La France est déjà, hélas, dans le peloton de tête pour ce qui concerne ?le chômage des moins de vingt-cinq ans, et sa structure d’emplois se dégrade à vitesse accélérée?: 60% des nouvelles embauches sont réalisées sous statut précaire?!

Mme Lagarde peut toujours répéter que «tout va très bien, Madame la Marquise», le schéma qui se dessine est celui de seniors plus longtemps réduits aux allocations et donc à l’insécurité sociale, jusqu’au crépuscule ?de leur vie, pour ceux ?qui ont dû l’user dans ?des travaux pénibles.
Quant aux jeunes, ?leur entrée dans la vie n’est envisagée que dans l’incertitude du lendemain. S’ils ne quittent la maison ?de papa-maman ?qu’à vingt-neuf ans ?en moyenne, ce n’est pas du fait du confortable sans-gêne du personnage du film Tanguy.
?C’est que, pour la plupart ?de ces jeunes, les salaires des mois suivants sont hypothétiques et qu’ils savent que des plages blanches les menacent, même pour ceux qui sortent très diplômés des universités. Le cortège des impossibilités de se loger, de se nourrir ?ou de se cultiver s’allonge alors.

Marx voyait dans les chômeurs «l’armée ?de réserve» que le capital se réservait pour faire pression sur les salaires et les revendications ouvrières.
Désormais, les oligarques qui nous gouvernent veulent étendre à l’ensemble du salariat, ou presque, ?une précarisation qui le rend plus faible face à leurs exigences. Du chômage à la contre-réforme des retraites, un tableau cohérent se dessine.
Les jeunes eux-mêmes semblent en distinguer les contours, ainsi qu’on l’a vu ?le 23 septembre lors de manifestations auxquelles se sont joints en plus grand nombre étudiants et lycéens. ?
La brutalité de la régression sarkozyenne peut provoquer une prise de conscience citoyenne dont s’inquiètent désormais à mots de moins en moins couverts certains des hauts dirigeants de l’économie et de plus en plus ?de leaders de la droite. Comme l’écrivait Jean Jaurès, ?«ils ont laissé pourtant, à travers l’habituel carillon ?de flatteries intéressées, gémir quelques cloches d’alarme».

«Génération sacrifiée», la jeunesse subit ?de plein fouet toutes les tares de cette société, toutes les «ruptures» que l’UMP veut infliger ?au salariat. C’est dire combien il importe que syndicalistes et progressistes aient une attention aiguë pour sa situation.

Patrick Apel-Muller (source l'Humanité)