Il est vrai que le défunt bouclier fiscal avantageait M. Depardieu et Mme Bettencourt contre le paysan qui gagne à peine le SMIC, la femme retraitée qui n’a que 700 euros par mois ou le smicard, qui eux paient à jets continus, c’est-à-dire chaque fois qu’ils font leurs courses ou leur plein d’essence, les impôts les plus injustes qui soient, la TVA et la taxe sur les carburants.
Les débats enflammés de ces derniers jours permettent de cacher ces enjeux fondamentaux. Ceux de la justice fiscale et la nécessité d’une profonde réforme pour y parvenir.
Tenter de se soustraire, d’échapper à l’impôt comme le font les plus fortunés, c’est faire le choix du chacun pour soi contre la communauté des êtres humains, faisant société ensemble.
Les portes de la jungle s’ouvrent avec un Etat affaibli parce que privé d’écoles, de laboratoires de recherche, d’hôpitaux, de moyens de transports ou encore de communes rurales en bonne santé au service de toutes et de tous. Le pays devient dès lors, comme la Grèce, une proie facile pour les rapaces de la finance et les institutions européennes.
Nul ne conteste le droit de s’enrichir, mais il y a des richesses accumulées qui n’ont été possibles que grâce à la collectivité. Parmi les films dans lesquels Gérard Depardieu a brillé, nombre d’entre eux n’ont pu être réalisés que grâce à un système d’aide à la production cinématographique, soutenu par la puissance publique, que beaucoup de pays nous envient. Ce système n’existe que parce que nos concitoyens paient l’impôt et la TVA et parmi eux, ceux qui chaque mois calculent à 10 euros près.
De ce débat pourraient, devraient pourtant jaillir deux axes de réformes fondamentales. D’abord pour progresser vers la justice fiscale qui voudrait que chacune et chacun contribue en fonction de ses possibilités, avec un système d’impôt sur le revenu progressif, comportant de nouvelles tranches, notamment entre les 45% et les 75% de prélèvements.
Rappelons qu’en Belgique, l’impôt sur le revenu est plus élevé qu’en France. En même temps, l’impôt sur la fortune doit être renforcé. La fiscalité locale doit aussi être transformée pour tenir compte des revenus réels et les impôts indirects abaissés.
Quant à l’impôt sur le capital, il doit être incitatif pour la création d’emplois et l’investissement productif, et dissuasif pour toutes les formes de spéculation financière. L’autre volet concerne la nécessité d’une harmonisation de la fiscalité européenne selon des principes de justice.
Ce sont les différences d’imposition au sein d’une même zone ayant la même monnaie qui favorisent cette concurrence fiscale entre Etats et entre richissimes citoyens.
Les plus modestes, eux, n’ont pas les moyens de changer de pays. Dans un premier temps, comme aux Etats-Unis, chaque citoyen qui s’expatrie paierait l’impôt dans son pays d’origine.
Au lieu de choyer les banques, les oligarchies et les marchés financiers, l’Union européenne devrait placer au cœur de son action des logiques citoyennes et solidaires. Il n’y aura pas d’Europe commune sans solidarité sociale et vie démocratique qui implique les populations du continent dans les décisions qui les concernent.
L’harmonisation fiscale en est une. Qu’Obélix, à son corps défendant, ait contribué à en faire grandir l’exigence constituerait un juste retour des choses.