Certes, la Commission européenne affirmait hier que les négociations qu’elle conduit avec la BCE, le FMI et le gouvernement grec feraient des « progrès rapides », il n’en reste pas moins que les présidents des deux institutions monétaires ont dû se déplacer à Berlin pour convaincre les autorités allemandes.
Les divisions? ? Les réticences allemandes sont connues. La date choisie pour le sommet n’est d’ailleurs pas sans signification? : le 10 mai, c’est le lendemain d’une élection régionale que la coalition gouvernementale redoute.
Irrésolution, divisions, et aussi affolement et spéculation. L’affolement est du côté des Bourses qui ont chuté. La spéculation du côté des marchés obligataires, où les investisseurs ont relancé leurs attaques à la suite de l’annonce d’une dégradation de la note de la dette à long terme de la Grèce et du Portugal par l’agence de notation Standard and Poor’s .
Hier, en milieu de journée, les taux des obligations grecques à 10 ans étaient à 11,214 %, contre 9,730 % la veille au soir, et ceux à 2 ans au-dessus de 18 %, contre 15 %. Les taux de la dette publique du Portugal, de l’Espagne et de l’Irlande étaient également à la hausse. Par ailleurs, l’euro est tombé à son plus bas niveau depuis un an face au dollar, à 1,32.
Les dirigeants politiques essaient pour leur part de calmer le jeu, craignant une extension de l’incendie. Diverses déclarations gouvernementales en Allemagne, en Italie, en Espagne et en France sont allées dans ce sens.
Dans notre pays, le Parti socialiste a annoncé que ses députés voteront en faveur du prêt à la Grèce que le gouvernement français présentera la semaine prochaine au Parlement, regrettant un taux d’intérêt de 5 %, jugé trop élevé, sans évoquer les conditions drastiques à l’égard du peuple grec qui accompagnent cette aide prétendue.
Le comportement des dirigeants gouvernementaux et des marchés est en fait très marqué par les débuts de résistances des peuples aux plans d’austérité mis en œuvre un peu partout en Europe. Le président d’un institut économique allemand influent, l’IFO, déclarait ainsi que « la Grèce ne sera pas en mesure de mener la politique de rigueur qui est nécessaire », et dès lors ne remboursera jamais l’aide de l’Allemagne.
Le besoin d’une alternative grandit
La crainte d’un rejet massif de cette politique rétrograde hante les gouvernements et les conseils d’administration. Le besoin d’une alternative grandit donc de fait. Il faut aider le peuple grec mais l’aide envisagée est à des taux élevés et est conditionnée à des mesures sociales inacceptables. Il n’est pas vrai qu’il faille en passer par là pour éviter l’implosion de la construction européenne.
Trois types de mesures pourraient permettre au contraire de relancer la croissance, l’emploi, assurer les dépenses publiques et même autoriser leur développement.
En premier lieu, la BCE doit utiliser son pouvoir monétaire pour financer à très bas taux les dépenses publiques des États de la zone euro. Est-il acceptable qu’elle refinance des banques à 1 % et que celles-ci puissent se « gaver » en prêtant à la Grèce à 11 % ou 18 %? ? Par ailleurs, ses prêts ne doivent pas être conditionnés à des plans d’austérité mais au contraire à des mesures en faveur du développement humain, de la croissance et de l’emploi.
En second lieu, il faut restructurer la dette publique grecque et la rééchelonner sur des durées plus longues. Cela permettrait de soulager les finances publiques grecques et de mettre à contribution les banques et les fonds qui ont spéculé sur le dos des Grecs.
En troisième lieu, si le FMI doit intervenir, il ne peut le faire crocs en avant. Il peut faciliter le travail de la BCE par une allocation de sa propre monnaie (les droits de tirage spéciaux, DTS)? ; cela donnerait à l’institution européenne un moyen important et complémentaire pour financer les dépenses publiques utiles dans de meilleures conditions.
Pour ne pas imploser, l’Europe doit changer.
Pierre Ivorra (source l'Humanité)