Le double langage, ça suffit?!
Le 16?novembre dernier, le Parlement européen, réuni en séance plénière, était consulté sur la «?refonte du premier paquet ferroviaire?» (ensemble de directives et de textes…). Malgré les diverses mobilisations des cheminots, avec ETF (Fédération européenne de syndicats des transports), il s’est trouvé une majorité de députés pour pousser plus loin les feux de la libéralisation du rail.
Seul le groupe GUE-NGL (Gauche unitaire européenne…), dont les députés PCF-PG français, a voté contre. Les députés français de droite et du Parti socialiste ont voté pour, les députés Verts se sont abstenus. Le résultat de ce vote suscite, et pour cause, incompréhension, déception et colère chez les cheminots et leurs représentants syndicaux.
Le Parlement européen accentue donc son choix dogmatique en matière de modèle de développement par le renforcement de la concurrence, le démantèlement des entreprises historiques de chemin de fer, en offrant aux opérateurs privés la possibilité de venir faire du business, du fric, sur le réseau ferré national au détriment de l’intérêt général.
Certains, pour tenter d’expliquer leur vote, parlent d’un compromis mais de quoi parlent-ils lorsque l’on mandate la Commission européenne pour qu’elle prépare pour 2012 un texte législatif sur la libéralisation totale du trafic national de voyageurs et la séparation (désimbrication…) complète de la gestion de l’infrastructure de celle de l’exploitation?? N’aurait-on tiré aucune leçon de ce qui s’est passé en Angleterre avec la privatisation de British Rail et ses conséquences dramatiques??
Comment peut-on en France s’opposer à l’ouverture à la concurrence des TER, comme le font, avec d’autres élus, et c’est tout à leur honneur, des responsables socialistes au travers d’instances comme l’ARF, le Gart et, dans le même temps, voter avec la droite réactionnaire au Parlement européen pour plus de libéralisation, conduisant à terme à des privatisations??
Il n’est pas surprenant qu’avec de tels positionnements le monde du travail se méfie du politique en s’abstenant majoritairement lors des consultations électorales. Quand on est de gauche, attaché au service public et à son développement, conscient des dégâts qu’ont déjà causés les politiques de libéralisation-privatisation (exemple?: casse de Fret SNCF), on vote contre et on se bat pour construire un autre avenir?!
Le vote intervenu au Parlement européen est d’autant plus dangereux qu’il va renforcer en France les velléités des «?pilotes?», à forte tendance libérale, des commissions de travail des assises du ferroviaire initiées par le gouvernement depuis mi-septembre 2011. Ce n’est pas le débat public attendu, la pertinence de l’ouverture à la concurrence n’est jamais posée et l’enjeu du service public n’est pas abordé.
Les conclusions semblent écrites d’avance, la concurrence est présentée comme inévitable tout comme la casse du statut des cheminots, qui est «?clairement un sujet de discussion?» comme l’a déclaré à la presse la ministre ?de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, confiant en ce sens une mission au Conseil d’État?!
À ce stade de mon propos, je veux exprimer mon profond désaccord avec Gilles Savary, ancien député socialiste européen qui, dans le cadre du groupe de travail qu’il anime, veut faire dater l’ouverture à la concurrence des TER, celle des trains Corail, et propose que l’on s’engage sur la généralisation de cette concurrence.
J’espère que la conjonction des luttes sociales et des actions citoyennes pourra stopper ces chantres du libéralisme. À ce titre, saluons la création, ce samedi 26?novembre 2011, de la Convergence nationale des collectifs pour un service public ferroviaire de qualité, qui va permettre, entre autres, de fédérer les luttes et de peser plus fort sur les décideurs politiques.
La veille de l’arrivée sur le rail français du premier train privé de voyageurs entre la France et l’Italie, que la direction de la SNCF a d’ailleurs favorisée, le Front de gauche, à l’initiative de la commission transports du PCF, organise un débat à Paris le 10?décembre 2011. Celui-ci, réunissant élus, syndicats, associations d’usagers…, réaffirmera l’opposition résolue à la privatisation des chemins de fer et fournira l’occasion de décliner les axes d’une véritable politique alternative de gauche.
À l’instar de la proposition de loi portant sur le financement des infrastructures de transport déposée par les sénateurs PCF-PG le 18?octobre 2011, seront mis en avant?: la réunification du système (suppression de RFF…), la maîtrise publique des choix d’investissements et de financements, le développement du fret, la tarification accessible, le renforcement des moyens humains et matériels, le report modal, la multimodalité, la coopération…
Didier Le Reste