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Si la santé relève de chaque état membre, l’Union européenne insuffle un vent de libéralisme dans les politiques nationales. La santé est malade de l’Europe. Or « tout plaide contre la privatisation », nous dit le sociologue Frédéric Pierru, (1) chargé de recherche au CNRS :

« Dans le domaine des politiques de santé, toutes les comparaisons menées avec un minimum de rigueur concluent à l’absence de modèle clé en main. Il n’y a aucune exception française, en particulier du point de vue de l’augmentation des dépenses de santé. Partout elles augmentent plus vite que le PIB et les politiques publiques peinent à enrayer cette augmentation.
Surtout, les échecs et les effets pervers des mesures adoptées actuellement partout en Europe, comme la “responsabilisation financière” des assurés, la mise en concurrence des établissements hospitaliers ou encore la prolifération des indicateurs de performance, sont désormais bien documentés. Le paradoxe est que certains “bons élèves” européens semblent s’inspirer, dans une certaine mesure, du “cancre”, c’est-à-dire d’expériences nord-américaines qui ont fait la preuve de leurs limites.
Rappelons que les États-Unis sont de très loin le pays de l’OCDE qui consacre la part la plus importante de leur richesse nationale aux dépenses de santé (16 % contre une fourchette de 9 % à 11 % en Europe), alors qu’ils n’ont pas de couverture maladie universelle obligatoire, ce qui laisse 46 millions d’Américains sur le carreau, sans parler des fortes inégalités devant la maladie et la mort.
À l’inverse, plus la part des dépenses publiques dans le financement des dépenses de santé est importante, meilleure est la maîtrise des dépenses de santé et meilleure est l’égalité d’accès aux soins…
Bref, tout plaide contre la privatisation et la libéralisation des systèmes de santé ! »

(1) Auteur d’Hippocrate malade ses réformes, Éditions du croquant, 2007.

(source : l'Humanité)