vendredi 29 octobre 2010, 10:51
Intelligence, par Maurice Ulrich

Malgré la période des vacances, deux millions de personnes ont défilé dans la rue hier pour dire non à la réforme des retraites. Avec le soutien de deux français sur trois Du jamais vu en période de congé ! Voici l'analyse de Maurice Ulrich de l'Humanité.
Nicolas Sarkozy peut-il recevoir sa bonne note de la part des agences de notation?? En d’autres termes, les marchés financiers peuvent-ils aujourd’hui s’estimer satisfaits jugeant désormais gagnée la réforme des retraites qu’ils attendaient??
Car c’est bien cela qui se joue dans cette bataille sans précédent depuis des années, voire des décennies. Oh, bien sûr, on ne sera pas étonné de ce qu’on va lire et entendre ce matin dans nombre de médias. ?
De fait, la mobilisation hier était inférieure à ce qu’elle fut lors des manifestations précédentes. En divers endroits les grévistes ont repris. On peut spéculer sur leur lassitude mais, la réalité, ce sont aussi les factures à payer à la fin ?du mois.
Les grèves coûtent cher et d’abord à ceux qui ?les font. D’autres, comme les éboueurs à Marseille, ont aussi pris en compte les risques sanitaires et les sentiments de leurs concitoyens. Mais quand a-t-on vu, pendant ?les vacances et après un vote du Parlement censé en finir avec une loi, une mobilisation qui reste à ce niveau??
Est-ce fini?? Non, évidemment non. D’une ?part, parce que la prochaine journée d’action, ?le 6?novembre, peut susciter une nouvelle vague populaire.
Ensuite, parce que les Français, ?à 66?% toujours, continuent de soutenir ?les actions décidées par les syndicats.
C’est 5 points de moins que la semaine dernière, c’est vrai, mais c’est considérable, ?et particulièrement quand le thème de l’essoufflement est répété à l’envi depuis ?une semaine environ.
Chacun sait toujours qu’il s’agit d’une bataille majeure et particulièrement âpre, même dans les enthousiasmes et les côtés joyeux des manifs. Non seulement parce que la retraite est un enjeu de civilisation, mais parce que c’est un affrontement direct avec ?le capital.
À la question de savoir si la France prend ?la voie du progrès social ou celle de la régression, ?si le futur doit être plus sombre et plus dur, s’ajoute celle qui est posée depuis des mois maintenant et qui l’a été ?dès 2009, avec les puissantes manifestations qui ont ?eu lieu face à la crise. Est-ce le capital qui doit conduire les peuples??
La réponse des Français, qui rappelle à certains égards celle qu’ils ont opposée à l’Europe de la libre concurrence, c’est non, et la crise financière lui a donné plus de profondeur encore.
Le Fouquet’s, les épisodes Woerth-Bettencourt, les parachutes dorés et les retraites somptuaires, les bonus des traders ont choqué l’opinion, mais il y a plus. Les rois de Wall Street et du CAC 40 sont nus désormais.
Aucun d’entre eux ne peut prétendre aujourd’hui qu’il agit pour le bien public. Et ce qui se dit dans la rue et dans les manifs, dans les conversations, c’est que Nicolas Sarkozy est nu lui aussi et qu’il est leur ami et leur serviteur.
Les syndicats restent unis. La CFDT a dénoncé vivement l’instrumentalisation «?inacceptable?» ?de ses propositions sur l’emploi des jeunes et des seniors que le gouvernement présente comme le signe qu’elle serait prête à passer à autre chose. L’intersyndicale doit se retrouver le 4?novembre et ses différents membres évoquent de nouvelles formes d’action.
L’autocollant ?«?Je lutte des classes?» continue à faire un tabac dans ?les manifs, car il exprime l’engagement intime de chacun, avec son intelligence et son cœur, dans cette grande bataille de notre temps. Nicolas Sarkozy, comme ?les marchés financiers, n’a toujours pas gagné.
Chacun sait toujours qu’il s’agit d’une bataille majeure ?et particulièrement âpre, même dans les enthousiasmes et les côtés joyeux des manifs.
Maurice Ulrich



























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