En tant que syndicaliste, quelles appréciations portez-vous sur ces textes ?

Éric Roulot. Je veux saluer cette initiative des députés communistes et du Parti de gauche. Ces deux projets de loi et ce projet de résolution répondent totalement à la plate-forme revendicative interconfédérale sur laquelle se mobilisent les salariés depuis plusieurs mois. Ces textes contribuent à ouvrir une perspective politique de changement pour les salariés qui se heurtent à la surdité du gouvernement. Ils donnent à voir ce que pourrait être une politique alternative si la gauche était majoritaire avec plus de députés du PCF et du Parti de gauche.
Cette initiative crée ainsi un lien nouveau entre mouvement social et politique. Les propositions comme l’interdiction des licenciements boursiers, l’octroi de droits nouveaux aux salariés et à leurs organisations syndicales ou l’abrogation du bouclier fiscal pour accroître les recettes de l’État et développer les services publics constituent de véritables mesures anticrise. À l’opposé de la politique poursuivie actuellement par le gouvernement, radicalement nouvelles, elles sont de nature à relancer la croissance tout en satisfaisant les revendications des salariés.

Parmi ces propositions, lesquelles retiennent le plus votre attention ?

Éric Roulot. En tant que syndicaliste de l’énergie, je suis particulièrement sensible à l’interdiction des licenciements pour les entreprises qui font des bénéfices. Je pense même qu’il faudrait élargir cette disposition aux suppressions d’emplois. En 2008, à elles deux, EDF et GDF Suez ont réalisé 10 milliards d’euros de bénéfices.
Et pourtant, ces deux entreprises veulent, cette année encore, supprimer des milliers d’emplois. Il faut mettre fin à ce scandale ! Je soutiens également particulièrement le projet de résolution qui vise à retirer les services sociaux de la directive de libéralisation des services. Ce projet rejoint la demande des syndicats européens que chaque pays puisse organiser comme bon lui semble des secteurs comme l’énergie.
Enfin, je serai attentif au vote du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. C’est bien d’être aux côtés des salariés dans la rue mais il faut l’être aussi dans les Assemblées. De ce point de vue, on ne peut que regretter qu’il y a quelques semaines, les députés du PSE au Parlement européen ont voté encore fois avec la droite une nouvelle directive de libéralisation du secteur de l’énergie.

Vous êtes candidat aux européennes sur la liste du Front de gauche en Île de France. Est-il souhaitable de porter ce débat au niveau européen ?

Éric Roulot. Tout à fait. La tête de liste du Front de gauche en Île-de-France, Patrick Le Hyaric, s’est d’ailleurs engagée à ce que le groupe GUE au Parlement européen demande l’examen, dès cet été, de ces propositions au cours d’une session extraordinaire. 100 millions d’Européens vivent dans la pauvreté, le chômage et la précarité. Le taux de chômage en Europe va passer la barre des 10 %. Il est urgent d’agir

Pourquoi voter pour la liste présentée par le front de gauche ?

Éric Roulot . Pour infliger un carton rouge à Sarkozy et à sa politique qui ne génère que crise et chômage. Pour exprimer notre exigence d’unité politique à gauche afin de favoriser l’élargissement de ce front aux forces qui, pour les Européennes du 7 juin, ont décidé de faire bande à part. Pour envoyer au parlement Européen des députés qui ont le courage politique de remettre en cause l’ordre libéral établi, qui ne se contentent pas de rester dans une posture radicale de contestation.
Entre le PS qui s’accommode du capitalisme et le NPA qui ne fait que le contester, le PCF a décidé de s’allier dans un front de gauche avec le PG et la Gauche Unitaire (Unitaires du NPA) et avec tous les citoyens qui souhaitent faire émerger une autre Europe, post capitaliste.

Dans quel contexte le scrutin va-t-il avoir lieu ?

Éric Roulot. Face à la crise du système capitaliste et à l’obstination de la droite et des grands patrons à poursuivre leur politique de régression sociale, la mobilisation grandit et l’exigence de changer de politique émerge dans le débat public. (...) On ressent tous et toutes de la colère devant des dizaines d’années de libéralisme. La détermination à imposer d’autres logiques que celles de la concurrence et du tout marchand en France et en Europe, progresse

Mais l’unité dans la rue doit se concrétiser par l’unité dans les urnes.Comment faire pour aboutir à cela ?

Éric Roulot. Prenons conscience que l’Europe libérale n’est pas invincible et que le parlement a des pouvoirs importants ! Que serait-il advenu, par exemple, de la directive Bolkenstein ou de celle autorisant l’allongement du temps de travail à 65 h si Francis Wurtz ne l’avait pas révélée au grand jour à la France. Plus près de nous, à EDF Porcheville l’action syndicale et l’intervention politique nous ont permis d’imposer le rétablissement dans leurs droits des travailleurs polonais que le patronat entendait exploiter en les payant 400 € par mois.
(...). En changeant de majorité politique en Europe, en donnant de la force aux candidats du front de gauche, nous pouvons bousculer bien des choses. Comme en 2005 nous pouvons gagner pour changer d’Europe. Engagez vous, c’est de votre avenir et de celui de vos enfants dont il s'agit!.

Sources entretien réalisé par Pierre-Henri Lab pour l'Humanité et site Front de Gauche mantois : http://www.frontdegauche-mantois.eu/