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Gérard Filoche est militant socialiste et chroniqueur à l'Humanité Dimanche, il livre son analyse sur l'intervention en Libye et se démarque nettement des positions de son parti qui soutient l'intervention des deux mains.
L’histoire et la structure des pouvoirs n’est pas la même à Tripoli qu’à Tunis et au Caire, et la force et la nature du mouvement populaire n’ont pas été les mêmes. Il n’y a pas eu de « Place Tahrir » en Libye.
Sans doute parce que, à l’est du pays, de Tobrouk à Benghazi, les premiers insurgés spontanés, ont vu rapidement se structurer, à leur tête, des forces tribales, politiques et armées, économiques aussi, car le pétrole est là, qui ont pris le contrôle du mouvement et changé la donne de l’insurrection populaire contre l’insupportable dictature de Kadhafi.
Il faut constater qu’un des tout premier résultat de l’arrivée des nouveaux dirigeants politiques de l’est libyen a été de faire fuir 130 000 travailleurs immigrés vers l’Egypte et aussi 154 000 vers la Tunisie qui se sentaient menacés, certes par les combats et les bandes et l’armée de Kadhafi, mais en grande partie aussi par les insurgés eux-mêmes qui voyaient en eux, les premiers jours, des « mercenaires » possibles au service du pouvoir.
Peut-on parler de mouvement démocratique lorsqu’ils ont massacré des noirs dans la région ? Non seulement les noirs mais tous les immigrés en Libye se sont sentis en danger. D’où l’exil massif de 300 000 travailleurs aux deux frontières.