encore, le NPA. Et cela, sans parler des syndicats de salariés et d'associations alter-mondialistes comme ATTAC.
Agiter cette perspective est alors, au mieux, illusoire. Au pire, elle risque de donner de la chaire à la démagogie populiste de l'extrême droite, comme en atteste l' instrumentalisation par M. Le Pen de travaux effectués par des économistes récusant et combattant le FN.
Au total, cela revient à refuser de mener la bataille à gauche pour bousculer le PS hors de son ancrage actuel, avec la droite, aux traités de Maastricht et Lisbonne, pour une autre utilisation de l'euro, une réorientation radicale de la politique monétaire et du contrôle de la BCE, la mise en cause des pacte de stabilité et de l'euro pour un pacte de progrès social et sociétal.
On ne saurait déserter ce combat fondamental pour la France , l'Europe et le monde au nom d'une fausse bataille qui ne mènerait nulle part.
III. UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE MAIS IL FAUT LE CONSTRUIRE
La France n'est pas toute seule. Et ce n'est pas toute seule qu'elle pourra mettre en cause la domination écrasante des États-Unis et du dollar, déployer des rapports de co-développement avec les pays émergents et en développement.
Il y a absolument besoin pour cela d'une construction européenne orienter vers ces buts.
Le monde est aujourd'hui dominé par le dollar, la monnaie nationale des États-Unis. Parce que celle-ci est aussi devenue, depuis 1971-1973, une monnaie mondiale de fait, les capitaux américains bénéficient d'un privilège « exorbitant » (De Gaulle): l'État américain, à leur service, peut s'endetter auprès du monde entier et émettre de nouveaux dollars pour rembourser.
Cela permet aux États-Unis d'attirer les ressources financières de la planète, notamment pour leurs immenses dépenses d'armement et de domination économique, commerciale et culturelle.
Toute l'humanité souffre de ce système devenu fou avec l'énorme inflation du dollar, la spéculation et les gâchis formidables qu'elle entraine, les risques aussi qu'il comporte pour la paix et l'intégrité de la planète.
Face à cette hégémonie exclusive du dollar sur le monde, prôner la sortie de l'euro revient, qu'on le veuille ou non, à accepter de conforter cette devise comme monnaie mondiale de domination. D'ailleurs M. Le Pen n'envisage jamais la mise en cause de l'hégémonie mondiale du « Billet vert ».
Quelle alternative alors?
Rester dans l'euro en se laissant enfermer dans une politique de rivalité et de collaboration avec les États-Unis, comme c'est le cas aujourd'hui avec l' « euro fort » au service de la domination des marchés financiers, c'est:
- Accepter le pacte pour l'euro qui entend dynamiter le modèle social européen, imposer des privatisations supplémentaires et de nouveaux reculs de souveraineté nationale et de démocratie;
- Accepter le « Mécanisme européen de stabilité financière » (MES) avec lequel on crucifie les peuples grec et portugais aujourd'hui, espagnol, et peut-être italien et français demain;
- Se résigner à une soumission de la France et de l'Europe du sud au diktat des capitaux allemands;
- Admettre l'épuisement de l'Europe dans l'attractivité financière face aux délocalisations et aux sorties de capitaux;
- Assumer une accentuation des divisions entre Européens dans une surenchère à la baisse du « cout du travail » et au dumping social et fiscal face à la pénétration des produits en provenance des pays à bas couts salariaux;
- Se résigner à l'incapacité de l'Europe de se tourner vers les demandes de coopération des populations des pays émergents et en développement;
- Préparer de futurs krach des bons du Trésor américain et du dollar ( de l'euro aussi) avec, à la clef, une guerre monétaire susceptible de plonger le monde entier dans une dépression profonde et durable.
L'alternative c'est de viser une autre utilisation de l'euro qui, en permettant de développer toutes les capacités humaines européennes, favorise aussi l'émancipation du monde entier de la domination du dollar et des marchés financiers en coopération avec les pays émergents et en développement, vers une nouvelle civilisation de partages qui soit celle de toute l'humanité.
C'est jouable!
En avril 2009, à l'occasion du G-20 de Londres, en pleine récession mondiale, la Chine a déclaré vouloir en finir avec les monopoles du dollar. Ils ont repris à leur compte l'idée de construire un nouvel instrument de réserve international à partir des Droits de tirages spéciaux (DTS), la monnaie du FMI dont les États-Unis ont toujours voulu contenir l'essor parce qu'y voyant un rival pour le dollar.
Obama et les dirigeants américains ont été obligés, dans la foulée, d'accepter une nouvelle émission de DTS, à hauteur de 250 milliards de dollars qui, pour une part, certes très insuffisante, a bénéficié à des pays en développement.
En Amérique Latine, des efforts considérables sont tentés pour s'émanciper de la dictature du dollar.
Ça a été le cas avec la création de la « Banque du sud », contre le FMI. Ça a été aussi le cas avec la création de l'ALBA et le lancement d'un nouvel instrument monétaire, le SUCRE, conçu pour tenter de dégager les échanges intra-Latino-Américains du monopole du dollar. Mais ces tentatives demeurent embryonnaires et contradictoires.
Elles appellent une coopération, des européens notamment.
Aux portes de l'Europe, les « Printemps arabes » font saillir les immenses responsabilités de l'Union européenne pour une construction de coopération qui permette une pleine réussite de ces tentatives de révolution.
Nous ne pouvons pas déserter ces batailles en rêvant d'un repli national illusoire et dangereux.
Le PCF propose:
1- La construction d'une monnaie commune mondiale de coopération, se substituant au dollar, à partir des DTS du FMI, moyennant une réforme radicale de cette institution, ainsi que de la Banque mondiale, de l'OMC.... Une nouvelle conférence monétaire internationale pourrait la constituer comme la conférence de Bretton-Woods, en 1944, a créé le système monétaire international d'après-guerre.
2- L'engagement de l'Europe dans la promotion de biens communs publics mondiaux, à partir de la défense de son modèle social et écologique avec l'expansion des services publics.
3- L'avancée vers une de coopération euro-méditerranéenne de progrès social et de co-développement avec le lancement d'un nouveau plan de type Marshall, sans domination, en direction des pays du Maghreb, du Machrek, d'Afrique noire et du Moyen-orient arabe.
La BCE ferait des dons en euros aux banques centrales de ces pays, et à leurs unions régionales, pour qu'ils puissent développer, chez eux, un nouveau crédit favorable au progrès de l'emploi, de la formation, des revenus, d'investissements efficaces et de débouchés réciproques, des deux côtés de la Méditerranée.
4- L'institution de protections communes pour des normes sociales et environnementales communes aux européens, face à la pression des capitaux et des productions à bas couts sur les marchés mondialisés avec, par exemple:

  • Des prélèvements concertés sur les réimportations en Europe de productions délocalisées dont les recettes seraient allouées à un Fonds pour le co-développement,
  • Une modulation incitative, anti-délocalisation, des taux d'intérêt des crédits__ aux entreprises.

Mais ces protections doivent être toujours assorties de propositions très fortes de coopération pour un co-développement avec les pays émergents et en développement, de façon à ce qu'ils puissent se porter, eux-mêmes, à la hauteur des normes communes aux européens.acerbé dont les travailleurs feraient les frais.